Cân Tho (VNA) – La prospérité du delta du Mékong dans les années à venir dépendra de sa capacité à créer un écosystème intégré combinant agriculture, transformation, logistique, finance et technologie, ont déclaré les experts dans le Rapport économique annuel du delta du Mékong 2025.
Au cours de la prochaine décennie, la prospérité de la région dépendra de sa capacité à développer un écosystème intégré reliant l’agriculture, les industries de transformation, la logistique, la finance et la technologie, a déclaré le Dr Vu Thành Tu Anh, chef de l’équipe de recherche.
Une telle transformation permettra de créer des produits de haute qualité, bénéficiant d’une image de marque renforcée, d’une traçabilité accrue et d’une compétitivité renforcée sur des marchés mondiaux de plus en plus écologiques et numérisés, a-t-il souligné.
Publié jeudi 28 mai à Cân Tho par la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI), en collaboration avec l’École de politiques publiques et de gestion Fulbright (FSPPM), le rapport présente une analyse complète du paysage économique du delta du Mékong.
Le rapport souligne que les progrès futurs ne proviendront pas simplement d’une augmentation de la production de riz, de produits aquatiques ou de fruits. La région doit au contraire opérer une transition vers une économie agricole axée sur l’innovation et fondée sur les principes de l’adaptation au changement climatique et du développement durable.
Lors de la publication du rapport, les experts ont souligné que le delta du Mékong ne peut plus se reposer sur un modèle de croissance fondé sur l’extraction de ressources naturelles, une main-d’œuvre à bas coût et une production familiale fragmentée. Les entreprises locales doivent désormais devenir le moteur de la restructuration économique et de la croissance de la productivité.
Le président de la VCCI, Hô Sy Hung, a déclaré que les entreprises privées nationales représentent déjà 45% des 357 secteurs dans lesquels la région bénéficie d’avantages concurrentiels. Il a souligné que toutes les stratégies de développement régional devraient placer le secteur privé national au cœur de leurs préoccupations, tout en redéfinissant le rôle des investissements directs étrangers (IDE) afin de promouvoir des liens plus étroits, le transfert de technologies et les retombées positives sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
L’économiste Pham Chi Lan a plaidé pour des réformes institutionnelles plus profondes afin de créer un environnement des affaires plus favorable. Elle a exhorté les autorités à abandonner les politiques de relance à court terme et les mécanismes administratifs d’incitation, au profit de systèmes d’incitation transparents et automatiques auxquels les entreprises peuvent accéder une fois les conditions d’éligibilité remplies.
Le vice-ministre des Finances, Lê Tân Cân, a insisté sur la nécessité pour les autorités locales de passer d’une logique administrative à un modèle de gouvernance axé sur le développement, qui privilégie la croissance des entreprises, la facilitation des investissements et la simplification des procédures administratives.
Le rapport a également mis en lumière les goulets d’étranglement structurels persistants auxquels est confrontée l’économie du delta du Mékong. Bien que la région demeure stratégiquement importante pour la sécurité alimentaire et les exportations agricoles du Vietnam, son écosystème d’entreprises reste fragile et fragmenté.
En 2025, son produit intérieur brut régional (PIBR) devrait croître de 7,24 %, contribuant à hauteur de 8,39 % à la croissance économique nationale et représentant 12,2 % du PIB vietnamien. L’agriculture, la sylviculture et la pêche demeurent les piliers de l’économie, tandis que l’industrie et les services affichent des taux de croissance plus élevés, respectivement de 9,6 % et 8,8 %.
Cependant, les chercheurs ont averti que le delta du Mékong est devenu la région du pays présentant la plus faible densité d’entreprises depuis 2023. Alors qu’elle représentait 22 % de l’ensemble des entreprises vietnamiennes en 2000, ce chiffre a chuté brutalement à environ 7 % en 2024.
L’absence d’entreprises de taille moyenne et d’entreprises leaders constitue un défi majeur. En 2024, les micro-entreprises représentaient 87,8 % des entreprises en termes d’effectifs et 42 % en termes de capital, soit la proportion la plus élevée du pays. Parallèlement, les entreprises agricoles représentaient moins de 5 % du total des entreprises, alors que l’agriculture contribue à plus de 30 % du PIB régional.
La faiblesse des infrastructures logistiques continue de nuire à la compétitivité. En raison de capacités logistiques limitées et de marchés fragmentés, la plupart des exportations doivent transiter par Hô Chi Minh-Ville et le sud-est du pays, ce qui porte les coûts logistiques à 20-25 % du prix des produits.
Des experts ont averti que, sans réformes globales des institutions, des infrastructures, des ressources humaines et du développement des entreprises, le delta du Mékong risque de s’enfoncer davantage dans un cercle vicieux de faible productivité, d’exode rural et de faible attractivité des investissements. – VNA