Hanoi (VNA) — Comme l’économie mondiale est confrontée à des chocs successifs, les économies dépendantes du commerce international, comme le Vietnam, subissent une pression croissante. Alors que le gouvernement poursuit un objectif ambitieux de croissance à deux chiffres, il est plus important que jamais d’identifier précisément les atouts du pays et de s’attaquer à ses contraintes structurelles.
Afin d’offrir aux lecteurs une vision plus approfondie et plus complète du contexte macroéconomique, l’Agence vietnamienne d’information (VNA) de VNA s’est entretenu avec Tehmina Khan, économiste principale de la Banque mondiale pour le Vietnam, le Cambodge et le Laos.
- La dernière mise à jour économique de la Banque mondiale indique que le Vietnam a fait preuve d’une « remarquable résilience ». Quels sont les principaux facteurs qui expliquent cette évaluation ?
Ces dernières années, l’économie mondiale a subi une série de chocs, et le Vietnam n’a pas fait exception. Pourtant, sa capacité à y faire face s’est constamment améliorée, se traduisant par une croissance remarquablement forte. L’année dernière, par exemple, l’économie a progressé de 8%, soit la plus forte croissance de toutes les économies de l’ASEAN, malgré un contexte défavorable majeur lié à l’incertitude du commerce mondial et à l’évolution des politiques tarifaires.
Cette résilience repose sur des atouts fondamentaux : un faible coût du travail, une classe moyenne en expansion et des infrastructures solides. Ce sont ces avantages qui ont permis au Vietnam de tirer profit de la restructuration régionale et mondiale des chaînes de valeur. Alors que l’essor de l’IA se poursuit, ces mêmes atouts placent le Vietnam dans une position extrêmement favorable pour tirer profit du commerce dans des secteurs connexes, tels que les centres de données et les semi-conducteurs. Le Vietnam fait également partie des rares économies émergentes où un vaste ensemble de réformes est actuellement en cours, suscitant un enthousiasme et un optimisme considérables. Les réformes entreprises par le gouvernement ces deux dernières années sont les plus importantes depuis l’ère de Dôi Moi : une réorganisation et une restructuration complètes et rapides de l’État, potentiellement transformatrices si elles sont bien mises en œuvre.
Le Vietnam s’est fixé l’objectif ambitieux de devenir une économie à revenu élevé d’ici 2045. Mais atteindre ce statut exige une transformation proportionnelle des capacités du secteur public. Les réformes en cours vont bien au-delà de la simple simplification administrative. Elles couvrent de nombreux aspects de la vie économique : réduction des formalités administratives, allègement des contraintes réglementaires pesant sur le secteur privé, modernisation des systèmes fiscaux et douaniers, réforme du cadre juridique de l’insolvabilité des entreprises, ouverture des marchés de capitaux et accélération de la transition énergétique. Prises ensemble, ces réformes sont exceptionnelles et représentent un moment véritablement exaltant pour l’économie vietnamienne.
- Au-delà de ces points positifs, quels sont les principaux freins à la croissance du Vietnam et quelles devraient être les priorités du gouvernement ?
Il est important de noter que l’économie vietnamienne est solide et repose sur des fondamentaux relativement robustes. Toutefois, compte tenu des ambitions du gouvernement, des dirigeants et du peuple vietnamiens, certains points de blocage critiques nécessitent une attention particulière.
Le premier est un écart croissant entre les entreprises à capitaux étrangers et le secteur privé national. Les entreprises à capitaux étrangers ne représentent que 5 % de l’ensemble des entreprises de l’économie, mais elles constituent un moteur important des exportations. Alors que le secteur des investissements directs étrangers continue de se renforcer, les entreprises nationales, notamment les PME, commencent à rencontrer des difficultés d’accès aux capitaux et aux ressources.
Deuxièmement, malgré des marges de manœuvre budgétaires considérables, les réserves extérieures sont relativement faibles. L’économie est fortement exposée à la demande extérieure et reste sensible aux chocs affectant ses chaînes d’approvisionnement.
Un troisième sujet de préoccupation est la forte intensité du crédit dans l’économie et le niveau élevé d’endettement des entreprises – le plus élevé parmi les pays de l’ASEAN. Cela représente une source de risque en cas de choc externe négatif.
Le quatrième domaine concerne l’investissement public. Le gouvernement a reconnu l’existence de déficits d’infrastructures qu’il convient de combler : réduire les coûts logistiques, renforcer la compétitivité des entreprises et améliorer la connectivité des marchés, tant au niveau national qu’international. La mise en œuvre est cependant cruciale. Il sera important de veiller à ce que, à l’avenir, les investissements publics soient bien exécutés, que les projets soient judicieusement sélectionnés et qu’ils ciblent les principaux goulets d’étranglement, afin d’accroître la capacité productive de l’économie.
Les réformes prendront-elles du temps ? Oui, c’est toujours le cas, et leurs effets bénéfiques mettent du temps à se concrétiser. La direction est positive et claire. L’ambition est élevée, et le principal défi à relever est la mise en œuvre. Le Vietnam doit rééquilibrer sa croissance, soutenir les entreprises nationales pour qu’elles puissent prospérer, remédier aux vulnérabilités du secteur financier et exécuter efficacement les plans d’investissement public. Deux priorités fondamentales sous-tendent l’ensemble de ces actions : préserver la stabilité macroéconomique, gage de confiance ; et renforcer la gestion des risques, afin d’éviter qu’une croissance plus rapide ne se traduise par de nouvelles sources de vulnérabilité.
- Comment la Banque mondiale évalue-t-elle les perspectives de croissance du Vietnam pour 2026, notamment au regard de son ambition d’une croissance à deux chiffres pour la période 2026-2030 ?
À moyen terme, les perspectives du Vietnam sont solides. Cependant, les risques à court terme sont élevés, principalement en raison de la forte incertitude qui règne dans le contexte international. La Banque mondiale prévoit un possible ralentissement de la croissance mondiale cette année, ce qui pourrait se traduire par une croissance légèrement plus faible au Vietnam. Cela dit, nous estimons que le taux de croissance du Vietnam cette année et dans les prochaines années se maintiendra entre 7% et 8%, un niveau nettement supérieur à celui de toute autre économie de l’ASEAN ou des principaux marchés émergents. Il s’agit d’une croissance remarquable, quel que soit le critère retenu.
Concernant l’objectif à deux chiffres : la Banque mondiale estime que ce potentiel de croissance est atteignable. C’est un objectif louable. Mais ce qui importe fondamentalement, c’est la qualité de la croissance. Même si la croissance est légèrement inférieure à l’objectif, l’important est qu’elle soit plus inclusive, qu’elle crée des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, et qu’elle renforce la résilience face aux chocs futurs. – VNA
Le Vietnam transforme les défis en opportunités : Banque mondiale
Alors que la croissance en Asie de l'Est et dans le Pacifique ralentit face à une incertitude mondiale croissante, le Vietnam continue de se distinguer par sa capacité d'adaptation et sa volonté de transformer les défis en opportunités de réforme, selon la Banque mondiale.