IDE : le temps est venu de passer du déroulement du tapis rouge au partenariat à long terme

Pour de nombreux experts, le Vietnam doit désormais passer résolument de l’approche consistant à attirer les investissements directs étrangers (IDE) à tout prix à celle plus sélective et qualitative, fondée sur la technologie, l’innovation, le développement vert, les liens avec les entreprises nationales et la valeur ajoutée comme principaux critères d’évaluation.

Une chaîne de production de modules de caméra et de composants électroniques destinés à l'exportation dans l'usine de la Sarl MCNEX VINA entièrement à capital sud-coréen, dans le parc industriel de Phuc Son, province de Ninh Binh. Photo : VNA
Une chaîne de production de modules de caméra et de composants électroniques destinés à l'exportation dans l'usine de la Sarl MCNEX VINA entièrement à capital sud-coréen, dans le parc industriel de Phuc Son, province de Ninh Binh. Photo : VNA

Hanoi (VNA) – Alors que l’économie entre dans une nouvelle phase de développement, avec des aspirations à une croissance robuste et durable, l’attraction des IDE a certes pour cause mais aussi des demandes impérieuses relatives à leur qualité, à leur effet d’entraînement et à leur capacité de créer des capacités endogènes de l’économie.

De la politique d’attraction à tout prix à la sélection des flux de capitaux

À ce jour, le Vietnam compte plus de 46.500 projets d’investissement direct étranger (IDE) actifs, pour un capital enregistré total dépassant 543 milliards de dollars et un capital cumulé mis en œuvre atteignant environ 357,6 milliards de dollars. Le secteur des IDE contribue actuellement à hauteur de plus de 20% au PIB, à environ 70% du chiffre d’affaires des exportations et crée des millions d’emplois.

Au vu de l’objectif vietnamien de croissance forte et durable pour la période 2026-2030, le rôle du secteur des IDE demeure un moteur essentiel de l’économie. Selon les experts, pour atteindre cet objectif de croissance, le Vietnam a besoin d’importantes ressources d’investissement, le secteur des IDE et le secteur privé devant contribuer à hauteur d’environ 80% de la demande totale de capitaux d’investissement social.

Cependant, l’important aujourd’hui n’est plus le montant des IDE attirés, mais la manière de les attirer. Le prof. associé-Dr Hoàng Van Cuong, vice-président de l’Association vietnamienne des sciences économiques, estime que, par le passé, l’objectif du Vietnam en matière d’attraction des IDE était principalement de mobiliser des capitaux étrangers pour stimuler la production et tirer profit d’une main-d’œuvre bon marché. Or, ce modèle montre désormais ses limites.

«Si nous persistons avec l’ancienne méthode d’attraction des IDE, les entreprises nationales resteront toujours à la traîne par rapport aux entreprises étrangères, tandis que les travailleurs vietnamiens se limiteront principalement à des activités à faible valeur ajoutée. Cela ne permettra pas de créer une percée en matière de productivité et de qualité de la croissance», a-t-il averti.

Selon le responsable, le Vietnam doit adopter un modèle d’attraction des investissements de nouvelle génération, qui non seulement attire des capitaux, mais aussi les accompagner de technologies de pointe, d’une gestion performante et d’innovations, et créer des effets multiplicateurs pour le secteur des entreprises nationales.

Plus important encore, le secteur des IDE et les entreprises nationales doivent être placés dans une relation d’accompagnement et de développement mutuel, au lieu de coexister comme deux secteurs distincts au sein d’une même économie. Le secteur des IDE et le secteur privé doivent devenir des partenaires stratégiques, partageant les bénéfices, créant de la valeur ajoutée et de la dynamique d’une croissance durable.

Le principal obstacle réside dans le manque de connexion effective

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Le parc industriel de Binh Xuyên affiche un taux d'occupation de 100 %. Photo : VNA

Malgré la forte croissance du secteur des IDE ces dernières années, force est de constater que les liens entre les entreprises étrangères et les entreprises nationales restent ténus. Actuellement, plus d’un million d’entreprises sont actives au Vietnam, mais seulement 5.000 environ sont directement intégrées aux chaînes d’approvisionnement mondiales ou aux multinationales. Le nombre d’entreprises vietnamiennes devenues fournisseurs de premier rang auprès de grandes entreprises se limite à une centaine, un chiffre très modeste.

Cela montre que, malgré une croissance rapide des IDE, leur effet d’entraînement sur le secteur des entreprises nationales reste limitée. Selon le Dr Lê Duy Binh, directeur d’Economica Vietnam, le Vietnam a besoin, dans la prochaine période, non seulement d’un afflux accru d’IDE, mais aussi des IDE de nouvelle génération, axés sur les hautes technologies, le respect de l’environnement, une gouvernance moderne et des liens plus étroits avec les entreprises nationales.

Le prof. associé-Dr Hoàng Van Cuong a également étimé que, pour remédier à cette situation, un ajustement fondamental est nécessaire dans l’approche des incitations à l’investissement. Au lieu de se baser principalement sur la taille du capital, comme auparavant, les politiques devraient s’appuyer sur les résultats concrets produits par les entreprises d’IDE. Il pourrait s’agir du niveau de transfert de technologie, du taux de localisation, du nombre d’entreprises vietnamiennes participant à la chaîne d’approvisionnement ou de l’efficacité de la formation des ressources humaines hautement qualifiées.

« Les entreprises d’IDE devraient recevoir des incitations proportionnellement au respect de leurs engagements. Si elles ne respectent pas les délais ou ne créent pas les partenariats promis, les politiques de soutien ne devraient pas être appliquées», a-t-il proposé.

Cette approche est considérée par de nombreux experts comme adaptée à l’actuel contexte de concurrence dans l’attraction des IDE, où le Vietnam ne peut plus compter principalement sur des avantages liés aux faibles coûts, mais doit se forger un avantage concurrentiel grâce à la qualité de ses institutions, à la qualité de ses ressources humaines et à sa capacité d'innovation.

D’après les experts, le Vietnam doit repenser son système d’incitation à l’investissement afin qu’il repose sur les résultats obtenus, et non plus uniquement sur des avantages fiscaux ou le montant du capital social. Parallèlement, il est nécessaire de promouvoir de nouveaux projets pilotes, d’améliorer le climat des investissements et de développer un écosystème favorable aux hautes technologies, à l’économie verte, à l’intelligence artificielle et à l’innovation. – VNA

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