Hô Chi Minh-Ville (VNA) - L’infrastructure, la finance, l’énergie et l’économie numérique constituent les quatre nouveaux moteurs de la croissance de Hô Chi Minh-Ville, ont déclaré des dirigeants de grandes entreprises, réunis lundi 26 octobre 2026 lors du programme CEO 500 tenu dans le cadre du Forum économique d’automne 2026.
Connecter les flux de capitaux aux quatre nouveaux moteurs de développement
Nguyên Công Vinh, vice-président du Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville, a souligné que l’objectif de ce dialogue dépasse la simple attraction de capitaux. Il s’agit avant tout d’identifier, aux côtés des investisseurs, de nouvelles opportunités, de répondre à des défis de développement concrets et de dynamiser la croissance, dans un contexte marqué par l’accélération de l’innovation technologique et une évolution majeure des flux financiers mondiaux.
Selon le responsable, la fusion administrative a élargi considérablement l’espace économique, le périmètre urbain et la connectivité de Hô Chi Minh-Ville, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour le déploiement de projets d’envergure.
S’appuyant sur un cadre réglementaire renouvelé — qui inclut notamment la résolution n°10-NQ/TW du Politburo sur le développement de l’économie à capitaux étrangers, la résolution n°19-NQ/TW du 3e Plénum du Comité central du Parti du 14e mandat sur le renouvellement du modèle de développement du Vietnam, ainsi que la Loi sur le développement urbain n°18/2026/QH16, la ville table désormais sur ces nouveaux leviers pour accélérer la décentralisation, la délégation de pouvoirs en matière de planification et optimiser la mobilisation de ses ressources.
Face à une concurrence internationale de plus en plus vive pour capter les investissements, Hô Chi Minh-Ville choisit de cibler prioritairement les flux d’IDE de haute qualité, axés sur la finance, la technologie, la transformation numérique, l’économie verte, le développement durable et l’innovation. Elle se fixe ainsi pour objectif d’attirer 19 milliards de dollars de capitaux étrangers en 2026.
Au-delà des simples incitations financières ou de la taille du marché, les décisions d’investissement se jouent aujourd’hui sur la solidité globale de l’écosystème, a rappellé Nguyên Công Vinh. Pour les investisseurs, l’équation s’articule désormais autour des ressources humaines, des chaînes d’approvisionnement, des infrastructures, de l’accès aux capitaux et à la technologie, sans oublier la perspective d’étendre leurs activités d’un site unique aux marchés régionaux.
Partant de ce constat, la mégapole du Sud a identifié quatre axes prioritaires pour guider son dialogue avec le monde des affaires.
Sur les infrastructures et l’espace de développement, Hô Chi Minh-Ville entend promouvoir les projets de développement urbain axés sur les transports en commun (TOD), les infrastructures portuaires, la logistique et les zones de libre-échange. Des secteurs clés conçus pour élargir l’espace économique, renforcer la connectivité et dynamiser la production et le commerce.
Sur les finances, le Centre financier international du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville ambitionne de connecter la ville aux flux de capitaux et aux marchés financiers régionaux. La ville invite les institutions financières internationales à s’impliquer dès la phase initiale afin de co-définir les conditions, les procédures et la feuille de route opérationnelle.
Sur l’énergie, l’accès à une électricité propre et stable s’impose désormais comme une condition sine qua non pour les projets urbains, industriels et logistiques. La ville souhaite collaborer avec les investisseurs pour identifier les modèles appropriés, les zones prioritaires et le calendrier de déploiement.
Sur l’économie numérique et les technologies, la ville met l’accent sur le développement des infrastructures de données, de l’intelligence artificielle, des parcs de haute technologie et des bacs à sable réglementaires. L’objectif est de permettre aux entreprises de tester, d’appliquer et de déployer à grande échelle des solutions technologiques innovantes.
Selon le responsable, l’objectif est d’engager des discussions concrètes sur les opportunités d’investissement, les ressources requises, les mécanismes de soutien et les calendriers d’exécution. Les propositions formulées doivent se traduire par des projets, des initiatives et des partenariats opérationnels, adossés à des feuilles de route, des instances de pilotage et des échéances claires.
La ville ambitionne également de s’affirmer comme la porte d’entrée incontournable connectant le Vietnam aux capitaux, aux technologies, aux marchés et aux leviers de développement régionaux et mondiaux. Cette dynamique permettra aux entreprises d’accéder au marché domestique, de s’intégrer aux hubs de production, de logistique, de finance et de technologie, tout en déployant leurs activités à l’échelle de l’espace économique régional.
Les propositions des investisseurs pour lever les blocages
Du point de vue des investisseurs, attirer des projets d’envergure ne dépend pas uniquement des capitaux ou des incitations fiscales. Ce défi exige également des infrastructures modernes, une main-d’œuvre qualifiée, un approvisionnement énergétique stable et une coordination fluide entre toutes les parties prenantes. Ces conditions fondamentales déterminent directement la faisabilité opérationnelle des projets ainsi que la compétitivité globale d’une destination d’investissement.
Nick Chong, directeur du conseil en investissement pour l’Asie du Sud-Est chez Arup, a souligné que la prévisibilité est le critère déterminant pour les investisseurs lors du choix d’un site de projet. Les critères d’évaluation clés incluent la qualité du capital humain, la solidité des infrastructures, les capacités industrielles ainsi que la fiabilité de l’approvisionnement énergétique.
Selon l’expert, le gouvernement devrait investir dans la formation d’une main-d’œuvre qualifiée, en parfaite adéquation avec les exigences des industries de pointe et de l’innovation. Une telle stratégie permettrait non seulement à l’économie nationale de gravir les échelons de la chaîne de valeur globale, mais aussi de maximiser son attractivité auprès des projets à forte intensité technologique.
Par ailleurs, une planification cohérente conjuguée au développement d’un réseau d’infrastructures intégré offrira aux entreprises un cadre propice à l’expansion de leur production. Toutefois, la viabilité économique du projet reste conditionnée par sa capacité à attirer les capitaux et à se structurer autour d’un modèle pertinent, fondé sur une gouvernance et une répartition claire des rôles entre les parties prenantes.
Nguyên Lâm Thanh, directeur général de TikTok Vietnam, a annoncé que l’entreprise avait obtenu une licence d’investissement pour un capital total de plus d’un milliard de dollars cette année. Toutefois, la transition des services — qui s’adressent à des dizaines de millions d’utilisateurs — d’un modèle transfrontalier vers une offre directe au Vietnam se heurte encore à des obstacles administratifs et à des délais de traitement.
Selon lui, l’entreprise souhaite que les autorités compétentes continuent de lever ces blocages, de réduire les procédures d’autorisation et de renforcer la transparence sur l’avancement des dossiers. Une telle simplification permettrait non seulement de déployer les services existants, mais jetterait également les bases d’une expansion de leurs activités au Vietnam.
Par ailleurs, sur le plan de la production, certains entrepreneurs ont estimé que la simplification des procédures d’investissement doit impérativement s’accompagner d’un développement de la chaîne d’approvisionnement et du marché intérieur, condition essentielle pour renforcer la compétitivité des entreprises locales.
Selon Peter James Opdahl, président du groupe ITO Group Holdings, pour rivaliser avec les puissances industrielles d’Asie — à l’image du Japon, de la République de Corée ou de la Chine —, le Vietnam doit encore étoffer sa chaîne d’approvisionnement. En parallèle, l’essor de son marché intérieur ouvrira de nouveaux débouchés, en particulier aux PME encore peu présentes sur la scène internationale.
Parallèlement, les investissements massifs requis pour moderniser les infrastructures imposent de diversifier les sources de financement et de resserrer les liens avec les bailleurs internationaux. Une conjoncture qui permet à Hô Chi Minh-Ville de capitaliser sur son statut de place financière mondiale pour capter et orienter ces flux de capitaux.
Selon Don Lam, PDG et cofondateur du groupe VinaCapital, l’élargissement de l’espace de développement après la fusion administrative démultiplie l’attractivité de Hô Chi Minh-Ville auprès des géants de la tech et des investisseurs étrangers. D’ici 2045, les besoins du Vietnam en infrastructures sont estimés à quelque 1.400 milliards de dollars : un chantier titanesque qui exigera une synergie public-privé inédite et le soutien actif des institutions financières internationales.
Alors que le Vietnam ambitionne une croissance économique annuelle de 8 à 10%, Don Lam a estimé que le Centre financier international permettrait non seulement aux institutions d’accéder à de nouvelles opportunités d’investissement, mais servirait également de passerelle pour orienter les capitaux mondiaux vers les projets
d’infrastructure et le développement économique du pays. – VNA