Hanoï (VNA) - Dans un contexte où l'intelligence artificielle (IA), l'automatisation et la robotique transforment en profondeur l'appareil productif mondial, le Vietnam dispose de réelles opportunités pour renforcer sa position dans la chaîne de valeur de l'industrie robotique. Toutefois, plutôt que de se limiter à l'importation, à l'assemblage et à l'exploitation d'équipements, le pays doit progressivement maîtriser les technologies d'intégration, les logiciels de commande, les applications de l'IA ainsi que la conception et la commercialisation de solutions adaptées à ses besoins
Dans une interview accordée aux correspondants de l’Agence vietnamienne d’information (VNA) à Singapour, le professeur associé et docteur Duong Minh Hai, de l'Université nationale de Singapour (NUS), a souligné que le Vietnam bénéficiait d'atouts indéniables grâce à son tissu manufacturier, à son réseau de zones industrielles, aux flux d'investissements directs étrangers (IDE) et à une main-d'œuvre technique qualifiée. De plus, la décision n° 1131/QD-TTg du Premier ministre en date du 12 juin 2025, inscrivant la robotique et l’automatisation sur la liste des technologies stratégiques, offre un cadre propice pour stimuler la recherche et les applications dans l'industrie, la logistique, l'agriculture et l'agroalimentaire.
Selon l'expert, le Vietnam devrait concentrer ses efforts sur trois axes stratégiques : le développement de logiciels et d'applications d'IA pour la robotique, l'intégration de systèmes et la conception de robots spécialisés répondant aux besoins de chaque secteur. Les compétences prioritaires concernent notamment le contrôle-commande, la vision par ordinateur, la gestion des robots mobiles autonomes, l'ingénierie des lignes de production et l'interconnexion des équipements.
Pour concrétiser ces orientations, Duong Minh Hai a préconisé un renforcement des synergies entre instituts de recherche, universités et entreprises, afin de transformer les prototypes de laboratoire en produits testés en conditions réelles puis industrialisés. Des projets pilotes pourraient cibler en priorité la fabrication électronique, l’entreposage, le calibrage des produits agricoles, la logistique hospitalière ou encore l'inspection d'environnements industriels à risque.
Reconnaissant que les coûts d'investissement initiaux, les capacités limitées d'évaluation technologique et le manque de personnel spécialisé freinent l'adoption de ces technologies par les petites et moyennes entreprises (PME), le chercheur recommande de les accompagner dans l'évaluation de leur maturité numérique, le choix de solutions adaptées, l'accès aux financements et l'expérimentation. Il préconise également de promouvoir le modèle « Robots as a Service » (RaaS).
Le pays doit également intensifier ses investissements dans la formation professionnelle axée sur la programmation, l'intégration de systèmes, la vision artificielle, la sécurité et la maintenance robotique. Parallèlement, la mise en place de centres communs d'essais, d'évaluation et de certification, harmonisés avec les référentiels internationaux, s'avère indispensable pour garantir la sécurité opérationnelle et soutenir les exportations.
S'agissant de l'attraction des investissements étrangers, le chercheur estime que leur valeur à long terme ne doit pas se mesurer uniquement à l'aune de l'implantation d'usines automatisées, mais aussi à leur capacité à favoriser un véritable transfert de compétences en ingénierie, en programmation et en optimisation des systèmes au profit des cadres et des entreprises vietnamiens.
Les politiques publiques devraient ainsi encourager les entreprises à capitaux étrangers à renforcer les compétences de leurs sous-traitants nationaux, à nouer des partenariats de recherche avec les universités et à développer des activités d'ingénierie sur le territoire vietnamien, dans un environnement concurrentiel, transparent et conforme aux engagements internationaux.
L'objectif du Vietnam ne doit pas se résumer à posséder le plus grand parc de robots, mais à s'affirmer comme un pôle régional compétitif d'intégration, d'application et de commercialisation de solutions robotiques en Asie du Sud-Est. Cette réussite devra s'évaluer à travers la hausse de la productivité, la valeur technologique nationale créée, les volumes d'exportation et la qualification des emplois générés.
Pour y parvenir, une articulation étroite s'impose entre les politiques de recherche, d'industrie, d'éducation, d'investissement et de commerce, de concert avec une coopération approfondie au sein de l'ASEAN en matière de normes techniques, de bancs d'essais et de chaînes d'approvisionnement. -VNA