La gestion durable de l’eau devient une exigence vitale pour le développement économique et social du Vietnam.
Face aux défis croissants du changement climatique et aux pressions du développement économique, la gouvernance et la préservation des ressources en eau s’imposent comme des priorités pour un avenir durable au Vietnam. Le 16 septembre, le Conseil des entreprises pour le développement durable du Vietnam (VBCSD), relevant de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Vietnam (VCCI), a organisé la 8ᵉ édition de son programme annuel placé sur le thème « Renforcer la gouvernance et la conservation des ressources en eau pour un développement durable et une adaptation efficace au changement climatique ».
L’eau, « artère vitale » de l’économie, est au cœur des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, notamment les ODD 6 concernant l’eau propre et l’assainissement, les ODD 12, les modes de consommation et de production durables et les ODD 13, les mesures pour lutter contre les changements climatiques. Bien que le Vietnam dispose d’importantes ressources en eau de surface, plus de 60 % de cette eau provient de fleuves prenant leur source à l’étranger, ce qui rend le pays vulnérable aux changements climatiques et aux politiques hydriques de ses voisins. Malgré la Loi sur les ressources en eau (révisée en 2023), les experts soulignent encore un manque de coordination intersectorielle.
Selon Nguyen Quang Vinh, vice-président de la VCCI et président du VBCSD, « la gestion de l’eau n’est pas un coût, mais un investissement stratégique ». De nombreuses entreprises vietnamiennes ont adopté des modèles de gestion durable : Nestlé Vietnam s’est engagée à restituer d’ici 2025 la totalité de l’eau utilisée ; Heineken Vietnam compense plus de 690 millions de litres d’eau par an grâce à ses projets de reboisement ; BAT, Samsung et Suntory Pepsico ont obtenu la certification internationale AWS (Alliance For Water Stewardship) pour la gestion responsable de l’eau.
Cependant, Nguyen Quang Vinh a reconnu les difficultés rencontrées par les PME, souvent limitées par le manque de moyens financiers et technologiques. Il a appelé à renforcer le soutien politique, financier et médiatique afin de promouvoir les initiatives exemplaires et de créer un mouvement collectif pour la préservation de l’eau.
Pour Nguyen Huu Hoang, responsable du développement durable de Heineken Vietnam, la protection de l’eau et de la nature constitue un pilier central de la stratégie de l’entreprise. Grâce à la coopération entre secteurs public, privé et communautaire, Heineken a atteint la neutralité hydrique avec cinq ans d’avance dans le bassin du fleuve Tiên.
De son côté, Hoang Viet, directeur du programme Eau du Fonds mondial pour la nature (WWF-Vietnam), a averti que la raréfaction et la pollution de l’eau menacent la sécurité hydrique mondiale. Il plaide pour une approche intégrée et scientifique, associant l’Etat, entreprises et société civile, et promeut des outils tels que le Water Risk Filter et le Water Stewardship Framework pour aider les entreprises à identifier les risques et valoriser durablement les ressources hydriques.
Selon Nguyen Minh Khuyen, directeur adjoint du Département de gestion des ressources en eau, la demande nationale a triplé en 50 ans et atteindra 132 milliards de m³ d’ici 2050. Le rendement économique reste faible, avec seulement 2,37 dollars générés par m³, soit 12 % de la moyenne mondiale. Le Vietnam fait face à la déforestation en amont, à la pollution et au manque d’investissements, tandis que son indice de sécurité hydrique n’atteint que 2/5.
Le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement met en œuvre plusieurs mesures : prévention de la sécheresse et de la salinisation, création d’une base de données nationale sur l’eau, élaboration de scénarios hydrologiques et renforcement des infrastructures. Il encourage également le partenariat public-privé (PPP) pour mobiliser financements, technologies et expertise de gestion.
En marge du forum, le VBCSD a organisé une visite de l’usine Coca-Cola Vietnam à Tây Ninh, inaugurée en 2025 avec un investissement de 136 millions de dollars. L’usine, dotée d’une ligne de production automatisée économe en ressources, illustre l’engagement du secteur privé à soutenir l’objectif de neutralité carbone du Vietnam d’ici 2050.-Vietnamplus