Hanoi (VNA) - Suite à son reclassement par FTSE Russell du statut de marché frontière à celui de marché émergent en octobre 2025, le marché boursier vietnamien entre dans une nouvelle phase de développement, attirant une attention croissante de la part des investisseurs mondiaux.
À l’approche des étapes clés de l’examen prévues en mars et en septembre 2026, Kojima Kazunobu, consultant pour l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) et expert de l’Institut de recherche DAIWA, a partagé son analyse des implications du reclassement, de l’état de préparation interne du marché et des priorités pour les réformes futures.
- Sur la base de l’expérience internationale, quel est le changement le plus significatif qui suit un reclassement de marché boursier vietnamien ?
Le Japon ne dispose pas d’expérience directe de la transition d’un marché frontière ou émergent à un marché développé, étant donné qu’il est classé depuis longtemps comme tel.
Cependant, sur d’autres marchés, le changement le plus notable n’est souvent ni immédiat ni ponctuel. Les reclassements tendent plutôt à induire une évolution progressive de la perception des investisseurs, notamment quant à la crédibilité et à l’orientation des réformes en cours. L’impact est généralement plus visible dans la manière dont les investisseurs internationaux réévaluent le potentiel à moyen terme d’un marché que dans les fluctuations de prix à court terme.
Comparé à de nombreux autres marchés émergents, le Vietnam se distingue par son fort potentiel de croissance économique et l’expansion de son marché des capitaux. Ces facteurs en font un marché structurellement attractif pour les investissements à long terme.
Parallèlement, les autorités ont activement mis en œuvre des réformes visant à améliorer l’accessibilité pour les investisseurs étrangers. Ces réformes comprennent des efforts pour moderniser l’infrastructure de négociation et de règlement, renforcer les exigences de transparence et harmoniser davantage la réglementation avec les normes internationales.
Des défis persistent toutefois. Les restrictions imposées à la participation étrangère continuent de limiter la répartition des portefeuilles, notamment dans les secteurs à forte capitalisation comme celui de la banque.
Par ailleurs, malgré un nombre élevé de sociétés cotées, le nombre d’actions présentant une liquidité et un flottant suffisants demeure limité pour les investisseurs internationaux. La résolution de ces problèmes sera essentielle pour consolider la position du Vietnam en tant que marché émergent.
- Avec un examen à mi-parcours prévu en mars et d’éventuels développements liés à l’indice en septembre, quels critères devraient être suivis de près ?
Bien qu’il ne soit pas possible d’anticiper les jugements spécifiques des fournisseurs d’indices, les évaluations portent généralement sur la question de savoir si les mesures de réforme précédemment identifiées sont mises en œuvre de manière efficace et cohérente.
La stabilité opérationnelle est un facteur essentiel, notamment la fiabilité des systèmes de négociation et de règlement, ainsi que l’expérience concrète des acteurs du marché. Par ailleurs, la cohérence de l’application de la réglementation et de la communication avec les investisseurs contribue grandement à instaurer la confiance lors des périodes d’examen.
Les principaux risques sont généralement liés à la mise en œuvre plutôt qu’à l’orientation politique. Même les réformes les mieux conçues nécessitent du temps pour être intégrées par le marché, et toute perturbation ou incohérence opérationnelle peut affecter la confiance des investisseurs.
Un autre risque potentiel réside dans un décalage entre les attentes et la réalité. Si les attentes des investisseurs augmentent plus rapidement que les améliorations réelles en matière de liquidité, de gouvernance ou d’accessibilité au marché, un écart temporaire peut apparaître. Il sera crucial de gérer cette transition grâce à une communication claire et à une mise en œuvre progressive des réformes.
- Après ce reclassement, quel devrait être le prochain objectif pour le marché boursier vietnamien ?
Le reclassement par FTSE Russell doit être considéré comme une étape importante et non comme un aboutissement. À l’avenir, l’amélioration continue de la qualité et de l’accessibilité du marché pourrait favoriser une progression plus poussée au sein du cadre de FTSE.
Parallèlement, des réformes continues dans des domaines tels que la gouvernance d’entreprise, l’attractivité des marchés financiers et les infrastructures de marché permettront au Vietnam de se rapprocher des critères des autres fournisseurs d’indices mondiaux, notamment MSCI. En ce sens, cette amélioration s’inscrit dans une trajectoire plus large et à long terme visant une intégration plus poussée aux marchés financiers internationaux.
Dans le cadre de la coopération continue de la JICA, des experts japonais continueront de contribuer à la mise en œuvre de la stratégie de développement du marché des valeurs mobilières du Vietnam jusqu’en 2030.
Les principales priorités consistent à améliorer le marché primaire, notamment les introductions en bourse et les pratiques de cotation, conformément aux normes internationales, à renforcer la qualité et la gouvernance des sociétés cotées et à soutenir le développement du marché des fonds.
L’élargissement de la participation des investisseurs individuels aux investissements en fonds est également une priorité, car ces efforts sont étroitement liés à la construction d’un marché des capitaux plus résilient et durable. – VNA