Hanoï (VNA) – De la substitution de l’image d’acteurs dans certaines scènes à la création d’univers visuels entièrement nouveaux, l’intelligence artificielle (IA) ouvre de nouvelles perspectives à la production cinématographique au Vietnam.
L’utilisation de l’IA dans le cinéma vietnamien suscite un intérêt croissant depuis plusieurs années. En 2025, l’équipe du film « Chot don » (Commande confirmée) a eu recours à cette technologie pour remplacer l’image de l’actrice principale et permettre ainsi la sortie du long-métrage. En septembre 2026, celle de « Mai no mot loi tam biet » (Toujours redevable d’un adieu) a également associé l’IA aux effets spéciaux numériques (CGI) pour remplacer les scènes de Truong Ngoc Anh, à la suite d'un scandale impliquant cette actrice.
Si ces deux cas relevaient de solutions destinées à faire face à des imprévus, plusieurs équipes de production intègrent désormais volontairement l’IA dans leur travail. En septembre dernier, le studio TFS et la Radio-Télévision de Ho Chi Minh-Ville (HTV) ont présenté le projet « Bai san » ( Le Champ de chasse) dont toutes les images sont annoncées comme ayant été produites par l’IA. Début octobre, les premières images du film d’animation « The gioi tran trui » (Le Monde à nu), réalisé par Nguyen Quang Dung, ont également retenu l’attention en raison du recours à des technologies modernes, dont l’IA. Le film « Ho linh trang si: Bi an mo vua Dinh » (Les Gardiens de l’esprit : Le dernier secret du premier empereur), sorti à l’occasion de la fête nationale du 2 septembre, compte lui aussi parmi les œuvres ayant fait appel à cette technologie.
Ces projets illustrent la place grandissante de l’IA dans la production cinématographique au Vietnam. Si ses avantages sont reconnus, son utilisation continue toutefois de susciter des débats parmi les artistes, les spécialistes des technologies et le public.
Selon Nguyen Trong Khoa, maître de conférences et responsable du département de production cinématographique numérique de l’Université RMIT Vietnam, l’IA connaît un développement rapide dans le secteur, mais son utilisation reste encore à un stade précoce et essentiellement expérimental. Elle offre notamment de nouvelles possibilités aux réalisateurs disposant de budgets limités, en facilitant la conception visuelle, la prévisualisation, l’animation et la réalisation d’effets spéciaux. Ils peuvent ainsi expérimenter des idées ambitieuses, créer des univers et des créatures ou encore simuler des scènes d’action avant d'engager des dépenses importantes.
Les productions nécessitant des décors trop coûteux ou difficiles à reconstituer pourraient en tirer le plus grand bénéfice. C’est notamment le cas des récits fantastiques inspirés du folklore, des épopées, des films de guerre et de science-fiction, ainsi que des œuvres d’animation. L’IA peut contribuer à concevoir des personnages, des costumes et des décors, mais aussi des scènes de combat, des apparitions de fantômes, des séquences oniriques ou des mouvements de caméra difficiles à réaliser. La publicité, les courts-métrages, les clips musicaux, les bandes-annonces et les séries destinées aux plateformes en ligne peuvent également tirer parti de ces outils.
Pour Dang Tran Cuong, directeur du Département du cinéma, l’application de l’IA constitue une tendance inévitable. L’enjeu, a-t-il souligné, n’est pas de freiner les nouvelles technologies, mais de créer un environnement permettant de les utiliser à bon escient, au service de la créativité et de la société.
Il a estimé que l’IA devait soutenir et élargir les capacités créatives humaines, sans remplacer la responsabilité des personnes. Si elle peut réduire les coûts, raccourcir les délais de production et offrir de nouvelles possibilités aux jeunes cinéastes, les créateurs et les distributeurs restent responsables des œuvres finales.
L’innovation doit également s’accompagner d’une responsabilité sociale et du respect de la loi. Une attention particulière doit être accordée aux contenus susceptibles d’avoir des effets négatifs sur les enfants et les mineurs.
De son côté, Nguyen Trong Khoa a souligné que l’utilisation efficace de l’IA exige toujours des connaissances en narration, scénario, langage cinématographique, conception des décors, prise de vue, éclairage, jeu d’acteur et montage. Le Vietnam devrait ainsi considérer l’IA comme une occasion de renforcer les capacités créatives plutôt que comme un simple moyen de réduire les coûts. Le succès devra se mesurer à sa contribution à la qualité des récits, à la diversité de la création et au développement durable du secteur.
À mesure que l’IA s’impose dans le paysage cinématographique vietnamien, plusieurs questions prennent ainsi une importance croissante : la rentabilité des investissements, les droits des créateurs, la protection du droit d’auteur et la responsabilité des producteurs. -VNA