Dans un environnement financier international marqué par l'incertitude, les flux de fonds envoyés par la diaspora vietnamienne à l'étranger ne constituent plus seulement une source de revenus vitale pour des millions de foyers, mais s'imposent désormais comme un véritable rempart pour la stabilité macroéconomique du pays.
Alors que la vigueur du dollar américain et la prudence de la Réserve fédérale américaine (Fed) concernant la baisse des taux d'intérêt accentuent la pression sur les taux de change et les mouvements de capitaux mondiaux, le Vietnam peut compter sur une manne financière estimée à environ 16 milliards de dollars pour l'année 2025. Cette source stable de devises étrangères joue un rôle déterminant dans l’équilibre macroéconomique et offre une marge de manœuvre précieuse à l'État pour la gestion de sa politique monétaire.
Mesures diverses pour séduire les transferts de fonds
Le Vietnam se maintient ainsi, depuis plusieurs années, dans le top 10 mondial des pays receveurs de transferts de fonds, ces derniers ayant représenté près de 4% du produit intérieur brut (PIB) en 2024. Ho Chi Minh-Ville demeure le principal pôle d'attraction de ces flux, avec des prévisions atteignant 10,5 milliards de dollars pour 2025.
Selon Tran Thi Ngoc Lien, directrice adjointe de la succursale régionale de la Banque d'État, les perspectives pour 2026 restent très positives grâce à une gestion macroéconomique stable, une politique de change flexible et des taux d'intérêt attractifs, permettant à ces fonds de soutenir tant la consommation que les investissements productifs.
Pour capter efficacement cette ressource, les institutions financières redoublent d'efforts en lançant de nouveaux produits, en innovant sur le plan technologique et en simplifiant les procédures de paiement, particulièrement durant la période de pointe du Nouvel An lunaire.
Des banques telles qu'Agribank, Nam A Bank, HDBank et MSB multiplient les programmes promotionnels, à l'instar de MSB qui propose des bonifications de taux de change et des réductions de frais sur les retraits de devises jusqu'en mars 2026. Parallèlement, la société de transfert de fonds de Vietcombank (VCBR) a investi dans un système logiciel central spécialement conçu pour les opérations de transfert de fonds, intégrant l'ensemble de la chaîne commerciale, de la gestion des partenaires et des clients au traitement des paiements multicanaux.
Transferts de fonds, ressource importante de l’économie nationale
Au-delà de l'aspect bancaire, les experts soulignent que l'abondance de ces flux renforce l'offre de devises, équilibre le marché des changes et réduit la pression sur les réserves nationales, permettant au dông vietnamien de mieux résister face à la dépréciation d’autres monnaies régionales.
Selon un dirigeant bancaire, cette ressource aide non seulement les banques à équilibrer leurs fonds, mais soutient également la Banque d'État dans la régulation du taux de change et des politiques monétaires, notamment face aux fortes évolutions des marchés internationaux.
D'un point de vue structurel, le professeur associé et docteur Dinh Trong Thinh estime que ces fonds améliorent la balance des paiements, augmentent les réserves nationales et renforcent la valeur de la monnaie nationale, tout en réduisant la dépendance aux emprunts extérieurs et le poids de la dette publique à long terme.
Cependant, un défi de taille subsiste : l'effet d'entraînement de ces capitaux reste encore en deçà de son potentiel, une part importante étant toujours orientée vers la consommation ou l'épargne passive plutôt que vers la production, les affaires et l’investissement à long terme.
Pour transformer ces flux de court terme en capital de développement, le docteur Nguyen Tri Hieu préconise la mise en place de mécanismes incitatifs capables de « retenir » ces fonds plus longtemps dans l'économie. Cela passe par la création de produits financiers spécialisés, tels que des fonds d'investissement à long terme, des obligations ou des certificats de dépôt dédiés à la diaspora, tout en garantissant une transparence totale des procédures.
Plusieurs économistes s'accordent sur la nécessité d'orienter ces ressources vers les petites et moyennes entreprises, les start-ups innovantes et les projets d'agriculture de haute technologie... En optimisant l'exploitation de cette source de capitaux unique, le Vietnam pourra non seulement consolider sa stabilité macroéconomique, mais aussi créer un levier puissant pour une croissance durable. -Vietnamplus