Singapour (VNA) – Dans le cadre de sa visite d’État à Singapour, le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, Tô Lâm, a participé dans la soirée du 29 mai, heure locale, à la 23e édition du Dialogue Shangri-La, où il a prononcé un discours liminaire sur le thème « Agir de manière proactive pour bâtir la paix, la stabilité et le développement dans un monde en mutation ».
Il s’agit de la première fois qu’un plus haut dirigeant du Parti et de l’État vietnamiens prononce un discours d’ouverture à ce forum sécuritaire majeur de la région, illustrant la position, le prestige et la voix croissante du Vietnam dans les questions stratégiques régionales et mondiales.
Le 23e Dialogue Shangri-La se tient du 29 au 31 mai à Singapour avec la participation de plus de 550 délégués issus des secteurs de la défense et de la sécurité de 44 pays. Organisé pour la première fois en 2002 à l’initiative de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), ce dialogue est devenu l’un des principaux forums annuels consacrés à la sécurité régionale et internationale.
Dans son discours, le secrétaire général et président Tô Lâm a souligné que le monde faisait face à de nombreux risques et incertitudes, dans un contexte marqué par la montée de la méfiance, de la fragmentation et d’une concurrence incontrôlée. Selon lui, alors que les pays prônent tous la paix, la stabilité et la coopération, les mécanismes de prévention des crises demeurent insuffisamment efficaces, tandis que de nombreux malentendus persistent, alimentant ainsi les risques d’instabilité.
Le dirigeant vietnamien a estimé que le monde est actuellement confronté simultanément à trois crises fondamentales : une crise de l’ordre international, une crise des modèles de développement et une crise de confiance stratégique. Ces trois crises se manifestent de manière particulièrement évidente dans la région Asie-Pacifique. En tant que région concentrant de multiples défis, l’Asie-Pacifique doit également devenir le point de départ de nouvelles solutions en faveur de la paix et de la coopération.
Dans cette perspective, Tô Lâm a partagé plusieurs orientations visant à bâtir ensemble une région Asie-Pacifique pacifique, stable, résiliente et capable de réduire les risques de manière précoce et à distance.
Il a insisté sur la nécessité de faire des règles et du dialogue des instruments efficaces de réduction des risques. Selon lui, un ordre fondé sur des règles doit reposer sur le droit international et la Charte des Nations unies, garantir le respect de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États, ainsi que le règlement pacifique des différends.
Le secrétaire général et président To Lam a souligné que les règles n’ont de valeur réelle que lorsqu’elles sont traduites en mécanismes concrets, tels que les systèmes d’alerte précoce, les lignes de communication d’urgence, les mécanismes de gestion des incidents, l’autolimitation et la coopération vérifiable.
Abordant la question des mers et des océans, Tô Lâm a rappelé qu’ils constituent non seulement des espaces de connexion communs, mais également les artères vitales du commerce mondial, de l’énergie, de l’alimentation et des chaînes d’approvisionnement. Aucun pays ne tirerait profit si ces espaces devenaient des lieux de démonstration de force ou de confrontation.
Concernant la Mer Orientale, le dirigeant vietnamien a réaffirmé la position constante du Vietnam consistant à régler tous les différends par des moyens pacifiques, conformément au droit international, notamment à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 (CNUDM). Le Vietnam respecte les droits et intérêts légitimes des autres pays, tout en défendant fermement son indépendance, sa souveraineté, ses droits souverains et sa juridiction conformément au droit international.
Le secrétaire général et président To Lam a également souligné la nécessité de construire une architecture régionale ouverte, inclusive et centrée sur l’ASEAN. Selon lui, le rôle central de l’ASEAN ne peut être maintenu que grâce à l’unité, à l’autonomie stratégique et à la capacité de définir un agenda commun.
Le Vietnam a affirmé soutenir et être prêt à coopérer étroitement avec les Philippines, en tant que président de l’ASEAN en 2026, afin de consolider la paix, d’élargir les corridors de prospérité, de promouvoir la connectivité, un développement inclusif et de placer les populations au cœur du processus régional.
Un autre point majeur mis en avant par Tô Lâm concerne la nécessité de placer la sécurité humaine et la résilience sociale au centre de la sécurité durable. Selon lui, les instabilités actuelles ne proviennent pas uniquement des conflits militaires, mais aussi des ruptures économiques et sociales touchant les chaînes d’approvisionnement, l’énergie, l’alimentation et les technologies.
Le dirigeant vietnamien a estimé que le renforcement de la défense est un besoin légitime, mais qu’une sécurité durable ne saurait reposer uniquement sur la puissance militaire ou la course aux armements. Il est essentiel de bâtir des bases de développement résilientes, des chaînes d’approvisionnement ouvertes et diversifiées, ainsi qu’une coopération renforcée en matière de finance, de technologie et de ressources humaines.
Tô Lâm a également proposé de promouvoir une coopération concrète dans les domaines des secours en cas de catastrophe, de la santé, de la sécurité hydrique, alimentaire et énergétique, de la cybersécurité, de la protection des infrastructures critiques et des opérations de recherche et de sauvetage. Selon lui, lorsque la coopération apporte des bénéfices directs aux populations, la confiance stratégique s’en trouve renforcée.
Abordant les nouvelles technologies et l’industrie de défense, To Lam a souligné que la question essentielle n’est pas la puissance des technologies, mais la capacité de l’homme à les maîtriser. Il a plaidé pour un dialogue accru sur l’intelligence artificielle dans les domaines de la défense et de la sécurité, afin de garantir la responsabilité humaine dans les décisions aux conséquences graves.
Il a également appelé à l’élaboration de règles de conduite dans le cyberespace, au renforcement de la protection des câbles sous-marins et des infrastructures de données critiques, ainsi qu’à une plus grande transparence concernant les technologies ayant un impact sur la stabilité stratégique régionale.
Selon lui, l’industrie de défense doit servir les objectifs légitimes de défense et de stabilité régionale, plutôt que d’alimenter une course aux armements.
Le dirigeant vietnamien a par ailleurs insisté sur l’importance du renforcement des bases sociales, de la protection de l’espace informationnel et de l’amélioration de la sensibilisation des populations. Dans un contexte marqué par la prolifération des fausses informations et des manipulations de l’opinion, il a jugé indispensable de promouvoir l’éducation numérique des citoyens, de renforcer les capacités de communication stratégique et d’encourager la responsabilité des plateformes technologiques.
Selon Tô Lâm, une société capable de distinguer le vrai du faux, de préserver son consensus et de ne pas céder à la peur ou aux extrémismes constitue un fondement essentiel d’une sécurité durable.
Le secrétaire général et président a également souligné le rôle de la diplomatie préventive, de la médiation et de la réconciliation dans la région. L’Asie-Pacifique doit considérer la diplomatie préventive comme une capacité stratégique et non comme une simple réponse après le déclenchement des crises.
Il a estimé que la région avait besoin de davantage de mécanismes de consultation flexibles, de groupes de contact, de forums semi-officiels et d’initiatives de renforcement de la confiance réunissant armées, forces de l’ordre, chercheurs, entreprises et organisations sociales afin de créer des « issues diplomatiques » avant que les tensions ne dégénèrent en conflit.
S’adressant aux partenaires régionaux et extra-régionaux, Tô Lâm a affirmé que l’Asie-Pacifique est un espace ouvert où tous les pays ayant des intérêts légitimes peuvent contribuer à la paix, à la stabilité et au développement.
La région accueille favorablement une présence transparente, responsable, respectueuse du droit international et soutenant le rôle central de l’ASEAN. Ce que la région souhaite n’est pas la présence ou l’absence d’une grande puissance, mais un engagement responsable en faveur de la paix et de la stabilité.
Le dirigeant vietnamien a souligné que la concurrence est une réalité des relations internationales, mais qu’elle doit rester encadrée par le droit international, la transparence et l’autolimitation.
Évoquant la vision du Vietnam, Tô Lâm a rappelé que son pays comprend profondément la valeur de la paix à travers son histoire de lutte pour l’indépendance nationale, ainsi que la valeur du développement à travers son processus de Renouveau et d’intégration internationale.
Fort de cette expérience, le Vietnam est convaincu que ses intérêts nationaux sont étroitement liés à la paix, à la stabilité et à la prospérité régionales. Contribuer à la paix régionale revient également à protéger les intérêts à long terme du Vietnam.
Affirmant que la paix, la stabilité et le développement constituent le dénominateur commun de toutes les nations, le secrétaire général et président a souligné que ces valeurs ne prennent pleinement leur sens que lorsqu’elles se traduisent par des actions concrètes : retenue face aux différends, dialogue lorsque les divergences s’accentuent, coopération lorsque les défis dépassent les frontières et mise en place de mécanismes efficaces de réduction des risques.
Tô Lâm a réaffirmé que le Vietnam est prêt à travailler avec les pays de la région et du monde afin de consolider les règles internationales, renforcer la confiance, promouvoir le dialogue, intensifier la coopération, réduire les risques et construire ensemble une région Asie-Pacifique plus sûre, plus résiliente et plus prospère.
À cette occasion, le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, Tô Lâm, a répondu à plusieurs questions des délégués concernant les réformes vigoureuses récemment engagées au Vietnam ; la politique étrangère ainsi que les actions du Vietnam contribuant au maintien de la paix, de la stabilité et du développement dans la région et dans le monde ; les réponses du Vietnam à la crise énergétique provoquée par le conflit au Moyen-Orient ; ainsi que son évaluation des avantages de la technologie de l’intelligence artificielle (IA), des défis qu’elle pose et de ses impacts sur le Vietnam dans le contexte actuel. - VNA