Bruxelles (VNA) - Voici le contenu de cet entretien.
"Journaliste : Comment évaluez-vous la relation et la solidarité de longue date entre le PTB et le Parti communiste du Vietnam, ainsi que, plus largement, les relations entre la Belgique et le Vietnam ?
M. Bert De Belder : Dans l’histoire de notre parti, la lutte de libération du peuple vietnamien a joué un rôle particulier. Notre parti est né dans les années 1960, dans le contexte de mai 1968, et ses fondateurs de l’époque étaient de jeunes étudiants. Ils ont été inspirés par la résistance héroïque du peuple vietnamien. L’œuvre du Président Hô Chi Minh a également compté dans les premières années de notre parti.
C’est pourquoi, depuis de nombreuses années, des liens historiques solides et une forte source d’inspiration unissent le Parti communiste du Vietnam et le PTB.
Quant aux relations entre le Vietnam et la Belgique, je pense que le peuple belge a lui aussi manifesté sa solidarité avec le peuple vietnamien durant les décennies difficiles de la lutte de libération, puis durant les décennies suivantes, lorsque le Vietnam libéré a commencé à construire sa société. Il y a toujours eu des projets et des campagnes de solidarité entre le peuple belge, ses comités, ses organisations, ses syndicats, ainsi que notre parti, et le peuple vietnamien et ses organisations. C’est une relation fructueuse pour les deux parties, dans de nombreux domaines.
Pour notre parti, il existe aussi des liens de convictions et de valeurs, car nous sommes tous des partis qui soutiennent le socialisme, qui placent au cœur le service du peuple et la solidarité, et qui œuvrent à construire un pouvoir ou un contrepoids face à l’impérialisme et au capitalisme mondialisé.
Aujourd’hui, face aux bouleversements du monde, une solidarité internationale fondée sur d’autres valeurs, non sur la guerre ni sur les conflits, mais sur l’harmonie, la coopération et la solidarité, devient de plus en plus importante.
Journaliste : Cette année, le Vietnam marque les 40 ans du Doi moi, comment percevez-vous la voie de développement de notre pays et les réalisations économiques et sociales du Vietnam ?
M. Bert De Belder : Tout d’abord, je tiens à dire que l’évaluation du développement du pays et des politiques menées par le Parti communiste du Vietnam et le gouvernement vietnamien revient au peuple vietnamien.
Ensuite, il faut voir d’où ce pays est parti. C’était un pays ravagé après la guerre de libération, après les destructions causées par la guerre, l’agression et l’occupation. Dans ces conditions, je pense que personne ne peut nier que les progrès accomplis par le Vietnam depuis 40 ans sont considérables, sur les plans économique comme social.
Le Vietnam a choisi sa propre voie de développement. Chaque pays, chaque peuple, chaque gouvernement, chaque parti choisit plus ou moins sa propre voie, et celle-ci ne peut être copiée sur d’autres expériences. Nous avons nous aussi des idées, des campagnes, des revendications qui ne sont pas tout à fait les mêmes que celles du peuple vietnamien, de son gouvernement et de son parti, car nous vivons dans des conditions différentes, à une autre époque. Mais il existe des valeurs, des convictions et une détermination communes aux deux parties : vouloir construire le socialisme, ou un autre monde, un monde meilleur.
Avec le Doi moi et la nouvelle phase du Doi moi qui s’ouvre après le 14e Congrès, achevé en janvier dernier, nous respectons et apprécions l’expérience du Vietnam sur cette voie, et nous l’étudions, pour voir ce qui est précieux, ce qui est juste, ce qui apporte bien-être et progrès.
Comme pour tout projet de développement, il peut encore y avoir des difficultés, des défis ou des faiblesses à surmonter et à améliorer. Il reste des éléments de l’ancienne société, ainsi que de nouveaux éléments capitalistes ou des influences extérieures qui ne sont pas toujours favorables. D’après ce que j’ai lu dans les documents du Parti communiste et du gouvernement, je pense que le Vietnam est très conscient des grandes possibilités comme des défis restants, tels que les inégalités, la lutte contre la corruption, la manière de se comporter dans un monde en mouvement et dans une économie mondiale qui reste essentiellement capitaliste, qui n’a pas été conçue pour servir le peuple et les travailleurs, et qui porte en elle tous les défauts du capitalisme.
C’est un défi que tous les pays du Sud, ceux qui construisent ou tentent de construire le socialisme, doivent affronter. Nous voulons être modestes dans notre jugement, apprendre, étudier et comprendre ce pays en développement avec sa propre voix, pour voir ce qui nous est applicable et ce que nous pouvons échanger.
À mon avis, le principal point fort est le rôle du Parti communiste du Vietnam dans l’ensemble de ce processus. Ce n’est pas un processus qui se déroule dans le vide : il y a un parti fort, profondément enraciné dans la population, étroitement lié à elle, et qui a prouvé sa capacité à surmonter de grandes difficultés, de la guerre de libération aux défis actuels de l’économie mondiale, dans un contexte de multiples guerres, conflits et militarisation. Je pense que le peuple vietnamien, son gouvernement et son parti sont plutôt bien armés pour faire face à ces défis et continuer à progresser, tout en restant attentifs aux faiblesses, aux points à améliorer ou à affronter avec plus de fermeté.
Journaliste : Dans le contexte international actuel, selon vous, quels sont les principaux domaines dans lesquels le Vietnam et la Belgique, et plus largement le Vietnam et l’Europe, peuvent renforcer leur coopération ?
M. Bert De Belder : Tout d’abord, sur le contexte international, notre secrétaire général, Peter Mertens, écrit régulièrement des livres pour analyser et orienter. Il y a Mutinerie, comment le monde bascule, publié en anglais sous le titre Mutiny, how our world is tilting. Cette semaine même, son dernier livre vient de paraître, Les derniers jours de l’ancien monde, espoir et contre-pouvoir à l’ère trumpienne. Cet ouvrage analyse les difficultés, les spécificités, mais aussi les opportunités pour les forces progressistes dans un monde qui bascule, en crise sur plusieurs plans.
Dans ce monde, les pays du Sud comme le Vietnam, qui choisissent la voie vers un autre monde, meilleur, un monde socialiste, ont un rôle à jouer, aux côtés des peuples du Sud, des travailleurs du monde entier et de la jeunesse. Nous le voyons à travers les mouvements de protestation de jeunes dans de nombreux endroits, en Belgique, en France, en Italie, mais aussi en Inde, au Mexique, au Brésil. Ils aspirent à un monde meilleur.
Pour nous, cette vision sociale, c’est le socialisme, tout comme pour le Parti communiste du Vietnam, même si les conditions nationales et internationales diffèrent. L’Asie est une région en plein essor économique et sur la scène politique internationale. Dans ce contexte, nous voyons de nombreuses possibilités d’échanges et de collaboration entre la Belgique et le Vietnam, entre l’Europe et le Vietnam.
On peut parvenir à ce que l’on appelle souvent « gagnant-gagnant » pour les deux parties, si nous évitons les pièges, surmontons les difficultés, et s’il s’agit d’accords réellement gagnant-gagnant. Nous vivons dans une Europe capitaliste ; nous ne sommes donc pas toujours convaincus que les relations de cette Europe, de cette Belgique, avec les pays du Sud sont bénéfiques pour ces peuples. Je sais que de nombreux accords de libre-échange, de protection des investissements, de relations commerciales et économiques, d’échanges technologiques peuvent apporter des avantages. Mais selon notre analyse, avec sa stratégie d’autonomie, l’Europe actuelle veut devenir plus forte, plus puissante, et aussi plus impérialiste, dans un monde qui bascule.
Je comprends très bien que s’orienter dans ces conditions n’est pas du tout facile, et nous avons beaucoup à apprendre, à discuter, à découvrir avec les camarades et les amis du Vietnam. À de nouveaux niveaux, y compris celui de « peuple à peuple », comme le tourisme et la gastronomie. La cuisine vietnamienne est très appréciée en Europe, en Belgique. Je ne suis jamais allé au Vietnam, mais on dit que c’est un pays magnifique, très beau. À ce niveau, nous pouvons multiplier les échanges, la coopération et la découverte mutuelle.
Quant à nous, en tant que parti, nous considérons cela comme faisant partie de l’objectif à long terme de travailler ensemble pour construire un contrepoids en Europe, vers un avenir meilleur, un avenir socialiste." - VNA
Propos recueillis par Lan Anh – Duy Tùng, journalistes de la VNA à Bruxelles