Panama (VNA) - Tenant un chalumeau en bambou à ses lèvres, l’ancien ambassadeur du Panama au Vietnam, Servio S. Samudio (mandat 2015-2020), a hésité un instant avant de goûter pour la première fois au rượu cần, un alcool de riz fermenté traditionnel, dans une maison sur pilotis des hautes régions du Vietnam. Autour de lui, les habitants observaient la scène avec attention, avant d’éclater de joie lorsque le diplomate surmonta son hésitation. Sans grands discours, ce moment de spontanéité et de sincérité a suffi à rapprocher le diplomate et les habitants.
Pour l’ancien ambassadeur, cette expérience figure parmi les souvenirs les plus marquants de son mandat au Vietnam. Il a parcouru de nombreuses régions, de Vung Tau à Sa Pa, de Ninh Binh aux montagnes du Nord, rencontré des enfants et des habitants locaux et découvert des traditions qu’il ne connaissait auparavant qu’à travers les livres.
Dans un entretien accordé au correspondant de l’Agence vietnamienne d’Information (VNA) en Amérique latine, Servio S. Samudio a souligné que certaines expériences informelles permettent aux diplomates de mieux comprendre le pays où ils sont en poste.
Selon lui, les visites de haut niveau, les accords de coopération et les mécanismes de dialogue constituent le socle politique des relations bilatérales. Mais pour approfondir la compréhension mutuelle au sein des sociétés, il faut aussi compter sur la culture, l’éducation, le tourisme, l’art et les échanges directs entre les communautés.
Un plat peut éveiller la curiosité, une chanson faire découvrir toute une culture, un voyage transformer un lieu lointain en un endroit chargé d’émotions, et une personne rencontrée peut rendre un pays tout entier plus familier.
Le Vietnam et le Panama sont séparés par des milliers de kilomètres et présentent des différences historiques et culturelles importantes. Pourtant, ces différences peuvent aussi inciter les deux peuples à mieux se connaître.
La gastronomie en est un exemple. Au Panama, les plats vietnamiens tels que le phở, les nem, le bún chả ou le chả cá contribuent à faire découvrir naturellement la culture vietnamienne. Pour les Vietnamiens, le Panama ne se résume pas au célèbre canal : c’est également une société multiculturelle, riche de traditions musicales, culinaires et festives.
Cette compréhension mutuelle contribue à donner davantage de profondeur aux relations bilatérales. Depuis plus d’un demi-siècle de relations diplomatiques, les deux pays ont progressivement élargi leur coopération dans de nombreux domaines. Les échanges dans le commerce, l’investissement, la logistique, les affaires maritimes, l’éducation, le tourisme et la culture offrent davantage d’occasions aux deux parties de mieux comprendre leurs atouts et leurs besoins respectifs.
Le Panama, grâce à sa position stratégique en Amérique centrale, joue un rôle important dans les réseaux maritimes et commerciaux internationaux. Le Vietnam, de son côté, s’affirme comme un maillon important des chaînes de production et d’approvisionnement en Asie.
La visite officielle du président panaméen José Raúl Mulino et de son épouse, Maricel Cohen de Mulino, au Vietnam du 5 au 8 octobre marque à cet égard une nouvelle étape. Il s’agit de la première visite au Vietnam d’un président panaméen depuis près de 15 ans, offrant une nouvelle occasion de renforcer la coopération bilatérale et les échanges entre les deux peuples.
Derrière les entretiens officiels et les accords attendus se trouve un socle construit au fil des années par des générations de diplomates, d’entrepreneurs, de chercheurs, d’artistes, d’étudiants et de citoyens des deux pays.
L’image de Servio S. Samudio ne se résume donc pas à celle d’un ambassadeur participant à des rencontres officielles à Hanoï. C’est aussi celle d’un homme assis parmi les habitants des hautes régions vietnamiennes, un chalumeau en bambou à la main, découvrant avec curiosité une tradition qui lui était jusque-là inconnue.
Il est également celui qui a hissé les drapeaux du Panama et du Vietnam au sommet de l’Everest. Dans le froid et l’immensité des montagnes, les deux drapeaux flottant côte à côte ont offert une image simple mais forte de l’amitié entre les deux peuples.
De la découverte d’une tradition dans les montagnes à un geste symbolique au sommet du monde, le parcours de l’ancien ambassadeur illustre la manière dont se tissent les liens entre les peuples : par la curiosité, l’expérience et le respect mutuel.
Les relations durables ne reposent pas uniquement sur les accords et les documents officiels. Elles se construisent aussi à travers la compréhension, la sympathie et les rencontres sincères entre les personnes. Et parfois, tout commence simplement par un chalumeau en bambou porté aux lèvres, quelques regards attentifs et un sourire partagé. -VNA