Hanoï (VNA) – Le passage du Vietnam dans la catégorie des économies à revenu intermédiaire de la tranche supérieure de la Banque mondiale (BM) marque une étape historique après 17 années d’efforts. Pour franchir désormais le « piège du revenu intermédiaire » et rejoindre le groupe des pays à revenu élevé d’ici 2045, le pays devra toutefois relever de nouveaux défis, alors que ses anciens moteurs de croissance atteignent leurs limites. Dans ce contexte, le passage d’un modèle reposant sur les facteurs traditionnels à un modèle fondé sur les technologies et l’innovation n’est plus une option, mais devient une nécessité.
Selon la nouvelle classification du Groupe de la BM, le revenu national brut (RNB) par habitant du Vietnam a atteint 4.970 dollars, dépassant ainsi le seuil requis pour intégrer la catégorie des économies à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Cette évolution met fin à 17 années passées dans la catégorie des économies à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, où le Vietnam figurait depuis 2009.
Pour accéder au groupe des économies à revenu élevé à l’horizon 2045, le RNB par habitant devra presque tripler. Un défi de taille, sachant que seules 27 économies sont parvenues à sortir du piège du revenu intermédiaire depuis 1990. Plus d’un tiers d’entre elles ont bénéficié de conditions particulières difficilement reproductibles, notamment l’adhésion à l’Union européenne ou d’importantes ressources naturelles.
Selon Shantanu Chakraborty, directeur national de la Banque asiatique de développement (BAD) au Vietnam, le véritable enjeu réside dans la capacité à maintenir durablement une croissance élevée et de qualité, plutôt que dans la réalisation de performances à court terme.
Plusieurs experts internationaux considèrent par ailleurs que le modèle de croissance extensive du Vietnam atteint ses limites. Selon Shantanu Chakraborty, le pays ne peut plus compter principalement sur les capitaux, la main-d’œuvre à bas coût et les investissements directs étrangers (IDE).
Cette transformation apparaît d’autant plus urgente que l’économie vietnamienne est très ouverte sur l’extérieur. Le commerce extérieur représente environ 170 % du PIB, ce qui rend le pays particulièrement sensible aux fluctuations du commerce mondial, aux nouvelles barrières tarifaires et à la baisse de la demande sur ses principaux marchés d’exportation. Des experts recommandent ainsi de diversifier les moteurs de croissance afin de renforcer la résilience de l’économie.
Des progrès sont déjà enregistrés dans le domaine de l’innovation. Selon l’Indice mondial de l’innovation 2025, le Vietnam se classe au 44e rang sur 139 économies. Il occupe la 37e place pour les résultats de l’innovation, contre la 50e pour les ressources consacrées à l’innovation.
Dans cette transition vers un nouveau modèle de croissance, les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle (IA) apparaissent comme deux leviers stratégiques. Selon Indermit Gill, vice-président senior et économiste en chef du Groupe de la BM, l’IA offre aux pays en développement une occasion historique d’accomplir en une décennie ce qui aurait pu prendre un siècle.
Il souligne que ces pays n’ont pas nécessairement besoin de grands modèles d’IA ni d’immenses centres de données pour bénéficier de cette technologie. En adaptant des outils d’IA de petite taille et peu coûteux aux conditions locales, ils peuvent améliorer l’accès de millions de personnes aux soins de santé, à l’éducation, aux services judiciaires et à la vulgarisation agricole.
En prenant acte des limites de son ancien modèle, en saisissant les opportunités offertes par les semi-conducteurs et l’IA et en s’appuyant sur une forte volonté politique, le Vietnam s’oriente progressivement vers un modèle de croissance fondé sur les technologies et l’innovation.
Cette transition sera essentielle pour renforcer la résilience de l’économie face aux chocs extérieurs et progresser vers l’objectif de devenir un pays à revenu élevé d’ici 2045. -VNA