Transition verte : l’impératif d’un cadre institutionnel plus incitatif pour les entreprises

Pour les acteurs du secteur privé, la transition écologique ne peut s’inscrire dans la durée que si elle bénéficie d’institutions capables de créer des leviers financiers et opérationnels concrets.

La transition vers une économie verte et circulaire est désormais une nécessité pour le Vietnam. Photo: VNA
La transition vers une économie verte et circulaire est désormais une nécessité pour le Vietnam. Photo: VNA

Hanoï (VNA) - La transition vers une économie verte et circulaire est désormais une nécessité pour le Vietnam, indispensable pour préserver sa compétitivité et consolider sa place dans les chaînes de valeur mondiales. Ce virage structurel nécessite toutefois un environnement juridique suffisamment clair et robuste pour encourager les entreprises à s’y engager.

Pour les acteurs du secteur privé, la transition écologique ne peut s’inscrire dans la durée que si elle bénéficie d’institutions capables de créer des leviers financiers et opérationnels concrets.

À l’heure actuelle, de nombreux « vides juridiques » entravent le déploiement de solutions relevant de l’économie circulaire, comme l’illustre l’expérience de l’entreprise Thang Long Plastics. Bien que cette société fabrique des cintres destinés au marché international dans le cadre d’un modèle fondé sur la réutilisation, le retour de ces produits au Vietnam se heurte à d’importants obstacles administratifs, faute d’un statut juridique clairement établi permettant de distinguer les produits usagés des déchets dont l’importation est interdite.

Ce type d'impasse se retrouve également dans les zones industrielles écologiques de Hai Phong, où des déchets industriels pourtant valorisables comme matières premières restent inutilisés en raison d'une réglementation qui peine à définir la frontière entre « déchet » et « ressource ».

Le risque est aujourd'hui de voir émerger une « verdure administrative » plutôt qu'une véritable économie verte. Les nouvelles exigences liées à la responsabilité élargie des producteurs (EPR), aux inventaires de gaz à effet de serre ou aux standards ESG (Environnement, social et gouvernance) imposent une surcharge de données et de procédures qui, si elles ne sont pas harmonisées, deviennent un coût de conformité prohibitif.

Pour les chefs d'entreprise, si le choix de la durabilité implique des démarches plus complexes, des taux d'intérêt plus élevés et des risques juridiques accrus, c'est le signe que le cadre institutionnel actuel envoie un signal inverse aux objectifs nationaux de développement durable, analyse Nguyen Huu Thap, vice-président de l’Association de droit des affaires du Vietnam.

Pourtant, le Vietnam dispose déjà d'un arsenal législatif et stratégique important, incluant la Loi sur la protection de l'environnement et divers mécanismes de finance verte. L'année 2026 s'annonce d'ailleurs comme un tournant décisif avec la mise en service du marché du carbone et l'entrée en vigueur de mécanismes internationaux comme le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF).

Malgré ces avancées, les experts soulignent la persistance d’une fragmentation des textes juridiques. Le manque d’articulation entre les réglementations environnementales et celles régissant l’investissement, le foncier, la construction, l’énergie, la fiscalité et les normes techniques rend les mécanismes d’incitation actuels trop dispersés et peu attractifs pour influer réellement sur les stratégies d’investissement.

Selon le professeur associé Ngo Tri Long, de l’Association des conseillers financiers du Vietnam, le principal obstacle à la transition écologique ne réside désormais plus dans l’absence de politiques, mais dans le manque d’un cadre juridique suffisamment clair pour permettre à une initiative verte de passer de l’idée au projet, du projet au produit, du produit à l’actif et, enfin, de l’actif au marché.

Pour fluidifier ce parcours, plusieurs organisations préconisent l’adoption de mécanismes de simplification, tels qu’un guichet unique pour les projets verts ou la création d’une plateforme nationale de données permettant aux entreprises de ne déclarer leurs informations environnementales qu’une seule fois. -VNA

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