Ce dernier raconte les circonstances qui l'ont amené às'intéresser à la littérature vietnamienne : ''Membre d'une délégationde professeurs américains en visite au Vietnam en 1986, l'émotion s'estemparée de moi dès mon arrivée à Ho Chi Minh-Ville. Mon rêve de revenirau Vietnam en tant qu'ami était devenu réalité", dit-il.
"Je veux étudier la littérature vietnamienne" me suis-je dit, "jeveux savoir à quoi les Vietnamiens s'intéressent et ce qu'ils pensentsur la guerre. C'est très difficile de le savoir aux Etats-Unis. Lorsde ma 2e visite au Vietnam, j'ai emmené les meilleurs membres de monCentre, y compris des érudits et ceux chargés de la documentation."
Il poursuit en ajoutant : "En 1988, nous avons commencé à déployerdes activités humanitaires, notamment médicales et sanitaires à Hanoi,Hoi An, Tay Ninh et à Hoc Mon. Puis nous avons envoyé plusieurs expertsà Hanoi, qui ont fait venir des écrivains vietnamien aux Etats-Unis. LêLuu a été le premier écrivain vietnamien à aller ainsi aux Etats-Unis,en 1988, en qualité d'invité du Centre William Joiner.
Le poète remémore aussi ses années où il servait dans l'armée,lorsque son unité campait dans des zones qui étaient le théâtre debombardements: il s'agissait alors des provinces de Quang Tri et TayNinh. "Mais dès mon arrivée au Vietnam, j'ai découvert que cette guerreétait une erreur. J'ai rencontré des gens et j'ai trouvé que la vied'ici était particulière. J'ai alors émis le voeu de revenir au Vietnamau cas où je m'en sortirais. Cependant, jamais je n'aurais pu penserque mon rêve devienne réalité si rapidement. En 1969, lorsque je suisrentré aux Etats-Unis, j'ai quitté l'armée et suis retourné àl'université, et je n'ai jamais oublié le Vietnam", insiste-t-il.
Selon l'écrivain Nguyên Quang Thiêu, Kevin Bowen est la premièrepersonne à avoir introduit la littérature vietnamienne aux Etats-Unis.
Le premier roman traduit et publié aux Etats-Unis est "Le tempsrévolu" de l'écrivain Lê Luu. Cependant, auparavant, Kevin Bowen et sesconfères du Centre William Joiner ont cherché à présenter au publicaméricain des poèmes de Nguyên Trai, Nguyên Du, Hô Xuân Huong, Doan ThiDiêm, du Président Hô Chi Minh, ainsi que d'autres écrivainsvietnamiens.
Revenu à Boston en 1969, il a commencé à écrire des poèmes sur laguerre du Vietnam avant de participer au mouvement de protestationcontre la guerre.
Récemment, un grand recueil de poésie du Vietnam intitulé "Rivièreet Montagne" a été traduit et publié aux Etats-Unis à l'initiative deKevin Bowen. "Il s'agit d'une collection de poèmes composés par desécrivains vietnamiens pendant la lutte contre l'agresseur américain",fait remarquer l'écrivain Nguyên Quang Thiêu.
Pour le futur, Kevin Bowen projette de créer un site web bilingue pour présenter des poèmes et romans du Vietnam.
"Ce site permettra aux jeunes écrivains vietnamiens ainsi qu'àleurs oeuvres d'être immédiatement accessibles aux lecteursanglophones, alors qu'il faut compter en moyenne un délai de deux àtrois ans pour être publié", précise Kevin Bowen, ajoutant qu'ilsouhaite savoir ce que les jeunes écrivains vietnamiens pensent etcomment ils ont vécu leur quotidien. Il souhaite également présenteraux Américains des chansons populaires et folkloriques vietnamiennes.
L'opinion publique américaine est curieuse à l'égard du Vietnam,estime-t-il. "Je m'intéresse à la vie après la fin de la guerre,décrite sous la plume de jeunes écrivains vietnamiens nés après cettepériode tragique. A travers l'histoire commune des deux pays, je pensequ'il est naturel que quelqu'un s'intéresse à ce qui arrive à l'autre.Les destructions causées par la guerre au Vietnam est un problèmeauquel les Etats-Unis doivent actuellement faire face en Irak et enAfghanistan".
Pour présenter la littérature vietnamienne au monde, il faut,selon Kevin Bowengarder, entretenir de bonnes relations avec leséditeurs et les distributeurs américains.
"Aux Etats-Unis, il existe un programme de traduction d'oeuvresvietnamiennes. Les traducteurs coopèrent avec de petites maisonsd'édition et celles d'universités, ainsi que des étudiants vietnamiensrésidant dans ce pays", fait-il remarquer.
Il insiste également sur la coopération avec les petits journauxet hebdomadaires, outre les universités, pour diffuser la littératurevietnamienne. - AVI