Discours de politique du secrétaire général du Parti et président de la République To Lam à l’Institut Egmont en Belgique

À l’Institut Egmont, à Bruxelles, le secrétaire général du PCV et président vietnamien To Lam a souligné la convergence des visions stratégiques entre le Vietnam et l’Union européenne, appelant à approfondir leur coopération dans les domaines politique, économique, scientifique et technologique, ainsi que dans les transitions verte et numérique, afin de contribuer à la paix et à la prospérité communes.

Le dirigeant To Lam appelle à concrétiser la coopération Vietnam-UE. Photo: VNA
Le dirigeant To Lam appelle à concrétiser la coopération Vietnam-UE. Photo: VNA

Bruxelles, 24 octobre (VNA) - Dans le cadre de sa visite officielle au Royaume de Belgique, le secrétaire général du Parti et président de la République, To Lam, a prononcé, dans l’après-midi du 23 octobre (heure locale), un discours de politique intitulé « Transformer la vision en action : de la détermination politique à un modèle de coopération », à l’Institut royal des relations internationales Egmont, à Bruxelles. L'Agence vietnamienne d’information (VNA) présente ci-dessous l’intégralité de ce discours :

Monsieur le président de l’Institut royal des relations internationales Egmont,

Mesdames et Messieurs les délégués, les universitaires, les chercheurs et les représentants du corps diplomatique,

Je suis très heureux d’être présent, avec la délégation vietnamienne de haut rang, au Royaume de Belgique, centre politique de l’Union européenne. Le Royaume de Belgique possède un patrimoine diplomatique inestimable : l’art de concilier les différences et de parvenir à un consensus. Sa capacité à gérer la diversité a fait de ce pays un symbole de l’esprit d’« unité dans la diversité », une philosophie fondamentale qui retient particulièrement l’attention de l’UE, de l’ASEAN et de la communauté internationale dans le monde en pleine mutation d’aujourd’hui.

Après quatre décennies de Renouveau (Doi moi), le Vietnam, autrefois dévasté par la guerre et soumis à l’encerclement et à l’embargo, est devenu l’un des principaux partenaires commerciaux et d’investissement de l’UE en Asie du Sud-Est. Ce parcours confirme une vérité : malgré leurs différences de systèmes politiques ou de niveaux de développement, les pays peuvent tout à fait surmonter leurs divergences et bâtir un avenir commun s’ils croient au dialogue, à la coopération mutuellement bénéfique et au respect du droit international.

Aujourd’hui, à l’Institut royal des relations internationales Egmont, je souhaite partager avec vous trois messages majeurs :

Premièrement, comprendre les mutations stratégiques de notre époque, marquée par de profondes transformations qui menacent de fragmenter le monde, mais ouvrent également de nouvelles perspectives, dans lesquelles l’UE continue de jouer un rôle central et pionnier.

Deuxièmement, la convergence croissante des visions, des valeurs et des conceptions de l’« autonomie stratégique » entre le Vietnam et l’UE constitue un socle solide sur lequel les deux parties peuvent s’appuyer pour aller plus loin ensemble.

Troisièmement, définir des orientations stratégiques novatrices pour faire franchir un nouveau cap aux relations entre le Vietnam et l’UE, les relations entre le Vietnam et la Belgique constituant un moteur et la démonstration la plus éloquente de cette dynamique.

Mesdames et Messieurs,

1. Le monde face aux mutations historiques et au risque de fragmentation

Nous vivons une période de profonde reconfiguration de l’ordre international. La concurrence stratégique entre les grandes puissances s’étend désormais à tous les domaines fondamentaux, de l’économie, du commerce et des chaînes d’approvisionnement aux technologies stratégiques, à l’intelligence artificielle (IA) et aux normes relatives aux données. L’adoption de politiques de « sécurité économique » et de « réduction des risques » fait apparaître de nouvelles lignes de démarcation au sein des écosystèmes technologiques et des chaînes de production, exposant le monde à un grave risque de fragmentation géoéconomique.

Le multilatéralisme et l’ordre international fondé sur des règles sont confrontés à des défis sans précédent. L’unilatéralisme et le protectionnisme gagnent du terrain, tandis que les principales institutions multilatérales, telles que les Nations unies et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), subissent des pressions croissantes en faveur de réformes urgentes. Le monde est ainsi confronté à un paradoxe : les technologies renforcent les interconnexions, tandis que la géopolitique accentue les divisions.

Dans le même temps, les risques de conflits géopolitiques et les différends de souveraineté en mer, dans les océans, dans l’espace extra-atmosphérique et dans le cyberespace se conjuguent de manière de plus en plus aiguë avec les grands défis de sécurité non traditionnelle, qu’il s’agisse du changement climatique, des crises énergétiques et alimentaires ou encore de la criminalité de haute technologie. Les faits le confirment : aucun pays ne peut, à lui seul, faire face aux risques de portée mondiale.

La question stratégique qui se pose est donc la suivante : comment préserver l’autonomie nationale tout en contribuant à la construction d’un ordre international équitable, ouvert et fondé sur le droit international ? C’est une question à laquelle le Vietnam et l’UE doivent apporter ensemble une réponse. Je suis convaincu que plus nous approfondirons nos échanges, plus nous constaterons que nos convergences stratégiques et nos valeurs fondamentales sont bien plus nombreuses que nos divergences.

Mesdames et Messieurs,

2. La voie de développement du Vietnam : l’autonomie stratégique associée à une intégration approfondie au monde

Pour répondre à cette question, le Vietnam a choisi la devise d’action suivante : « Confiance en soi, autonomie, indépendance, résilience et fierté nationale ». Notre philosophie est la suivante : l’autonomie et la résilience fondées sur nos propres forces renforcent notre capacité à faire face aux chocs et à préserver notre autonomie stratégique. Une coopération internationale approfondie ouvre de nouveaux espaces de développement pour le pays.

Sorti de la guerre et de l’embargo, le Vietnam s’est courageusement engagé dans le Renouveau (Doi moi), en renouvelant sa pensée dirigeante, ses institutions et ses méthodes d’action, tout en s’engageant résolument dans l’intégration mondiale.

En 1975, au sortir de la guerre, le Vietnam était un pays pauvre et dévasté, avec un PIB par habitant d’environ 84 dollars. En 2025, ce chiffre dépassait 5 000 dollars. Le Vietnam est aujourd’hui une économie dynamique dont le PIB dépasse 500 milliards de dollars, ce qui le place parmi les 32 premières économies mondiales. Nous avons établi des relations commerciales avec plus de 230 pays et signé 18 accords de libre-échange (ALE) avec plus de 60 partenaires. En 2026, nous poursuivons notre croissance soutenue, avec pour objectif un volume d’échanges commerciaux dépassant 1 200 milliards de dollars. Plus important encore, les fruits de cette croissance se traduisent concrètement par une amélioration des conditions de vie de la population, la garantie du bien-être social et une réduction durable de la pauvreté.

Le Vietnam aborde avec confiance une nouvelle ère de développement, guidée par deux objectifs centenaires : devenir, d’ici à 2030, un pays en développement doté d’une industrie moderne, puis, d’ici à 2045, un pays développé à revenu élevé. Pour réaliser cette ambition, nous ne misons ni sur nos ressources naturelles ni sur une main-d’œuvre bon marché, mais opérons une transition vers un modèle de croissance fondé sur le savoir, l’innovation, la transformation numérique et la transition verte, en plaçant l’être humain au centre. Parallèlement, le Vietnam reste fermement attaché à une politique étrangère d’indépendance et d’autonomie, de multilatéralisation et de diversification des relations extérieures.

Le chemin à parcourir reste néanmoins semé de défis : le risque du « piège du revenu intermédiaire », la pression en faveur d’une hausse de la productivité et la vulnérabilité d’une économie ouverte aux chocs géoéconomiques. Pour les surmonter, le Vietnam a besoin, au-delà de ses propres efforts, du soutien et de l’accompagnement stratégiques de ses partenaires internationaux, dans un esprit d’équité, d’équilibre et d’efficacité. L’Union européenne figure parmi ses partenaires de premier plan.

Mesdames et Messieurs,

3. La place et le rôle de l’Union européenne dans l’ordre mondial

La création de l’Union européenne constitue un événement majeur du XXe siècle. Elle a transformé un continent autrefois dévasté par les guerres en un espace de paix, de prospérité et d’intégration parmi les plus avancés au monde. Cette expérience est une source d’inspiration : elle illustre la capacité à dépasser les blessures de l’histoire et à surmonter les différences pour bâtir un avenir commun, une philosophie qui trouve un écho particulier auprès du peuple vietnamien.

Aujourd’hui, l’UE est non seulement un pôle majeur dans les domaines économique, scientifique et technologique, mais aussi un acteur de premier plan dans l’élaboration des normes internationales et des règles de gouvernance mondiale, qu’il s’agisse de l’économie verte, de l’économie numérique ou de l’intelligence artificielle (IA). Nous saluons l’approche de l’UE en matière d’« autonomie stratégique » : l’Europe cherche à renforcer son autonomie en matière de sécurité économique tout en restant fermement attachée au multilatéralisme et au droit international. À travers sa Stratégie pour l’Indo-Pacifique, l’UE affirme sa présence dans la région et contribue concrètement à la paix, à la stabilité et à la liberté de navigation.

Pour le Vietnam, les relations avec l’UE revêtent une importance structurelle particulière. L’UE compte parmi les premiers partenaires stratégiques à avoir accompagné le Vietnam dès les premières années du Renouveau (Doi moi). Le Vietnam est fier d’être le seul pays d’Asie du Sud-Est à disposer d’un réseau de coopération aussi étendu avec l’UE, comprenant huit mécanismes de coopération, et d’avoir établi des partenariats stratégiques ou globaux avec onze États membres.

La coopération avec l’UE ne relève pas d’une simple relation extérieure parmi d’autres : elle constitue un pilier stratégique, étroitement lié à la politique de multilatéralisation et de diversification des relations extérieures du Vietnam ainsi qu’à sa voie de développement autonome. Nous exprimons notre profonde gratitude à l’UE et à ses États membres pour la coopération et le précieux soutien qu’ils apportent au Vietnam dans un esprit d’égalité depuis plusieurs décennies.

Mesdames et Messieurs,

4. Vietnam-UE : des intérêts, des valeurs et une vision stratégique convergents

Malgré la distance géographique et les différences de niveau de développement, le Vietnam et l’UE partagent de profondes convergences autour de quatre piliers stratégiques.

Premièrement, la convergence entre l’« autonomie stratégique » des deux parties et la capacité de résilience propre au Vietnam. L’autonomie ne signifie ni repli sur soi ni rupture des liens avec le monde. Elle consiste à renforcer la capacité de chaque pays à décider de sa propre voie de développement et de son destin. Dans le cadre de sa stratégie de « réduction des risques » et de son initiative « Global Gateway », l’UE peut compter sur le Vietnam, qui, grâce à sa position centrale en Asie du Sud-Est et au degré élevé d’ouverture de son économie, constitue un « maillon fiable » pour l’aider à diversifier ses chaînes d’approvisionnement et à en renforcer la sécurité.

Deuxièmement, une approche positive des nouvelles normes environnementales, notamment le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF/CBAM) et le règlement de l’UE relatif à la déforestation (RDUE/EUDR). Nous ne considérons ni le CBAM ni l’EUDR comme des barrières protectionnistes, mais comme des moteurs de la restructuration de notre économie vers un modèle plus vert. Le Vietnam est prêt à figurer parmi les pays en développement pionniers dans la mise en œuvre de ces normes et souhaite que l’UE l’accompagne en lui apportant un soutien en matière de technologies et de financement vert.

Troisièmement, un engagement commun en faveur de l’équité, de la transparence, de l’égalité et des avantages mutuels dans le libre-échange et la sécurité économique. L’EVFTA et l’EVIPA montrent qu’un pays en développement peut s’intégrer pleinement à l’économie mondiale sur un pied d’égalité, tout en respectant les normes les plus exigeantes en matière de travail, d’environnement et de développement durable. L’engagement commun du Vietnam et de l’UE en faveur de la libéralisation des échanges envoie un signal fort face à la montée du protectionnisme et de l’unilatéralisme.

Quatrièmement, la primauté du droit international et la sécurité maritime, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 (CNUDM). Les deux parties considèrent la Charte des Nations unies et la CNUDM de 1982 comme la « constitution des mers et des océans ». La mer Orientale constitue une voie maritime vitale, directement liée à la sécurité économique de l’Europe. Nous apprécions la fermeté de la position de l’UE en faveur de la préservation de l’intégrité de la CNUDM de 1982 et du maintien d’une présence pacifique dans la région indo-pacifique.

Mesdames et Messieurs,

5. Relations Vietnam-UE et Vietnam-Belgique : de la volonté politique à des programmes de coopération stratégique novateurs

Un cadre de relations ne prend véritablement vie que s’il favorise une compréhension stratégique approfondie, permet un entrecroisement des intérêts et produit des résultats concrets. À cet égard, les relations entre le Vietnam et la Belgique constituent la démonstration la plus éloquente de la profondeur de la coopération entre le Vietnam et l’UE.

Je voudrais proposer plusieurs axes novateurs de coopération stratégique pour la période à venir.

Premièrement, renforcer la confiance politique et la sécurité économique. Il convient de faire de la coopération entre le Vietnam et l’UE un élément central de la Stratégie de l’UE pour l’Indo-Pacifique. Les deux parties doivent resserrer leurs liens dans les domaines du commerce et de l’investissement, garantir la sécurité des chaînes d’approvisionnement, approfondir leur coopération en matière de cybersécurité et de sécurité maritime, et renforcer la coordination entre l’UE, le Vietnam et l’ASEAN afin de contribuer à façonner une architecture de sécurité régionale fondée sur des règles.

Deuxièmement, institutionnaliser la coopération économique, commerciale et en matière d’investissement à un niveau supérieur. Sur la base de l’EVFTA et de l’EVIPA, cette coopération devrait s’étendre à l’économie numérique, à l’économie circulaire et au marché des crédits carbone. Nous proposons que l’UE apporte une assistance technique aux entreprises vietnamiennes afin de les aider à se conformer aux normes environnementales, notamment au CBAM et à l’EUDR, tout en encourageant les fonds d’investissement européens à renforcer leur présence au Vietnam dans les domaines des infrastructures stratégiques et de la logistique.

Troisièmement, réaliser des avancées décisives dans les sciences et les technologies, les semi-conducteurs et l’innovation. Dans le prolongement du Chips Act de l’UE et de la stratégie européenne en matière d’intelligence artificielle (IA), le Vietnam propose de renforcer les liens entre les écosystèmes technologiques des deux parties, en mettant notamment l’accent sur la coopération avec la Belgique, qui abrite l’IMEC, l’un des principaux centres mondiaux de recherche sur les semi-conducteurs. Il s’agit de créer des centres communs de recherche et développement (R&D) dans les domaines des semi-conducteurs, de l’IA responsable et des biotechnologies, ainsi que de mettre en réseau les écosystèmes de start-up innovantes.

Quatrièmement, accélérer la transition verte et assurer une transition énergétique juste. Il convient de concrétiser l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 et le Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), en associant les financements et les technologies vertes de l’UE, notamment dans les domaines de l’éolien en mer et de l’hydrogène vert, au potentiel du Vietnam. Cette coopération doit mobiliser le secteur privé et les autorités locales des deux parties, en particulier pour faire face aux effets du changement climatique dans le delta du Mékong.

Cinquièmement, consolider les fondements de la coopération en matière d’éducation, de formation et d’échanges entre les peuples. Il convient de bâtir une « alliance des savoirs » durable, en s’appuyant sur l’héritage de coopération entre les universités belges et vietnamiennes, tout en valorisant le « soft power » de la communauté vietnamienne en Belgique et en Europe, qui constitue un pont culturel solide et durable entre les deux parties.

En tant que l’un des pays d’Asie du Sud-Est entretenant les relations de coopération les plus étendues avec l’UE et assumant actuellement le rôle de coordinateur des relations ASEAN-UE, le Vietnam est prêt à jouer le rôle de « modèle pilote » et de passerelle stratégique, afin de faire de la coopération ASEAN-UE un modèle de partenariat interrégional et de contribuer concrètement à la paix et à la prospérité sur les deux continents.

Mesdames et Messieurs,

6. Une aspiration commune à un avenir de paix et de prospérité

En me rendant aujourd’hui à l’Institut Egmont, dans ce lieu qui porte le nom du comte d’Egmont, figure qui a choisi de défendre le peuple et l’idéal de liberté, devenant ainsi un symbole impérissable de courage et de dialogue, je perçois une profonde résonance entre nos deux peuples. Le peuple vietnamien a lui aussi surmonté bien des épreuves au cours de son histoire, grâce à son esprit d’indépendance, à sa résilience et à son ardent désir de paix.

Le Vietnam entre aujourd’hui dans une nouvelle ère de développement, avec pour ambition de bâtir un pays prospère, doté d’une économie verte et moderne et d’une société humaniste.

J’espère qu’en quittant aujourd’hui cet amphithéâtre de l’Institut Egmont, les décideurs et les universitaires européens verront dans le Vietnam « un partenaire fiable » et un « maillon stratégique » reliant l’Asie et l’Europe. Une fois concrétisée, cette vision permettra aux relations entre le Vietnam et l’UE, ainsi qu’entre le Vietnam et la Belgique, de dépasser le cadre des textes diplomatiques pour devenir un corridor dynamique d’échanges économiques, de savoirs et de technologies reliant Hanoï à Bruxelles.

Permettez-moi de conclure en évoquant la rencontre remarquable entre deux sources d’inspiration : la devise inscrite sur les armoiries du Royaume de Belgique, « L’union fait la force », et l’enseignement immortel du Président Hô Chi Minh : « Solidarité, solidarité, grande solidarité. Succès, succès, grand succès ».

Telle est la valeur commune qui doit nous guider dans cette nouvelle ère : l’unité dans la diversité et la marche côte à côte dans le respect de nos différences, afin d’écrire ensemble un nouveau chapitre de paix et de prospérité pour nos deux continents.

Je vous remercie de votre attention ! - VNA

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