Hanoï (VNA) – Les acteurs du secteur culturel et des industries culturelles doivent repenser la créativité et suivre l’évolution des tendances émergentes. Au-delà de la création artistique, ils sont appelés à transformer leurs œuvres en produits distinctifs destinés à l’exportation, reflétant la fierté du Vietnam, de son peuple et de sa culture.
Lors de son 3e Plénum, le Comité central du Parti du 14e mandat a approuvé un projet visant à bâtir une société sûre, civilisée et développée.
Il est important de reconnaître le développement humain et culturel, ainsi que le respect du droit, de la discipline et un environnement social sain, comme des éléments fondamentaux de la qualité de vie et du bonheur de la population.
D’un point de vue culturel, l’esprit du plénum met en lumière la nécessité de promouvoir la culture en tant que ressource endogène et moteur du développement durable.
Le journal en ligne VietnamPlus s’est entretenu avec l’Artiste du peuple Vuong Duy Biên, président de l’Association vietnamienne pour le développement des industries culturelles et ancien vice-ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme, au sujet de la culture vietnamienne dans la nouvelle ère.
Changement des mentalités pour susciter des changements majeurs
- Le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, Tô Lâm, a récemment donné des orientations précises concernant le développement culturel, tandis que le 3e Plénum du Comité central du Parti du 14e mandat a mis en exergue les systèmes de valeurs humaines et culturelles en tant que force endogène. Comment évaluez-vous la portée de ces évolutions ?
Les directions données par le secrétaire général et président Tô Lâm ont redonné confiance aux artistes et aux acteurs culturels et suscité chez eux de grandes attentes quant au développement de la culture et des arts dans le pays.
L’identification des « quatre lacunes » et l’appel à « trois changements majeurs » revêtent une importance particulière pour façonner la réflexion stratégique et élaborer un cadre de développement pour la culture vietnamienne à ce stade.
Ces distinctions se distinguent tant par la réflexion que par l’approche. Le secrétaire général et président Tô Lâm a manifesté un vif intérêt pour la culture, en proposant une analyse détaillée et approfondie des enjeux fondamentaux qui émergent de la réalité.
Il est important de noter que ces directions sont non seulement d’une grande profondeur théorique, mais aussi très pratiques. Les professionnels de la culture, des arts et de la gestion culturelle peuvent aisément identifier les actions à mener, sans avoir à consacrer un temps considérable à l’interprétation de concepts théoriques généraux.
Le facteur déterminant pour concrétiser ces évolutions est la prise de conscience. Une mise en œuvre réussie exige une compréhension commune, de la détermination et une volonté partagée à l’échelle de l’ensemble du système. Ce n’est qu’à cette condition que pourra être générée une dynamique suffisamment puissante pour engendrer des changements substantiels.
- Le Parti et l’État ont fait preuve d’une ferme détermination à développer la culture, notamment à travers les résolutions n°80-NQ/TW du 7 janvier 2026 du Politburo et n°28/2026/QH16 du 24 avril 2026 de l’Assemblée nationale sur le développement de la culture vietnamienne. Selon vous, dans quelle mesure ces résolutions seront-elles efficaces pour concrétiser la politique culturelle ?
La résolution n°80 constitue une percée majeure, non seulement à l’échelle macro, mais aussi en raison de son incidence directe sur la vie des citoyens. Un aspect particulièrement remarquable réside dans son approche centrée sur l’humain en matière d’accès à la culture.
La désignation du 24 novembre comme Journée de la culture vietnamienne, assortie de la possibilité pour les travailleurs de prendre un congé payé, constitue une étape importante dans la valorisation de la culture. Il ne s’agit pas d’un simple geste symbolique, mais d’une avancée concrète vers le rapprochement de la culture à la vie sociale quotidienne.
Lorsque les gens ont davantage d’occasions de participer à des activités culturelles et d’en faire l’expérience, la journée peut véritablement se transformer en fête et contribuer à diffuser les valeurs culturelles au sein de la communauté.
Je salue également les objectifs concrets de la résolution, notamment la proposition d’allouer environ 2% du budget de l’État à la culture.
Cela représente des ressources considérables et témoigne de la grande attention que le Parti et l’État portent à la culture. Toutefois, l’enjeu essentiel ne réside pas dans le chiffre lui-même, mais dans le mécanisme de mise en œuvre.
Les responsables doivent saisir non seulement l’esprit de la résolution, mais aussi les réalités pratiques, identifier les problèmes émergents et traduire les orientations politiques en programmes d’action appropriés. Ce n’est que lorsque la prise de conscience collective se transforme en une volonté d’agir que les directives du secrétaire général et président Tô Lâm peuvent produire des résultats tangibles.
La résolution n°80 instaure également un nouvel état d’esprit et un nouveau statut pour les acteurs culturels. Alors que la coordination intersectorielle des programmes culturels se heurtait auparavant à des difficultés, une volonté politique renforcée, des orientations claires et des mesures coordonnées devraient contribuer à améliorer l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et programmes culturels. J’estime que les objectifs sont réalisables, car nous disposons désormais des politiques, des ressources et de la détermination nécessaires, ainsi que d’une conjoncture favorable.
Établissement de la souveraineté culturelle dans l’espace numérique
- Les dépenses budgétaires de l’État consacrées à la culture ne représentent actuellement qu’environ 1,5% des dépenses totales, alors que la résolution fixe un objectif minimal de 2%. Que faut-il faire pour y parvenir ?
Au vu de la mise en œuvre des résolutions précédentes, j’estime que l’efficacité restera limitée en l’absence de mécanismes coordonnés et d’une mise en œuvre résolue. C’est également une préoccupation majeure pour les artistes et le public.
Une résolution ne prend tout son sens que lorsqu’elle se traduit par des politiques réalisables, assorties de mécanismes clairs de suivi et d’évaluation.
La mise en œuvre efficace de la résolution nécessite une évolution des mentalités au sein de la société. Le développement culturel ne relève pas d’un seul secteur, mais constitue une responsabilité partagée. Cette approche doit également s’appuyer sur un cadre juridique clair ainsi que sur des mécanismes concrets de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation, exigeant une mobilisation coordonnée de l’ensemble du système politique, du niveau central au niveau local, et des organismes de gestion jusqu’aux communautés.
La résolution va au-delà des orientations générales et exige des mesures concrètes, d’autant plus que les localités ont pris de l’ampleur, disposant désormais de davantage d’espace de développement et de ressources culturelles plus riches. À mesure que les conditions économiques et les ressources s’améliorent, la mise en œuvre de politiques culturelles deviendra également plus réalisable.
Les ressources sociales, et en particulier celles des entreprises, constituent un autre facteur important. Compte tenu des ressources limitées de l’État, la mobilisation de ressources non étatiques peut donner un nouvel élan au développement culturel tout en allégeant la pression sur les finances publiques. Pour y parvenir efficacement, l’État doit mettre en place des mécanismes appropriés et des politiques de soutien en faveur des entreprises qui contribuent à la culture vietnamienne, notamment par le biais d’incitations fiscales.
La mise en œuvre de la résolution doit s’accompagner de programmes d’action gouvernementaux concrets, communiqués à toutes les localités et à tous les échelons de direction. Des mécanismes clairs et rigoureux de récompense et de sanction sont également nécessaires pour en garantir l’efficacité et l’application. Ce n’est qu’au moyen de mesures suffisamment fortes et spécifiques, mises en œuvre avec sérieux, que la résolution n°80 pourra se concrétiser et permettre à la population de bénéficier des valeurs culturelles.
- Le secrétaire général et président Tô Lâm a souligné que «l’attrait et la capacité des valeurs culturelles positives à se diffuser dans l’environnement numérique n’ont pas suivi le rythme du développement des plateformes et des contenus numériques ». Comment remédier à cette limite ?
À mon avis, cela représente une nouvelle approche revêtant une importance théorique et pratique considérable. Le concept de « souveraineté culturelle » va au-delà de la simple affirmation de l’identité nationale. Il exige également que nous établissions des « marqueurs » culturels ancrés dans l’identité nationale afin de protéger et d’affirmer la souveraineté, car l’identité culturelle constitue le fondement de la souveraineté culturelle.
Ce concept englobe à la fois la « construction » et la « protection ». D’une part, il s’agit de bâtir, d’enrichir et de promouvoir les valeurs positives de la culture nationale. D’autre part, il est nécessaire de disposer d’une résilience et de capacités suffisantes pour préserver ces valeurs des influences négatives et du risque d’érosion de l’identité culturelle. Cela confère aux acteurs culturels et artistiques une responsabilité accrue : celle d’œuvrer aux côtés du Parti et de l’État pour promouvoir les valeurs culturelles vietnamiennes.
- La Résolution n°80 fixe pour objectif que les industries culturelles contribuent à hauteur de 7% du PIB d’ici 2030 et de 9% d’ici 2045. Quelles mesures l’Association vietnamienne pour le développement des industries culturelles prévoit-elle de mettre en œuvre pour contribuer à la réalisation de ces objectifs ?
L’appel du secrétaire général et président Tô Lâm à développer les industries culturelles comme nouveau moteur de croissance et à transformer la puissance culturelle en compétitivité nationale revêt une grande importance.
Pour y parvenir, nous devons simultanément développer les ressources humaines, améliorer les institutions et les politiques, créer un environnement propice à la créativité et faciliter la participation des différents acteurs au marché culturel. Ce n’est que lorsque les ressources humaines, les institutions, les politiques et les marchés se développent de concert que les valeurs culturelles peuvent se transformer en produits compétitifs jouissant d’une large influence.
Cela exige une prise de conscience unifiée et une détermination partagée, du niveau central au niveau local, entre les ministères et les secteurs, ainsi que dans l’ensemble du système politique.
Non seulement les responsables de terrain chargés de la mise en œuvre directe des politiques, mais aussi les responsables au niveau stratégique, devraiepnt partager la même détermination et la même vision afin de susciter une prise de conscience décisive quant au développement culturel et aux industries culturelles. Cette condition est essentielle pour traduire les orientations du Secrétaire général et Président en programmes, projets et produits culturels concrets.
Les acteurs du secteur culturel et des industries culturelles doivent faire évoluer leur approche de la création et adopter de nouvelles tendances. Les artistes devraient dépasser la simple création pour l’art lui-même et transformer leurs œuvres en produits distinctifs destinés à l’exportation, reflétant la fierté du Vietnam, de son peuple et de sa culture. Ce faisant, ils peuvent générer de la valeur économique et contribuer au développement global du pays.
Dans l’optique de devenir une organisation de référence à l’échelle nationale pour la promotion d’industries culturelles professionnelles, créatives, intégrées et durables, l’association se concentrera sur le développement d’un écosystème sectoriel, la proposition de politiques, la promotion des marchés, le soutien à la formation des ressources humaines, l’accélération de la transformation numérique et de l’innovation, ainsi que la promotion de l’intégration internationale au sein de ces industries. – VNA