Le Vietnam mise sur son Centre financier international pour financer sa transition verte

Face à un besoin estimé entre 670 et 700 milliards de dollars pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, le Vietnam entend faire du Centre financier international un levier majeur de mobilisation des capitaux verts. Les experts estiment toutefois que l’enjeu ne réside plus dans la disponibilité des financements, mais dans la capacité du pays à proposer des projets conformes aux standards internationaux.

Le siège du Centre financier international du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville. Photo: VNA
Le siège du Centre financier international du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville. Photo: VNA

Hô Chi Minh-Ville (VNA) - Le Vietnam devra mobiliser près de 700 milliards de dollars d’ici à 2050 pour atteindre ses objectifs de croissance verte et de neutralité carbone (« Net Zero »). Si les ressources financières internationales consacrées au développement durable restent abondantes, le principal défi consiste désormais à transformer les projets nationaux en opportunités d’investissement crédibles et attractives pour les investisseurs étrangers.

Cette analyse a été largement partagée lors de la Conférence vietnamienne sur la finance verte 2026, organisée le 6 août à Hô Chi Minh-Ville.

Selon le ministère vietnamien des Finances, les besoins d’investissement à long terme pour soutenir la croissance verte et le développement durable sont évalués entre 670 et 700 milliards de dollars d’ici à 2050. À eux seuls, les investissements destinés à l’adaptation au changement climatique nécessiteront environ 368 milliards de dollars, soit près de 30 milliards de dollars par an.

Une telle enveloppe dépasse largement les capacités du budget de l’État et du système bancaire traditionnel. Dans ce contexte, la mobilisation des capitaux privés et des financements internationaux apparaît indispensable pour accompagner la transition écologique du pays.

Pour Paul Xavier, responsable de programme à la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, le marché mondial ne souffre pas d’un manque de capitaux destinés au développement durable. Les investisseurs internationaux continuent de rechercher activement des opportunités de financement vert. La véritable question, selon lui, n’est pas de savoir quel pays présente les besoins les plus importants, mais quels marchés sont en mesure de proposer des projets suffisamment solides pour justifier des investissements.

Le président exécutif de FiinGroup et FiinRatings, Nguyen Quang Thuan, partage ce constat. Selon lui, le principal obstacle ne réside pas dans le manque de ressources financières, mais dans la qualité des projets eux-mêmes. Selon lui, avant même de pouvoir être qualifié de « vert », un projet doit démontrer sa rentabilité économique, sa viabilité financière et sa capacité à générer des flux de trésorerie stables.

Selon le professeur associé Nguyen Huu Huan, vice-président de l’organe exécutif du Centre financier international du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville (VIFC-HCMC), cette future institution aura pour mission de développer les infrastructures de marché nécessaires afin de réduire l’écart entre les engagements des investisseurs et les projets réellement finançables.

Le VIFC prévoit notamment de mettre en place un guichet unique consacré aux projets de finance verte. Celui-ci ne se limitera pas à rapprocher investisseurs et entreprises, mais accompagnera également la normalisation de l’ensemble du processus de développement des projets, depuis l’élaboration des critères techniques et des exigences de transparence jusqu’à la mobilisation et l’allocation des financements.

Alors que plusieurs grandes places financières internationales disposent déjà d’écosystèmes complets de finance verte, le Vietnam doit encore combler plusieurs lacunes, notamment en matière de standardisation des portefeuilles de projets, de mécanismes de transformation des projets en actifs investissables, de financement de l’adaptation climatique et de renforcement de la liquidité du marché.

Parmi les priorités du VIFC figurent la création d’un portefeuille de projets verts répondant aux normes internationales, le développement d’outils de finance de transition et d’adaptation, ainsi que la mise en place d’un système de mesure, de notification et de vérification (MRV). La publication du Green Rulebook (Livre de règles vertes) du VIFC, prévue d’ici à la fin de l’année 2026, devrait poser le cadre juridique du futur marché vietnamien de la finance verte et de la finance de transition.

Parallèlement, le modèle de Green Supply Chain Finance, développé par Nam A Bank, FiinGroup, l’IFC et le Secrétariat d’État suisse à l’économie (SECO), sera intégré à l’écosystème du VIFC. Destiné en priorité aux petites et moyennes entreprises, ce modèle repose sur l’analyse des flux financiers et des données transactionnelles des chaînes d’approvisionnement plutôt que sur les garanties traditionnelles.

Les experts estiment que cette approche contribuera à améliorer la transparence, à mesurer l’empreinte carbone des entreprises et à faciliter leur accès aux financements verts, tout en ouvrant la voie au développement de nouveaux instruments financiers durables à l’échelle de l’Asie du Sud-Est. -VNA

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