Hanoï (VNA) – Dans le cadre de la troisième édition du Forum de l’avenir de l’ASEAN (AFF) 2026, plusieurs séminaires et dialogues se sont tenus le 8 juin à l’Académie diplomatique du Vietnam, portant sur le positionnement de la sous-région du Mékong et l’amplification de la voix des jeunes, alors que l’ASEAN s’efforce de concrétiser sa Vision communautaire 2045.
Lors du séminaire intitulé "Le Mékong dans l’architecture de coopération sous-régionale de l’ASEAN : vers la Vision 2045", le directeur adjoint de l’Académie diplomatique, Nguyen Manh Dong, a souligné l’importance de cette rencontre dans un contexte marqué par de profondes mutations de l’environnement stratégique et par l’intensification de la concurrence entre les grandes puissances.
Selon lui, la Vision de l’ASEAN à l’horizon 2045 ne pourra produire pleinement ses effets que si elle se traduit par des actions concrètes à tous les niveaux, en particulier au niveau sous-régional, dont l’impact sur le développement socio-économique est direct.
Mme Hoang Thi Ha, chercheuse principale à l’Institut ISEAS – Yusof Ishak, a estimé que le bassin du Mékong constitue aujourd’hui un "pilier souple" de la sécurité régionale, en fournissant des ressources essentielles en riz, produits de la pêche et produits agricoles à l’ensemble du bloc.
Le Dr Anoulak Kittikhoun, conseiller auprès du ministère lao de l’Agriculture et de l’Environnement, a précisé que la région produit annuellement 20 à 23 millions de tonnes de riz, Singapour important à lui seul 40 % à 60 % de ses besoins depuis cette zone.
Au-delà de la sécurité alimentaire, la sous-région dispose d’un important potentiel en énergies renouvelables, illustré par le projet d’interconnexion électrique entre le Laos, la Thaïlande, la Malaisie et Singapour, ainsi que par des infrastructures stratégiques telles que la ligne ferroviaire Laos-Chine. Le Dr Kittikhoun a ainsi plaidé pour que le Mékong ne soit plus considéré comme une zone "nécessitant une assistance", mais comme un centre névralgique de croissance, de résilience et d’innovation pour l’ensemble du bloc.
Toutefois, selon plusieurs intervenants, la sous-région du Mékong fait face à d’importants défis institutionnels. Le directeur de l’Institut du Mékong, Suriyan Vichitlekarn, a souligné que la multiplication des cadres de coopération, tels que la sous-région du Grand Mékong (GMS), la stratégie de coopération économique Ayeyawady-Chao Phraya-Mékong (ACMECS) ou encore la coopération Mékong-Lancang, entraîne des chevauchements d’initiatives et une fragmentation des efforts.
Pour y remédier, Sumitra Jayaseelan, représentante du Secrétariat de l’ASEAN, a estimé qu’il fallait mieux articuler les mécanismes existants plutôt que d’en créer de nouveaux. Elle a notamment rappelé l’adoption d’un Plan d’action conjoint 2026-2030 entre l’ASEAN, le GMS, la Zone de croissance de l’ASEAN orientale (BIMP-EAGA) et le Triangle de croissance Indonésie-Malaisie-Thaïlande (IMT-GT), centré sur trois secteurs prioritaires : l’énergie, l’agriculture et le tourisme. Parallèlement, l’Australie a réaffirmé son soutien à travers un engagement de plus de 450 millions de dollars australiens destiné à la transition énergétique et à la résilience climatique dans le cadre du Partenariat Mékong-Australie.
Par ailleurs, lors du dialogue intergénérationnel "Façonner l’avenir de l’ASEAN", la Dre Nguyen Thi Thin, directrice adjointe de l'Académie diplomatique, a rappelé que la région compte plus de 200 millions de jeunes, force motrice face aux défis mondiaux. Autour de trois grandes tendances à l’horizon 2030 – l’intelligence artificielle (IA), le changement climatique et la concurrence stratégique –, les intervenants ont partagé des points de vue variés.
La cheffe de la mission du Royaume-Uni auprès de l’ASEAN, Helen Mary Fazey, a estimé que la région subissait une double pression liée à la révolution technologique et au changement climatique, alors que quatre pays de l’ASEAN figurent encore parmi les moins avancés au monde.
Selon elle, l’ASEAN doit trouver une trajectoire de croissance durable conciliant réduction des émissions et développement économique. Afin de rapprocher davantage l’ASEAN de ses citoyens, elle a notamment proposé la mise en place de couloirs de passage dédiés aux citoyens de l’ASEAN dans les aéroports, sur le modèle de l’Union européenne.
L’ambassadeur des Philippines au Vietnam, Francisco Noel R. Fernandez III, a quant à lui encouragé la jeunesse à utiliser l’IA comme outil diplomatique, tout en défendant le principe de consensus afin de ne laisser personne de côté. Ce dialogue vise à finaliser la Déclaration sur la vision de la jeunesse de l’AFF 2030, illustrant la volonté de l’ASEAN de lever les obstacles institutionnels et de mobiliser ses forces internes pour bâtir une communauté résiliente d’ici 2045.- VNA