Hanoi (VNA) – Les entreprises japonaises accélèrent leurs investissements au Vietnam, s’étendant au-delà du secteur manufacturier pour investir dans le commerce de détail, le logement et les biens de consommation, repositionnant ainsi ce pays d’Asie du Sud-Est comme un pôle de croissance stratégique en Asie.
Au cours des premières semaines du deuxième trimestre, plusieurs entreprises japonaises ont annoncé de nouveaux projets au Vietnam. Le détaillant AEON a reçu une licence pour un projet de centre commercial de 149 millions de dollars dans la province de Ba Ninh, tandis que le promoteur ferroviaire et immobilier Nishitetsu a déclaré prévoir de construire environ 22.000 logements abordables au Vietnam.
Parallèlement, le confiseur Fujiya a choisi la province de Tây Ninh comme base de production pour sa gamme de biscuits Country Ma’am, destinée à être distribuée sur les marchés asiatiques, notamment au Japon.
Ces investissements illustrent la manière dont les entreprises japonaises font évoluer leur approche du Vietnam, considérant le pays non seulement comme une base de production à bas coût ou un marché de consommation émergent, mais aussi de plus en plus comme un élément stratégique de leurs réseaux de croissance régionaux, expliquent les analystes.
Cette tendance s’est accélérée suite à la récente visite au Vietnam de la Première ministre japonaise Takaichi Sanae, au cours de laquelle les deux parties ont fixé pour objectif de porter les investissements japonais au Vietnam à 5 milliards de dollars par an et le commerce bilatéral à 60 milliards de dollars d’ici 2030.
Les deux parties ont également convenu d’approfondir leur coopération dans les domaines des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle, de la transformation numérique et des infrastructures stratégiques, en mettant l’accent sur le transfert de technologies et la montée en gamme dans les chaînes de valeur mondiales.
Le pari à long terme sur le marché vietnamien
Face au ralentissement de sa croissance intérieure, à la hausse des coûts en Chine et à l’intensification de la concurrence géopolitique, le Japon voit l’Asie du Sud-Est devenir un marché d’expansion de plus en plus important pour les entreprises japonaises. Le Vietnam, avec sa population de plus de 100 millions d’habitants, son urbanisation rapide et sa classe moyenne en pleine croissance, attire particulièrement l’attention.
Les experts affirment que les stratégies d’investissement japonaises au Vietnam sont donc passées d’une approche axée principalement sur la réduction des coûts de main-d’œuvre à la construction de chaînes de valeur à long terme dans les secteurs de la consommation, de l’urbanisme et de la technologie.
Alors que les entreprises japonaises se concentraient principalement sur la fabrication de biens au Vietnam destinés à l’exportation, beaucoup investissent désormais directement dans la consommation intérieure, notamment dans les centres commerciaux, les supérettes, le commerce de détail de la mode et les projets immobiliers.
Tezuka Daisuke, directeur exécutif et responsable des activités au Vietnam d’AEON Co (Japon) et directeur général d’AEON Vietnam Co, a déclaré que le Vietnam était le marché à la croissance la plus rapide de l’entreprise en dehors du Japon.
Le commerce de détail moderne ne représente actuellement que 12 à 15% du marché vietnamien, laissant une marge de croissance importante, a-t-il déclaré à saigontimes.vn.
Malgré les pressions inflationnistes et la hausse des coûts mondiaux, AEON a enregistré son chiffre d’affaires et son bénéfice d’exploitation les plus élevés jamais atteints au Vietnam au cours des neuf premiers mois de l’exercice 2025, clos en novembre. Le bénéfice d’exploitation a progressé de 23% sur un an pour atteindre 144,7 milliards de yens (990 millions de dollars), a rapporté le journal en ligne.
Une position stratégique renforcée
Outre AEON, le Vietnam joue un rôle de plus en plus important dans les stratégies d’entreprise des sociétés japonaises, reflétant un passage d’une production axée sur les coûts à une intégration opérationnelle à long terme.
Le cas de Fujiya illustre cette transition. La production de sa gamme phare de biscuits Country Ma’am à Tây Ninh, destinée à alimenter les chaînes d’approvisionnement régionales, notamment japonaises, témoigne du rôle croissant du Vietnam dans les réseaux opérationnels japonais.
Ce changement dépasse le simple avantage en matière de coûts de main-d’œuvre. Pour les entreprises japonaises, soumises à des normes de qualité et d’approvisionnement rigoureuses, la possibilité de produire au Vietnam pour exporter vers le Japon témoigne d’une confiance accrue dans les capacités de production locales, ont souligné les experts.
Une enquête menée en 2025 par l’Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO) a révélé que 67,5 % des entreprises japonaises implantées au Vietnam prévoient d’être rentables au cours de l’exercice fiscal se terminant en mars 2026, soit le niveau le plus élevé depuis plus de 15 ans.
Selon Mitsutoshi Okabe, représentant en chef de JETRO à Hô Chi Minh-Ville, le Vietnam n’est plus seulement perçu comme une base de production à bas coût, mais comme une destination d’investissement de haute qualité offrant un potentiel de profit à long terme.
La JETRO a également indiqué que les investissements japonais engagés au Vietnam devraient progresser de plus de 20% en 2025, surpassant ainsi les autres marchés de l’ASEAN en termes de part d’entreprises prévoyant d’accroître leurs investissements.
L’essor de la compétitivité du Vietnam
Toutefois, un écart subsiste entre le rôle du Vietnam en tant que hub de fabrication en expansion et son ambition de devenir un centre technologique.
Lors d’une récente visite au Vietnam, des responsables japonais ont manifesté un intérêt accru pour les investissements de haute technologie dans des domaines tels que les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et la transformation numérique.
Selon Mitsutoshi Okabe, de nombreuses entreprises japonaises étudient actuellement les opportunités offertes par le secteur vietnamien des semi-conducteurs, notamment dans les domaines du conditionnement, des tests et de la fabrication de composants.
Le Japon possède de solides compétences en matière d’équipements et de matériaux pour semi-conducteurs, ce qui rend ce secteur particulièrement attractif pour le Vietnam.
Cependant, le représentant de JETRO à Hô Chi Minh-Ville a constaté que la plupart des entreprises japonaises en étaient encore à la phase d’étude de marché, sans s’engager concrètement dans des investissements de haute technologie au Vietnam.
Les principales préoccupations portaient sur la disponibilité de ressources humaines qualifiées, les conditions de vie des experts étrangers et la transparence et la prévisibilité de l’environnement réglementaire et d’investissement.
Mitsutoshi Okabe a indiqué qu’il faudrait probablement plus de temps aux entreprises pour mener des évaluations approfondies avant de prendre des décisions définitives.
Il a ajouté que pour attirer des activités clés dans le secteur des semi-conducteurs, telles que la conception de puces ou la fabrication de plaquettes, le Vietnam devrait investir davantage dans la formation d’ingénieurs, les infrastructures de services publics et l’écosystème des fournisseurs au sens large.
Selon la JETRO, les entreprises japonaises implantées au Vietnam sont de plus en plus confrontées à la concurrence, non seulement d’autres entreprises à capitaux étrangers, mais aussi d’entreprises locales, ce qui témoigne de la maturation rapide de l’industrie locale, qui dépasse désormais un modèle uniquement axé sur les coûts. – VNA