Hanoi (VNA) - L’espace numérique élargit de manière sans précédent les possibilités pour les citoyens d’accéder aux activités religieuses et d’y participer. Il soulève toutefois de nouveaux défis en matière de garantie de la liberté de croyance et de religion ainsi que de gestion de l’État dans ce domaine. Dans ce contexte, le projet de Loi modifiant et complétant la Loi sur les croyances et les religions, qui établit pour la première fois un cadre juridique régissant les activités religieuses au sein de l’écosystème numérique, marque une évolution importante de la politique juridique du Vietnam.
La transformation numérique élargit l’espace de la vie religieuse
Selon le ministère des Ethnies et des Religions, plus de 95 % de la population vietnamienne mène une vie marquée par des croyances ou une religion. L’État a reconnu et délivré des certificats d’enregistrement à 43 organisations relevant de 16 religions, qui rassemblent près de 28 millions de fidèles. Le bouddhisme, le catholicisme, le bouddhisme Hoa Hao, le protestantisme et le caodaïsme constituent les cinq principales religions du pays, chacune comptant plus d’un million d’adeptes.
Ces chiffres témoignent de l’ampleur et du développement des activités religieuses au Vietnam au cours des dernières années. De nombreuses religions ont bénéficié de conditions favorables pour développer leurs activités pastorales, former leurs dignitaires et construire des lieux de culte. Partout dans le pays, de nombreuses pagodes, églises, temples caodaïstes et mosquées ont été édifiés ou rénovés, devenant des centres majeurs de la vie culturelle et religieuse des communautés.
Dans un contexte de développement rapide des technologies numériques, les organisations religieuses vietnamiennes ainsi que les autorités chargées de la gestion de ce secteur intensifient le recours à l’intelligence artificielle (IA) et au cyberespace pour diffuser leurs enseignements, organiser des activités religieuses et renforcer les liens avec les communautés de fidèles. Grâce à leur capacité de diffusion rapide, diversifiée et à grande échelle, les plateformes numériques s’imposent de plus en plus comme des outils efficaces au service de la gestion publique et de la pratique religieuse.
À la fin de 2025, le Comité exécutif central de l’Église bouddhique du Vietnam a officiellement mis en service l’application VBSeID. Cette application d’identification électronique, destinée aux bonzes et bonzesses, a été développée afin de numériser et de centraliser la gestion des données administratives de l’Église bouddhique, contribuant ainsi à moderniser les mécanismes de gestion, d’authentification et de connexion au sein de cette organisation.
De même, alors qu’autrefois les fidèles bouddhistes devaient se rendre dans les pagodes pour écouter les enseignements du Dharma, ils peuvent désormais, à l’aide d’un simple téléphone portable ou d’un ordinateur connecté à Internet, accéder aux prêches des religieux à tout moment et en tout lieu.
De la même manière, si l’accompagnement pastoral et l’étude de la Bible se déroulaient auparavant principalement dans les églises ou les lieux de rassemblement des fidèles, les plateformes numériques telles que les retransmissions en direct, l’enseignement en ligne ou les réseaux sociaux permettent aujourd’hui aux Églises de communiquer avec leurs fidèles de manière plus rapide, plus étendue et plus pratique.
Selon le ministre des Ethnies et des Religions, Nguyên Dinh Khang, les technologies numériques et l’intelligence artificielle transforment les modes de pratique religieuse. Elles facilitent la participation des citoyens aux activités religieuses en ligne tout en contribuant à la préservation du patrimoine et à la diffusion des valeurs culturelles et morales.
Du point de vue des organisations religieuses, le vénérable Thich Nhat Tu, vice-président de la Fédération bouddhiste mondiale, membre permanent du Conseil exécutif de l’Église bouddhique du Vietnam, vice-président permanent du Comité central des relations internationales bouddhiques, directeur adjoint du Bureau n°2 du Comité exécutif central de l’Église bouddhique du Vietnam et abbé de la pagode Giac Ngo à Hô Chi Minh-Ville, estime que, dans le contexte de la transformation numérique mondiale, le cyberespace est devenu un véritable « monastère en ligne ». Grâce à un cadre juridique ouvert, les organisations religieuses, en particulier l’Église bouddhique, se sont rapidement implantées et ont renforcé leur présence sur les principales plateformes telles que YouTube, Facebook et TikTok.
Selon le vénérable Thich Nhat Tu, la puissance des médias hyperconnectés à l’ère numérique a effacé toutes les frontières. Désormais, plus de 100 millions de citoyens vivant au Vietnam et environ 5,5 millions de Vietnamiens résidant à l’étranger peuvent suivre simultanément les activités bouddhiques, ouvrant ainsi un nouveau chapitre pour la pratique religieuse et les liens spirituels au-delà des frontières.
Il apparaît ainsi que la transformation numérique élargit les possibilités d’exercice de la liberté de croyance et de religion des citoyens. Grâce aux plateformes numériques, l’accès aux enseignements religieux et la participation aux activités confessionnelles ne sont plus limités par les distances géographiques ou les difficultés de déplacement. Cette évolution favorise notamment les habitants des régions reculées, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées ainsi que la communauté vietnamienne à l’étranger.
Ainsi, la liberté de croyance et de religion est non seulement garantie par les textes juridiques, mais elle se concrétise également de manière toujours plus complète dans la pratique.
La gestion des religions à l’ère numérique
Avec le développement des technologies numériques, les activités religieuses en ligne se généralisent, offrant à un nombre croissant de citoyens des conditions plus favorables pour participer aux pratiques de croyance et aux activités religieuses. Les cérémonies, les prêches ou encore les activités communautaires retransmis en direct rassemblent désormais des milliers, voire des dizaines de milliers de participants simultanément. De cette manière, l’espace numérique devient progressivement un prolongement de l’espace culturel et spirituel.
Toutefois, le cyberespace pose également de nombreux défis à la gestion de l’État. Il favorise notamment la diffusion de fausses informations, la propagation de superstitions ou encore l’exploitation de la religion à des fins lucratives, ainsi que l’incitation aux divisions ethniques et religieuses. Dans les faits, plusieurs organisations ou phénomènes religieux illégaux, tels que l’Église de Dieu Mère, la religion Ba Diên, la religion Dùa, Ba cô Dợ ou encore le protestantisme Dega, ont été sanctionnés par les autorités compétentes pour avoir exploité Internet afin de recruter des adeptes, portant ainsi atteinte à la sécurité, à l’ordre public et à la vie religieuse d’une partie de la population. Ces agissements rendent les opérations de détection, de vérification et de traitement des infractions plus complexes.
La rapidité de diffusion, la large portée et les possibilités d’anonymat offertes par l’environnement numérique permettent aux contenus erronés ou aux activités exploitant la religion de se propager beaucoup plus rapidement, ce qui accroît les difficultés rencontrées par les autorités compétentes dans la détection, la vérification et le traitement des violations.
Selon le ministre des Ethnies et des Religions, Nguyên Dinh Khang, les autorités mettent actuellement en œuvre de manière coordonnée un ensemble de mesures. Les priorités portent sur le renforcement de la sensibilisation et de la vulgarisation de la législation, l'amélioration des compétences numériques des organisations religieuses, des dignitaires, des responsables religieux et des fidèles, ainsi que sur la détection précoce, la prévention et la répression rigoureuse des actes contraires à la loi commis dans le cyberespace.
Toujours selon le ministre, les priorités de la gestion publique dans les années à venir consisteront à accélérer la transformation numérique à travers l'achèvement des bases de données spécialisées, le renforcement de l'application de l'intelligence artificielle (IA) pour anticiper et détecter les risques dans le cyberespace, la coordination avec les forces compétentes afin de lutter contre les informations erronées, ainsi que la poursuite du perfectionnement du cadre juridique et du soutien apporté aux organisations religieuses pour développer leurs canaux officiels d'information.
Le perfectionnement du cadre juridique, la simplification des procédures administratives et l'accélération de la transformation numérique dans le domaine des croyances et des religions créent des conditions favorables permettant à un plus grand nombre d'organisations religieuses de développer leurs plateformes en ligne. Les fidèles peuvent ainsi accéder plus facilement à des informations officielles et participer dans de meilleures conditions aux activités religieuses.
Un « bouclier » pour protéger la liberté de religion à l’ère du numérique
Le 23 avril 2026, l’Assemblée nationale a officiellement adopté la Loi modifiant et complétant la Loi sur les croyances et les religions. Pour la première fois au Vietnam, un cadre juridique régissant les activités de croyance et de religion dans le cyberespace a ainsi été instauré. L’extension du champ d’application de la loi à l’environnement numérique fournit non seulement une base juridique unifiée pour les activités religieuses en ligne, mais garantit également que le droit des citoyens à la liberté de croyance et de religion s’exerce de manière cohérente, aussi bien dans l’espace réel que dans l’espace numérique.
Selon Trân Minh Thu, cheffe du Département général du Comité gouvernemental des Affaires religieuses (ministère des Ethnies et des Religions), la Loi modifiant et complétant la Loi sur les croyances et les religions prévoit que les personnes physiques et morales concernées qui organisent des activités de croyance ou de religion dans le cyberespace sont tenues d'effectuer les notifications, enregistrements ou demandes d'autorisation selon les mêmes procédures que celles applicables aux activités organisées dans l'espace physique, conformément aux dispositions correspondantes de la loi.
Lorsqu'elle entrera en vigueur le 1er janvier 2027, cette loi devrait contribuer à parfaire davantage le fondement juridique garantissant l'exercice de la liberté de croyance et de religion dans le contexte de la transformation numérique.
Parallèlement au perfectionnement du cadre juridique, le Comité gouvernemental des Affaires religieuses a coopéré avec FPT IS pour mettre en œuvre, à titre expérimental, le Système d'information sur la base de données des religions. Ce système permet de numériser, de normaliser et de centraliser la gestion des données au service de la gestion publique. Conçu selon une architecture ouverte, il est appelé à être interconnecté avec les systèmes d'information du ministère ainsi qu'avec la Base de données nationale sur la population, conformément au Projet 06.
L'interconnexion des données contribue à améliorer l'efficacité de la gestion publique, à réduire les délais de traitement des procédures administratives et à garantir la cohérence des informations. Elle renforce également la transparence ainsi que les capacités de contrôle tout au long du traitement des procédures administratives.
Cette avancée ne se limite pas aux dispositions inscrites dans les textes juridiques. Elle traduit également le message que l'Assemblée nationale et l'État adressent au peuple vietnamien ainsi qu'à la communauté internationale : « Le Vietnam demeure constant dans le respect, la protection et la garantie des droits de l'homme. Il ne se dérobe pas aux nouveaux défis issus de la pratique. Il est prêt à modifier, compléter et perfectionner son cadre institutionnel afin de mieux servir les citoyens et de garantir un exercice toujours plus complet et plus effectif de la liberté de croyance et de religion. »
Toutefois, aussi complet soit-il, le cadre juridique mis en place par l'État ne constitue qu'un cadre d'orientation. Le « filtre » le plus efficace dans le cyberespace repose avant tout sur le sens des responsabilités et l'engagement volontaire des organisations religieuses elles-mêmes ainsi que de la communauté des fidèles.
Réaffirmant le rôle d'autorégulation des organisations religieuses et leur mission sociale dans l'assainissement de l'environnement numérique, le vénérable Thich Nhat Tu a souligné : « Nous avons la responsabilité de diffuser des informations exactes, de rectifier les fausses informations et de signaler les infox afin de protéger la cybersécurité. En appliquant le principe consistant à "planter davantage de fleurs parfumées pour étouffer les mauvaises herbes", la diffusion d'un plus grand nombre d'enseignements bouddhiques authentiques permettra à la communauté de ne plus accorder d'importance aux fausses informations. »
La transformation numérique est en train de redéfinir les modes de pratique religieuse à l’échelle mondiale, et le Vietnam s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Dans ce contexte, la garantie de la liberté de croyance et de religion ne repose pas uniquement sur le perfectionnement du cadre juridique ou sur l’application des technologies numériques à la gestion de l’État. Elle exige également l’engagement des organisations religieuses et de chaque citoyen en faveur de l’édification d’un cyberespace sain, respectueux de la loi et propice à la diffusion des valeurs positives.- VNA