Hanoi (VNA) - Face à une demande intérieure en constante progression, l’industrie laitière vietnamienne accélère sa transformation afin de bâtir une filière moderne, durable et davantage autonome en matières premières. Les autorités et les entreprises misent sur le développement des élevages, l’augmentation de la production de lait frais et l’innovation technologique pour renforcer la compétitivité du secteur et répondre aux nouvelles exigences des consommateurs.
Avec une consommation moyenne d’environ 36 litres de lait par habitant et par an, le Vietnam reste largement en dessous des niveaux observés dans plusieurs pays développés, tels que le Danemark (394 kg), la France (251 kg), les États-Unis (228 kg) ou encore le Japon (61 kg). Cette situation témoigne d’un important potentiel de croissance du marché domestique, dans un contexte marqué par l’amélioration des revenus et une prise de conscience accrue des enjeux nutritionnels.
Au cours des quinze dernières années, la structure du secteur laitier vietnamien a connu une évolution significative. La part du lait liquide produit à partir de lait en poudre reconstitué est passée de 92 % en 2008 à 48,6 % en 2020, avant de tomber à 32,3 % en 2023. Parallèlement, l’utilisation de lait frais dans la transformation a progressé à 67,7 %, illustrant l’intérêt croissant des consommateurs pour des produits plus naturels, nutritifs et transparents quant à leur origine.
Malgré cette dynamique, la production nationale de lait frais ne couvre actuellement qu’environ 40 % des besoins de transformation du pays. Le Vietnam doit ainsi importer chaque année pour plus d’un milliard de dollars de lait et de produits laitiers, principalement du lait en poudre. Cette dépendance pèse sur la balance commerciale et freine le développement des élevages bovins locaux ainsi que la compétitivité des entreprises nationales.
Pour remédier à cette situation, la stratégie de développement du secteur laitier à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045, fixe des objectifs ambitieux. D’ici à 2030, la filière vise une croissance annuelle moyenne comprise entre 12 et 14 %, avec une production de lait transformé estimée à 4,2 milliards de litres par an. La production nationale de lait frais devrait atteindre environ 2,6 milliards de litres, permettant de couvrir 60 à 65 % des besoins de transformation.
Le segment du lait en poudre devrait enregistrer une croissance annuelle de 7 à 8 %, avec une production estimée à 245.000 tonnes par an. À plus long terme, le Vietnam ambitionne d’atteindre, d’ici 2045, une consommation moyenne de 100 litres de lait par habitant et par an, tout en assurant 80 à 85 % de l’approvisionnement domestique en lait frais.
Selon Nguyên Xuan Duong, président de l'Association de l'élevage du Vietnam, l’objectif d’une consommation moyenne supérieure à 100 litres de lait par habitant et par an d’ici 2045, avec plus de 60 % de lait frais produit localement, demeure réalisable. Il estime que la transition du lait reconstitué vers le lait frais constitue un choix stratégique à la fois pour la santé publique et pour le développement d’une agriculture autonome.
Le développement des zones d’élevage apparaît comme une priorité essentielle pour exploiter pleinement le potentiel du marché intérieur. Les autorités encouragent la création de grandes exploitations laitières utilisant des technologies avancées, associées à des coopératives et à des exploitations familiales, afin d’accroître rapidement la production nationale et de réduire la dépendance aux importations.
Ngô Minh Hai, président du conseil d'administration du groupe TH (TH True MILK), a affirmé que le Vietnam disposait des conditions nécessaires pour parvenir à l’autosuffisance en lait frais et que cet objectif devait devenir une priorité nationale. Selon les scénarios avancés par le groupe TH, le pays aurait besoin d’un cheptel d’environ 700.000 vaches laitières d’ici 2035 dans le cadre d’un modèle d’élevage concentré à haute technologie. Ce chiffre pourrait atteindre 1,2 million de vaches laitières si la production continue de reposer principalement sur des exploitations traditionnelles à faible rendement.
Parallèlement à l’augmentation de la production, les entreprises du secteur sont appelées à diversifier leurs produits et à développer des gammes à forte valeur ajoutée répondant aux besoins nutritionnels spécifiques des consommateurs.
Les professionnels du secteur considèrent également le programme de lait scolaire destiné à près de 13,8 millions d’enfants d’âge préscolaire et primaire comme un levier majeur pour soutenir durablement la demande intérieure.
Afin de stimuler davantage la consommation domestique, plusieurs experts et entreprises recommandent la mise en œuvre de politiques de soutien plus ambitieuses, notamment l’application d’un taux de TVA de 0 % sur le lait frais consommé localement, des aides à l’investissement, des facilités de crédit et des soutiens au développement des élevages de haute technologie.
La combinaison d’orientations politiques claires, d’investissements dans les matières premières nationales et d’une évolution vers l’utilisation accrue de lait frais constitue ainsi un levier déterminant pour permettre à l’industrie laitière vietnamienne d’exploiter pleinement le vaste potentiel de son marché intérieur au cours des prochaines décennies.-VNA