Le Vietnam peut développer sa propre industrie robotique grâce à la coopération avec la France et l’UE

Le Vietnam pourrait accélérer le développement de son industrie robotique en renforçant la coopération avec la France et l’Union européenne dans la recherche, la formation, les essais technologiques et le transfert de savoir-faire, afin de maîtriser progressivement les technologies et de réduire sa dépendance aux importations.

Image d'illustration : Un robot humanoïde est présenté au Congrès mondial de la téléphonie mobile à Barcelone, en Espagne. Photo : Xinhua/VNA
Image d'illustration : Un robot humanoïde est présenté au Congrès mondial de la téléphonie mobile à Barcelone, en Espagne. Photo : Xinhua/VNA

Hanoï (VNA) – Face au rôle croissant des robots et de l’intelligence artificielle (IA) dans la compétition industrielle mondiale, le Vietnam a l’opportunité de développer sa propre industrie robotique et de maîtriser progressivement les technologies, plutôt que de dépendre des importations. C’est l’analyse du Dr Nguyen Dinh Vinh Thanh, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de France, lors d’un entretien accordé à un correspondant de l’Agence vietnamienne d’information (VNA) à Paris.

Selon le Dr Nguyen Dinh Vinh Thanh, les États-Unis se distinguent par leurs modèles d’IA et leur capacité de financement, la Chine par sa puissance industrielle et ses capacités de production, tandis que la France et l’Union européenne (UE) disposent d’une solide expérience en matière de recherche, d’automatisation et de normes de sécurité. Ces atouts en font des partenaires potentiels du Vietnam dans les domaines de la recherche, de l’intégration robotique, des essais et de la formation.

Le Vietnam possède déjà des bases favorables. Sa Résolution 57-NQ/TW fait des sciences, des technologies et de l’innovation une priorité stratégique. La décision 21/2026/QD-TTg inscrit la robotique et l’automatisation parmi les technologies stratégiques, tandis que la loi sur l’IA, entrée en vigueur le 1er mars 2026, complète le cadre juridique.

Le Dr Nguyen Dinh Vinh Thanh a recommandé trois axes de coopération avec la France et l’UE : évaluer les besoins et les capacités nationales pour choisir des projets pilotes ; développer la recherche selon les modèles du CNRS ; et renforcer les partenariats industriels afin que les entreprises vietnamiennes participent davantage à la chaîne de valeur robotique.

Il a notamment proposé de recourir aux mécanismes internationaux du CNRS, dont les projets de recherche internationaux (IRP), d’une durée généralement de cinq ans, et les laboratoires de recherche internationaux (IRL), qui disposent de programmes, d’équipes et d’infrastructures communs.

Ces modèles ont déjà été appliqués en Asie, dont au Japon et à Singapour. Au Vietnam, le CNRS mène déjà des coopérations dans les mathématiques, la production d’hydrogène et la génomique végétale, mais pas encore dans la robotique.

Le Dr Nguyen Dinh Vinh Thanh a proposé une feuille de route en quatre étapes. La première consisterait à évaluer les besoins et à sélectionner un ou deux projets pilotes. Il s’agirait ensuite de lancer un projet de recherche IRP associant l’expertise française en matière de commande et de planification des mouvements des robots à des modèles d’IA open source adaptés aux données vietnamiennes, tout en mettant en place une formation commune de doctorants.

La troisième étape sera de créer des infrastructures d’essai communes pour tester les robots en conditions réelles. La zone de haute technologie de Hoa Lac pourrait accueillir ces installations, compte tenu de la présence du Centre national d’innovation (NIC) et des activités d’essai de technologies autonomes. Enfin, un laboratoire commun IRL pourrait être créé lorsque les résultats de recherche, les ressources humaines et les financements seraient réunis. Il contribuerait à la recherche, à la formation de spécialistes et au transfert de technologies aux entreprises vietnamiennes.

Sur le plan industriel, le spécialiste identifie trois domaines de coopération.

Le premier concerne l’intégration des robots et les services techniques. Les universités et les entreprises vietnamiennes pourraient collaborer avec les fabricants européens pour former des ingénieurs, développer la certification professionnelle et mettre en place des réseaux locaux de maintenance. Les entreprises nationales pourraient ainsi prendre progressivement en charge l’installation, l’exploitation et la modernisation des lignes de production automatisées.

Le deuxième axe porte sur les composants et les chaînes d’approvisionnement. Fortes de leur expérience dans la fabrication de précision et l’électronique, les entreprises vietnamiennes pourra fournir des structures mécaniques, des modules d’entraînement, des cartes de commande et des composants électroniques de puissance. L’accord entre VinRobotics et le groupe allemand Infineon pour créer un centre de compétences commun s’inscrit dans cette orientation.

Le troisième axe concerne les robots humanoïdes et l’IA. Encore au stade expérimental, ces robots doivent être testés dans les usines avant leur production à grande échelle. Avec des entreprises comme VinRobotics et VinMotion, qui disposent déjà de prototypes, le Vietnam pourra accueillir des essais et collecter des données en coopération avec des partenaires européens. Les outils d’IA open source permettraient également de développer des applications nationales sans dépendre d’un fournisseur unique. Les infrastructures communes pourraient tester les robots selon les normes européennes de sécurité afin de préparer leur accès au marché européen.

Enfin, le chercheur a souligné la nécessité de définir clairement les responsabilités de chaque partenaire. Les entreprises utilisatrices fourniraient les besoins, les données et les sites d’essai ; les entreprises technologiques assureraient le développement et l’intégration ; les universités et les instituts prendraient en charge la recherche, les tests et la formation. L’État soutiendrait la recherche à long terme, le développement des ressources humaines et les infrastructures, tandis que les partenaires français et européens apporteraient leur expertise.

Les accords devront préciser les droits de propriété intellectuelle, l’utilisation des données, l’exploitation des résultats et les responsabilités de maintenance, afin de garantir au Vietnam la maîtrise des données et des résultats. Signé le 26 mai 2025, l’accord franco-vietnamien de coopération scientifique, technologique et d’innovation offre un cadre pour cette collaboration. Son financement pourra combiner les fonds nationaux, les programmes bilatéraux, les dispositifs européens comme Horizon Europe, auxquels les organismes vietnamiens peuvent participer au sein de consortiums, et les contributions des entreprises. -VNA

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