Hanoi (VNA) - Après près de quarante années d’ouverture aux investissements étrangers, le Vietnam se trouve à un tournant stratégique dans sa politique d’attraction des capitaux internationaux. Pour de nombreux experts, le pays doit désormais passer résolument l’approche consistant à attirer les investissements directs étrangers (IDE) à tout prix à celle plus sélective et qualitative, fondée sur la technologie, l’innovation, le développement vert, les liens avec les entreprises nationales et la valeur ajoutée comme principaux critères d’évaluation.
Selon le professeur associé et docteur Hoang Van Cuong, vice-président de l’Association vietnamienne des sciences économiques, la création de liens substantiels entre les entreprises étrangères et les entreprises nationales ne peut reposer uniquement sur les investisseurs étrangers. Les entreprises vietnamiennes doivent elles-mêmes renforcer leurs capacités de gestion, leur niveau technologique et la qualité de leurs ressources humaines afin de pouvoir intégrer plus profondément les chaînes d’approvisionnement mondiales.
"Les entreprises vietnamiennes ne peuvent intégrer naturellement les chaînes d’approvisionnement des grands groupes internationaux si elles ne répondent pas aux standards requis", a-t-il souligné.
Dans les faits, les limites des capacités internes des entreprises locales demeurent un obstacle majeur. Plusieurs enquêtes montrent que 60 à 70 % des entreprises vietnamiennes utilisent encore des technologies obsolètes et disposent de ressources financières limitées pour moderniser leurs équipements.
Pham Xuan Hoe, ancien vice-directeur de l’Institut de stratégie bancaire, a cité l’exemple des exigences imposées pour intégrer la chaîne d’approvisionnement de Samsung. Selon lui, les entreprises doivent investir dans des lignes technologiques d’une valeur de plusieurs centaines de milliards de dongs pour satisfaire aux critères du groupe, alors que nombre d’entre elles ne disposent ni des fonds propres ni des garanties suffisantes pour accéder au crédit bancaire.
Cette situation met en évidence le rôle central de l’État dans l’accompagnement des entreprises nationales, notamment en matière d’accès au financement, aux technologies, à l’innovation et à la formation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée. Les experts appellent aussi à cibler les secteurs où les entreprises vietnamiennes disposent d’avantages compétitifs afin d’éviter la dispersion des ressources.
Par ailleurs, la préparation de ressources humaines qualifiées apparaît essentielle pour permettre aux travailleurs vietnamiens d’occuper progressivement des postes à plus forte valeur ajoutée, actuellement assumés par une main-d’œuvre étrangère spécialisée.
Dans une perspective de croissance durable à long terme, plusieurs spécialistes préconisent également de renforcer l’attraction des IDE dans les secteurs destinés au marché intérieur. Les investissements étrangers restent aujourd’hui largement concentrés dans les activités de production orientées vers l’exportation. Un meilleur équilibre permettrait au Vietnam de valoriser davantage les capitaux étrangers tout en réduisant sa dépendance aux exportations et en renforçant la résilience de son économie.
Dans ce contexte, certaines entreprises étrangères présentes au Vietnam affichent déjà une évolution de leur stratégie, passant d’un simple modèle d’investissement à une logique de coopération à long terme avec les entreprises vietnamiennes.
Selon Shin JuBack, directeur général de LOTTE MART Vietnam, la création d’une véritable synergie entre les entreprises à capitaux étrangers et le secteur privé vietnamien repose avant tout sur l’établissement d’une relation de confiance et d’objectifs de développement communs.
D’après lui, les IDE ne doivent pas être considérés uniquement comme une source de capitaux, mais aussi comme un vecteur de technologies, de gouvernance, de normes opérationnelles et d’accès aux marchés internationaux. Les entreprises vietnamiennes, quant à elles, disposent d’atouts importants, notamment leur connaissance du marché, leur capacité d’adaptation rapide et leur esprit d’innovation.
LOTTE MART Vietnam indique ainsi privilégier la coopération avec les fournisseurs vietnamiens, en particulier les petites et moyennes entreprises opérant dans les secteurs des produits agricoles, des produits frais et des biens de consommation courante. Au-delà de la recherche de fournisseurs, le groupe accompagne également les entreprises locales dans l’amélioration des normes de qualité, de sécurité sanitaire des aliments, de traçabilité, d’emballage, de logistique et de gestion opérationnelle afin de répondre aux exigences croissantes du commerce moderne.
Dans un contexte marqué par l’accélération de la transition verte, LOTTE MART affirme également accorder la priorité aux partenaires respectant les critères environnementaux, notamment en matière de réduction des émissions dans la logistique, de limitation des plastiques à usage unique et de promotion d’une consommation durable.
De tels modèles de coopération démontrent que les IDE peuvent devenir un levier important pour renforcer les capacités des entreprises vietnamiennes, au-delà du simple rôle de sous-traitance ou de production à faible coût. -VNA