Ho Chi Minh-Ville (VNA) - Le marché de l’économie basse altitude au Vietnam devrait atteindre environ 10 milliards de dollars d’ici 2035. Pour exploiter ce potentiel, les entreprises nationales peuvent se positionner sur différents segments, de la production de composants au développement de logiciels, en passant par l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) et la fourniture de services utilisant les drones. C’est ce qu’ont souligné des experts lors d’un échange de vue organisé le 27 octobre dans le cadre du Forum économique d’automne 2026.
Selon la docteure Nguyen Thi Hai Hang, vice-présidente de l’Alliance vietnamienne pour l’économie basse altitude (LAEP), un réseau d’entreprises commence à se structurer au Vietnam autour de cet écosystème. Certaines produisent des composants destinés aux véhicules aériens sans pilote (UAV), tandis que des start-up technologiques développent des logiciels, intègrent l’IA et conçoivent des applications reposant sur des plateformes de drones existantes.
Plutôt que de chercher à maîtriser l’ensemble des technologies de fabrication des drones, les entreprises peuvent ainsi choisir les segments correspondant à leurs capacités et aux besoins du marché.
La représentante de la LAEP a souligné que la maîtrise des technologies fondamentales constituait un défi important face aux pays déjà avancés dans ce domaine. Elle a préconisé une approche adaptée aux capacités nationales, privilégiant d’abord des applications sûres et efficaces, génératrices de valeur ajoutée, avant de progresser vers la maîtrise des technologies que le Vietnam est en mesure de développer.
Pour Bui Minh Phuong, vice-directrice de l’Institut pour le développement de l’espace aérien à basse altitude (ILASD), le Vietnam peut s’appuyer sur des besoins déjà identifiés, notamment dans l’agriculture de précision, la surveillance des infrastructures, la logistique, la santé et la cartographie numérique.
Dans le delta du Mékong, les drones sont utilisés depuis plus de dix ans en agriculture pour les semis, la pulvérisation de produits phytosanitaires et la lutte contre les ravageurs. En 2025, la région comptait plus de 3.000 drones agricoles couvrant environ 1,5 million d’hectares. Leurs applications s’étendent également à la surveillance des réseaux électriques, des infrastructures énergétiques et d’autres ouvrages difficiles d’accès.
Selon Bui Minh Phuong, la valeur économique de ce secteur ne repose pas uniquement sur la fabrication des appareils, mais aussi sur les logiciels, l’analyse des données, l’intégration des systèmes, la maintenance et les services opérationnels. L’objectif à long terme est de permettre aux entreprises de passer de la simple fourniture d’équipements au développement de services intégrés, couvrant la planification des vols, les opérations, le traitement des données et la présentation des résultats.
Cette évolution nécessite une coopération étroite entre les organismes de recherche, les établissements de formation, les entreprises technologiques, les fabricants, les autorités publiques et les clients industriels.
Nguyen Van Thuat, directeur adjoint du Département de l’économie et de la société numériques du ministère des Sciences et des Technologies, a pour sa part souligné la nécessité de distinguer la réussite d’un essai technique de celle d’une commercialisation.
Un vol expérimental réussi ne garantit pas la viabilité d’un modèle économique.
Pour être reproductible, une application doit répondre à une demande réelle, résoudre un problème concret et convaincre des clients de payer pour le service proposé. Elle doit également offrir de meilleurs résultats que les méthodes traditionnelles, garantir la sécurité en conditions réelles et pouvoir être déployée sur d’autres sites sans devoir reconstruire entièrement les technologies, les infrastructures et les mécanismes de gestion.
Les experts ont enfin appelé les entreprises à évaluer les coûts sur l’ensemble du cycle de vie des équipements, notamment l’achat, la main-d’œuvre, les batteries, la maintenance, l’assurance et la connectivité. Le choix des segments d’activité doit reposer sur les capacités réelles des entreprises, les besoins des clients et la rentabilité démontrée, plutôt que sur une course aux technologies ou une expansion prématurée des applications. -VNA