Hanoï (VNA) - Afin de maîtriser les technologies stratégiques, le Vietnam engage la restructuration des laboratoires nationaux selon une approche moderne et intégrée. Le but étant de renforcer la recherche, l’innovation et la compétitivité nationale.
Le Vietnam prévoit de créer entre 10 et 15 grands centres nationaux de recherche et laboratoires de grande envergure, spécialisés dans des domaines tels que l’intelligence artificielle (IA), les semi-conducteurs, les biotechnologies et les nouvelles énergies, afin de soutenir l’objectif de maîtrise des technologies stratégiques.
Lors de la réunion du Comité directeur central pour le développement de la science, de la technologie, de l’innovation et de la transformation numérique, tenue le 25 mai dernier, le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, a souligné que le Vietnam manquait encore de centres de recherche d’excellence, de laboratoires modernes, de vastes bases de données, d’infrastructures de calcul mutualisées et de mécanismes d’investissement à long terme pour les équipes de recherche de haut niveau. De nombreux équipements et laboratoires ont été financés de manière dispersée, sans interconnexion suffisante, ce qui limite leur efficacité d’exploitation.
Selon lui, le pays doit concentrer ses efforts sur la construction d’infrastructures nationales de données et de connaissances, qui serviront de fondement à la recherche scientifique dans cette nouvelle phase de développement. Outre les équipements mutualisés, les infrastructures de calcul à haute performance, les bibliothèques numériques et les entrepôts de données, le système des laboratoires nationaux de référence doit également faire l’objet d’investissements cohérents et synchronisés.
Pilier de la recherche
Depuis l’année 2000, l’État a investi dans la création de 16 laboratoires nationaux de référence dans des domaines tels que les biotechnologies, les technologies de l’information, les matériaux, l’automatisation, la mécanique, la chimie, l’environnement, la métrologie et l’énergie, pour un montant total d’environ 967 milliards de dôngs. Ces infrastructures ont contribué à la constitution de plusieurs équipes de recherche performantes, à la formation de ressources humaines hautement qualifiées et à l’établissement d’une base solide pour les activités scientifiques et technologiques.
Toutefois, selon le ministère des Sciences et des Technologies, ce système ne constitue pas encore une véritable infrastructure stratégique de recherche à l’échelle nationale. Il n’a pas encore permis de développer pleinement les capacités de recherche, de développement et de maîtrise des technologies de base nécessaires pour impulser les industries stratégiques.
Lors du colloque consacré aux modèles d’organisation, de gestion et de fonctionnement des centres nationaux de recherche, d’essais et des laboratoires de référence, tenu le 2 juin, le vice-ministre des Sciences et des Technologies, Lê Xuân Dinh, a insisté sur le fait que le système des laboratoires nationaux de référence constitue une infrastructure fondamentale pour les capacités nationales de recherche, de développement scientifique et technologique ainsi que d’innovation. Il contribue également à l’amélioration de la qualité des ressources humaines du pays.
Selon le projet de développement du réseau des centres de recherche, d’essais et des laboratoires nationaux de référence, le Vietnam passera d’un modèle d’investissement dans des laboratoires isolés à la mise en place d’une infrastructure de recherche intégrée et cohérente, comprenant des centres de recherche, des laboratoires nationaux de référence, des plateformes de données, des infrastructures de calcul, des équipements mutualisés ainsi qu’un réseau d’experts.
Ce projet propose une infrastructure de recherche organisée en trois niveaux. Le niveau le plus élevé sera constitué de centres de recherche et de laboratoires nationaux stratégiques chargés de mettre en œuvre des programmes de recherche de grande envergure, de développer des technologies de base et de réaliser des missions technologiques stratégiques. Entre 10 et 15 centres et laboratoires de cette catégorie devraient être créés.
Les ressources d’investissement seront prioritairement orientées vers l’intelligence artificielle et les mégadonnées, l’industrie des semi-conducteurs, les biotechnologies et les technologies biomédicales, les matériaux avancés, les nouvelles énergies et les énergies renouvelables. Environ 60 à 70% des investissements de la phase initiale seront consacrés à ces secteurs. D’autres domaines tels que la robotique et l’automatisation, le calcul à haute performance, les technologies quantiques, les technologies maritimes ainsi que l’aéronautique et le spatial seront développés dans une phase ultérieure.
Cadre juridique favorable
Le projet prévoit également la mise en place d’une plateforme nationale reliant les laboratoires, les équipements de recherche, les bases de données, les experts et les capacités d’essais à l’échelle du pays. Les laboratoires nationaux fonctionneront selon un modèle ouvert, permettant aux universités, aux instituts de recherche, aux entreprises et aux collectivités locales d’accéder aux infrastructures de recherche et de les exploiter.
Parallèlement, le ministère des Sciences et des Technologies propose la création d’une base de données scientifique nationale ainsi que de plateformes de partage de données destinées à soutenir les activités de recherche. Les données scientifiques, sociales, culturelles, linguistiques et patrimoniales sont considérées comme des composantes essentielles de l’infrastructure de recherche nécessaire au développement des technologies numériques et de l’IA.
Concernant le fonctionnement du système, l’État se concentrera sur l’élaboration des stratégies, l’investissement dans les infrastructures, l’attribution des missions et l’évaluation des résultats. Les universités, instituts de recherche ou entreprises disposant des capacités requises pourront, quant à elles, assurer l’exploitation et la gestion des centres de recherche et des laboratoires.
Le projet accorde également une attention particulière au développement des ressources humaines, notamment des chercheurs, des ingénieurs de recherche, des spécialistes des données et des gestionnaires d’infrastructures scientifiques. Il prévoit en outre des politiques visant à attirer des experts vietnamiens et étrangers. Le ministère des Sciences et des Technologies poursuivra la finalisation du projet et proposera des mécanismes innovants afin de créer un cadre juridique favorable au développement et au fonctionnement du réseau des laboratoires nationaux de référence dans les années à venir. - CVN/VNA