Hanoi (VNA) - À quelques jours du départ du secrétaire général du Comité central du Parti, président de la République, Tô Lâm, pour sa visite officielle en France, du 10 au 12 septembre à Paris, l'ambassadeur de France au Vietnam, Olivier Brochet, a accordé un entretien à l'Agence vietnamienne d'information (VNA). Bilan de trois années de Partenariat stratégique global, projets emblématiques, Sommet international sur l'espace, nouvelles pistes de coopération... le diplomate français dresse le portrait d'une relation bilatérale résolument tournée vers l'avenir.
Quel bilan tirez-vous de ces trois années et de l'élévation de la relation au rang de Partenariat stratégique global ?
Les trois années qui viennent de s'écouler ont été particulièrement intenses en termes de relation bilatérale. Intenses, d'abord, parce que le Vietnam connaît un rythme de développement et un rayonnement international très soutenus. Intenses aussi parce que la situation internationale, de plus en plus instable, voire dangereuse, appelle des échanges toujours plus étroits entre nos deux pays.
Intenses, enfin, parce que les responsables français et vietnamiens ont voulu que notre coopération devienne plus vivante, plus riche et plus large dans ses modalités d'application. Le meilleur symbole de la qualité et de l'intensité de cette relation reste sans doute les échanges au plus haut niveau entre le secrétaire général et président Tô Lâm, et le président français Emmanuel Macron. Les deux dirigeants se sont rencontrés une première fois en octobre 2024, quelques semaines après l'accession de Tô Lâm à la tête de l'État vietnamien, puis à nouveau en mai 2025, à l'occasion d'une visite d'État du président Macron que je qualifierais d'historique. Ils se retrouveront pour la troisième fois en moins de deux ans, à Paris, du 10 au 12 septembre, à l'occasion du Sommet international sur l'espace auquel Tô Lâm a choisi de participer, et pour une visite officielle en France qui permettra d'approfondir encore notre relation bilatérale.
Je n'oublie pas non plus, durant ces trois années, la visite importante de l'ancien Premier ministre Pham Minh Chinh en France, à l'occasion du Sommet des Nations unies sur les océans, ainsi qu'une visite bilatérale. Et ici, au Vietnam, une visite hautement symbolique : celle du ministre des Armées Sébastien Lecornu, pour le 70e anniversaire de Diên Biên Phu - un moment qui a marqué la profondeur de l'amitié entre nos deux pays et notre capacité à regarder ensemble le passé pour mieux construire l'avenir. Devenu depuis Premier ministre français, Sébastien Lecornu - alors que la fonction ne s'occupe en général guère de politique étrangère - a tenu à recevoir lui-même la délégation vietnamienne conduite par Tô Lâm, tant il est personnellement attaché à cette relation entre nos deux pays.
Cette confiance donne aujourd'hui une envie plus forte encore de travailler ensemble pour l'avenir, dans l'intérêt de chacun de nos pays, mais aussi, nous le pensons, dans l'intérêt de la paix, de la stabilité et du développement dans le monde. C'est, pour moi, une grande satisfaction de dresser ce constat après ces trois années.
Quels sont les projets les plus emblématiques de la diversification de notre coopération ?
Je pourrais multiplier les exemples, je n'en retiendrai que quelques-uns. La santé est un domaine traditionnel de coopération, très fort entre nos deux pays. Les besoins de la population vietnamienne en la matière ouvrent la possibilité non seulement d'exporter davantage de produits pharmaceutiques français au Vietnam, mais aussi de développer de nouvelles coopérations permettant au pays d'accéder à son autonomie et à la maîtrise de nouvelles technologies. L'exemple le plus marquant est sans doute celui du partenariat entre VNVC et Sanofi pour la construction, à Hô Chi Minh-Ville, d'une très grande usine de production de vaccins, qui permettra à terme de produire localement des vaccins de très haute qualité contre un certain nombre de maladies - à commencer par les maladies infantiles, pour protéger la jeunesse vietnamienne.
Deuxième exemple : le secteur des transports. Nous avons une longue tradition de coopération dans l'aéronautique, dont Airbus, qui fournit depuis longtemps la grande majorité des avions au Vietnam, est le meilleur symbole. Mais derrière cela, tout un partenariat a permis de former de très nombreux ingénieurs vietnamiens, capables aujourd'hui d'assurer la maintenance des appareils et, demain, nous en sommes certains, de travailler avec Airbus au développement d'usines susceptibles de s'intégrer dans la chaîne de valeur.
Un autre secteur prend aujourd'hui son essor, où les entreprises françaises peuvent apporter la meilleure technologie, le meilleur service et surtout cette capacité à transférer les compétences : le développement des transports ferroviaires. Depuis un an, avec la SNCF - soutenue par l'Agence française de développement (AFD) - et avec Alstom, nous nous efforçons de montrer à nos partenaires vietnamiens tout ce que nous pouvons leur apporter, non seulement en technologie, mais surtout en maîtrise de cette technologie et des savoir-faire. Des missions organisées au Maroc, qui ont suscité, je crois, un vif intérêt côté vietnamien, ont permis de présenter le système de train à grande vitesse que nous avons développé avec les Marocains - le premier TGV du continent africain, aujourd'hui entièrement géré par des Marocains et qui fonctionne remarquablement bien.
Dernier exemple : le développement d'une énergie décarbonée. Les entreprises françaises déjà présentes au Vietnam, qui entretiennent des relations étroites et de confiance avec leurs partenaires vietnamiens, sont désireuses d'intensifier leur coopération sur des projets d'énergie renouvelable - éolien, solaire, hydraulique - mais aussi sur de nouveaux sujets. L'an dernier, lors de sa venue au Vietnam, le président Emmanuel Macron a proposé au Vietnam de travailler ensemble sur le secteur du nucléaire. À l'occasion des rencontres qui se tiendront à Paris, les discussions se poursuivront pour déterminer si nos deux pays peuvent, à l'avenir, engager une coopération plus intensive dans ce domaine, dans l'intérêt du Vietnam bien entendu.
Le secrétaire général et président de la République Tô Lâm effectuera dans quelques jours sa visite officielle en France. Selon vous, quelle nouvelle étape cette visite doit-elle permettre de franchir, et quelles avancées concrètes en attendez-vous ?
Cette visite permettra à la fois de consolider les acquis et de se projeter vers l’avenir. D’une part, elle permettra de consolider les efforts entrepris depuis trois ans pour ouvrir de nouvelles pistes de travail. Je pense en particulier au soutien de la France au développement des grands programmes stratégiques vietnamiens, ou encore à la proposition faite d’aider le Vietnam à développer une base industrielle et technologique de défense, gage de souveraineté. Ce sont autant de chantiers que cette visite doit permettre de consolider. À l’occasion de leurs entretiens, les deux présidents pourront dresser le bilan des dossiers qui ont bien progressé.
Je prendrai un exemple : l’engagement de la France dans le Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP) au Vietnam. L’AFD a désormais engagé plus des deux tiers des montants promis par la France il y a quatre ans, et la France reste profondément mobilisée sur ce sujet, avec de très nombreux projets qui avancent. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres : de grands projets économiques et industriels progressent bien, et ce sommet sera l’occasion de quelques annonces symboliques, mais fortes, qui montreront combien nos deux pays bâtissent solidement leur avenir, grâce notamment au soutien français à de nombreux programmes de développement vietnamiens.
Dans le même temps, cette rencontre sera résolument tournée vers l’avenir, afin d’explorer de nouveaux domaines ou d’approfondir ceux dans lesquels nous estimons pouvoir faire davantage. Je pense au spatial, aux questions liées au développement d’une énergie décarbonée au Vietnam, ou encore à la valorisation des minerais stratégiques vietnamiens et à la manière dont nous pouvons, dans l’intérêt des deux pays, travailler ensemble sur ces sujets.
Plus largement, il s’agira également de renforcer la coopération dans les domaines de la recherche et de la formation. Nous nous réjouissons que le secrétaire général et président Tô Lâm ait décidé de se rendre à Paris-Saclay durant son séjour, afin de visiter le plus grand pôle universitaire et de recherche français, sans doute l’un des plus modernes d’Europe aujourd’hui.
Quelle importance accordez-vous à la participation du SG Tô Lâm au Sommet international sur l'espace, et aux perspectives de coopération franco-vietnamienne dans ce domaine ?
La venue du SG et président Tô Lâm au Sommet sur l'espace est une très bonne nouvelle, dont nous nous réjouissons. Ce sommet, voulu par le président Macron et par la France, répond à un enjeu majeur : la gestion de l’espace n’est aujourd’hui véritablement encadrée ni par les États pris isolément, ni par la communauté internationale dans son ensemble. L’espace est un bien commun de l’humanité, mais il est aujourd’hui accaparé par un petit nombre d’États et, désormais, aussi par quelques compagnies privées qui y développent rapidement leurs activités, au risque de porter atteinte à la souveraineté et aux intérêts des peuples.
À l’occasion de ce sommet, la France propose que les chefs d’État et de gouvernement, ainsi que les représentants des mondes économique et scientifique présents, engagent une réflexion globale sur ce bien commun essentiel pour l’avenir de l’humanité et sur la manière de le gérer, afin que des pistes de travail puissent ensuite être portées devant l’Organisation des Nations unies pour redéfinir un cadre juridique international applicable à l’espace. Le cadre actuel, en effet, a été façonné dans les années 1960 par les trois ou quatre pays qui avaient alors accès à l’espace, à une époque où les satellites ne jouaient pas le rôle qu’ils jouent aujourd’hui. Il est nécessaire de le redéfinir.
Nous sommes donc ravis que le Vietnam participe à ce sommet pour y faire entendre sa voix. Il est essentiel d’entendre le Vietnam et, plus largement, les pays du Sud exprimer leurs besoins liés à l’espace, ainsi que la manière de les préserver et de garantir leur accès à ce bien commun. C’est la volonté de la France de travailler avec tous : avec les pays développés, avec les puissances spatiales, dont nous faisons partie, mais aussi avec ceux qui ne sont peut-être pas encore des puissances spatiales, mais qui ont pleinement le droit d’accéder à l’espace.
Parmi les grands moments de votre mandat, y en a-t-il un qui symbolise particulièrement, à vos yeux, l'évolution de la relation franco-vietnamienne, et que vous souhaitez retenir pour l'avenir ?
Je garderai évidemment en mémoire les grands moments de la relation bilatérale que nous venons d’évoquer, à commencer par les rencontres entre nos chefs d’État. Mais c’est la visite à Diên Biên Phu qui restera pour moi la plus marquante, non seulement parce que notre ministre des Armées y était présent, mais aussi parce qu’elle fut profondément émouvante. Je garderai toujours en mémoire l’image de nos trois vétérans de l’armée française, âgés de plus de 90 ans, soutenus par de jeunes soldats vietnamiens sous le soleil de Diên Biên Phu, pleurant leurs camarades tombés là, à 20 ans, pour un combat que la France leur avait demandé de mener, et, en même temps, si heureux de découvrir ce qu’étaient devenus le Vietnam et sa jeunesse d’aujourd’hui.
C’est, pour moi, l’un des souvenirs qui restera le plus fort. Je pars donc avec une immense gratitude envers le Vietnam et les Vietnamiens, ainsi qu’avec une immense confiance dans le développement futur de notre relation. Je suis persuadé que nos deux pays ont encore de très belles pages d’histoire à écrire ensemble, côte à côte, dans leurs intérêts respectifs et au-delà de ceux-ci, tant notre histoire commune, si forte et si singulière, nous permet d’être imaginatifs et d’être force de proposition. - VNA/CVN