Hanoï (VNA) – Le secteur privé vietnamien se trouve aujourd’hui à un moment favorable pour accélérer son développement, alors que les orientations en faveur de ce secteur deviennent plus claires, que les messages de réforme se renforcent et que son rôle est davantage placé au centre des stratégies de développement national.
Cependant, ces opportunités ne pourront se transformer en véritable moteur de croissance sans une levée effective des obstacles liés aux institutions, au climat des affaires, à l’accès aux ressources et aux capacités internes des entreprises. L’enjeu est désormais de créer des conditions permettant au secteur privé de se renforcer tant en qualité qu’en quantité.
Lors de la cérémonie de publication du Rapport sur l’économie privée du Vietnam et de l’Indice de compétitivité provinciale (PCI) 2025, organisée le 15 mai par la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI), le secrétaire général adjoint et chef du département juridique de la VCCI, Dau Anh Tuan, a résumé la situation du secteur privé en une formule concise : « nombreux mais pas encore puissants ».
Selon lui, le secteur privé représente 96,6 % du nombre total d’entreprises en activité, avec plus d’un million d’entreprises. Toutefois, plus de 80 % comptent moins de 50 employés et plus de 70 % disposent d’un capital social inférieur à 10 milliards de dôngs. Ces chiffres montrent que la majorité des entreprises restent de petite taille, avec une faible capacité d’accumulation, une gestion encore largement familiale et une résilience limitée face aux fluctuations du marché.
Par ailleurs, 60,2 % des entreprises considèrent la recherche de clients comme leur principale difficulté, soit le niveau le plus élevé des cinq dernières années. Dans le secteur manufacturier, ce taux atteint 64,4 %, contre 60,4 % dans l’agriculture, la sylviculture et l’aquaculture. En outre, 75,5 % des entreprises déclarent ne pas pouvoir accéder au crédit bancaire sans garanties hypothécaires. Cette situation reflète une double pression : des débouchés incertains et un accès au financement encore difficile.
Malgré les nombreuses politiques de soutien adoptées par l’État pour aider les entreprises à se redresser et à se développer, l’écart entre les politiques et leur mise en œuvre demeure une préoccupation majeure. Les entreprises signalent des dossiers nécessitant de multiples compléments, des projets retardés en raison d’interprétations divergentes entre administrations et des procédures qui, bien que simplifiées sur le papier, continuent à générer des coûts et des délais importants.
Le président de la VCCI, Ho Sy Hung, a estimé que ces difficultés, bien qu’elles ne provoquent pas de perturbations immédiates majeures, constituent à long terme des freins silencieux aux investissements, à l’expansion de la production et à l’innovation technologique. Selon lui, le problème ne réside plus dans l’absence d’orientations politiques, mais dans la capacité à mobiliser les ressources afin de traduire les politiques en actions concrètes.
Afin de lever ces blocages, le gouvernement vietnamien a adopté dès le début du nouveau mandat huit résolutions portant sur la réduction, la décentralisation et la simplification des procédures administratives et des conditions d’affaires. Les objectifs fixés prévoient notamment une réduction d’au moins 30 % des procédures administratives, de 50 % des délais de traitement et des coûts de conformité, ainsi que la suppression totale des procédures jugées inutiles.
Nguyen Duy Hung, représentant du groupe Tan Hiep Phat, a souligné que les entreprises n’attendent pas de traitement préférentiel, mais un climat d’affaires équitable, transparent, sûr et appliqué de manière cohérente. Selon lui, les difficultés proviennent souvent non pas des grandes politiques, mais de dossiers traités lentement, de réglementations interprétées différemment ou de petites procédures retardées, pouvant faire manquer aux entreprises des opportunités de marché.
L’expérience des provinces figurant parmi les mieux classées dans le PCI montre également que la réforme ne peut se limiter à des slogans. Le vice-président du Comité populaire provincial de Quang Ninh, Bui Van Khang, a indiqué que sa province figure depuis treize années consécutives parmi les leaders du classement PCI. Selon lui, l’amélioration du climat d’affaires ne doit pas être une campagne saisonnière ni une compétition fondée uniquement sur les incitations à l’investissement ou les faibles coûts de production, mais reposer davantage sur la qualité institutionnelle, la capacité de gouvernance, l’innovation et la confiance des entreprises.
Le secteur privé vietnamien se trouve ainsi devant une opportunité majeure, alors que les réformes deviennent plus claires et que les exigences de transformation se renforcent. Plus d’un an après l’entrée en vigueur de la Résolution n°68-NQ/TW sur le développement de l’économie privée, l’objectif n’est plus seulement d’augmenter le nombre d’entreprises privées, mais de bâtir un secteur plus solide, plus résilient, plus ambitieux et capable de rivaliser dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Pour y parvenir, il reste indispensable de lever de manière concrète les obstacles persistants afin de créer un environnement institutionnel plus fluide, des politiques plus prévisibles et un accès plus équitable aux ressources. -VNA