Les entreprises sidérurgiques ont besoin des aides pour passer au vert

Le Vietnam devrait élaborer des politiques spécifiques pour fournir un soutien financier afin d’encourager les entreprises sidérurgiques à investir dans les nouvelles technologies vertes, a déclaré au journal électronique VietnamPlus le directeur général adjoint de la Compagnie générale d’acier du Vietnam (VNSTEEL) et vice-président de l’Association de l’acier du Vietnam (VSA) Pham Công Thao.

Hanoi (VNA) – Le Vietnam devrait élaborer des politiques spécifiques pour fournir un soutien financier afin d’encourager les entreprises sidérurgiques à investir dans les nouvelles technologies vertes, a déclaré au journal électronique VietnamPlus le directeur général adjoint de la Compagnie générale d’acier du Vietnam (VNSTEEL) et vice-président de l’Association de l’acier du Vietnam (VSA) Pham Công Thao.

Les entreprises sidérurgiques ont besoin des aides pour passer au vert ảnh 1Les entreprises sidérurgiques devraient investir dans de nouvelles technologies vertes. Photo : VietnamPlus

L’industrie sidérurgique subit une pression croissante pour passer au vert

- VietnamPlus : Comment la transition verte, l’économie circulaire et, plus récemment, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE ont-ils affecté les entreprises sidérurgiques vietnamiennes ?

Pham Công Thao : L’engagement fort du gouvernement vietnamien en faveur d’une transition verte et de zéro émission nette d’ici 2050 exercera une pression sur plusieurs secteurs à l’empreinte carbone colossale, comme l’acier, le ciment et la chimie.

Selon la feuille de route pour la transition verte, le Vietnam a près de 30 ans pour opérer un changement. Toutefois, l’échéance pourrait être plus rapprochée car il est fort probable que les pays développés aillent plus vite et fixent des exigences plus strictes pour leurs produits importés.

Permettez-moi de prendre l’exemple de l’UE. Son MACF constitue une barrière commerciale pour les importations du bloc. Plus précisément, du 1er octobre 2023 au 31 janvier 2024, une déclaration trimestrielle de l’empreinte gaz à effet de serre de certains produits importés est requise. L’achat de certificats MACF pour les importateurs est obligatoire à partir de 2026. Si les exportateurs vietnamiens ne font pas de déclarations en temps opportun, leurs expéditions vers le marché seront affectées.

L’UE exploitera pleinement le MACF à partir de 2034, ce qui signifie que l’impact financier du MACF augmentera progressivement. Des taxes plus élevées seront prélevées sur les entreprises ayant des émissions plus importantes.

L’industrie sidérurgique vietnamienne sera affectée par le mécanisme puisque 25% de son volume d’acier est exporté vers l’UE, tandis que près de 10% vont vers les États-Unis, qui développeront une politique similaire à celle de l’UE.

Les entreprises sidérurgiques ont besoin des aides pour passer au vert ảnh 2Pham Công Thao, directeur général adjoint de la Compagnie générale d’acier du Vietnam (VNSTEEL) et vice-président de l’Association de l’acier du Vietnam (VSA) Pham Công Thao. Photo : VietnamPlus
 

Les entreprises sidérurgiques seront confrontées à des défis considérables alors qu’elles tenteront de soutenir leurs exportations dans un contexte de baisse de la demande sur le marché intérieur.

L’industrie devrait vendre plus de 19 millions de tonnes d’acier en 2023, contre 24 millions de tonnes en 2019, la période pré-Covid-19.

De plus, les entreprises sidérurgiques sont confrontées à un ralentissement du marché boursier à mesure que le prix de leurs actions chute.

Ces défis obligent les entreprises sidérurgiques à s’adapter.

- VietnamPlus : Jusqu’à présent, comment les entreprises sidérurgiques se sont-elles préparées à adopter le MACF de l’UE ?

Pham Công Thao : La VSA a organisé une série de séminaires pour vulgariser les politiques du gouvernement et de l’UE en matière de décarbonation.

Lors d’un récent séminaire sur le développement vert en septembre, la VSA et la Société financière internationale (IFC) ont organisé un cours de formation sur la comptabilité des gaz à effet de serre et l’atténuation des émissions pour les entreprises sidérurgiques afin qu’elles puissent avoir un aperçu de la mesure des émissions.

Cependant, nous n’avons pas calculé la quantité totale d’émissions de l’industrie. Alors que l’UE nous demande d’en communiquer le chiffre avant le 31 janvier, les entreprises sont en train de se préparer.

- VietnamPlus : Quels sont les avantages et les inconvénients de l’industrie sidérurgique pour passer au vert ?

Pham Công Thao : Les défis proviennent des technologies et des coûts, notamment les investissements, les prix des produits et la capacité à être compétitif sur le marché international.

Le haut fourneau et le four à arc électrique sont les principales technologies de production d’acier. Grâce à la technologie traditionnelle – le haut fourneau – les entreprises peuvent créer des produits sidérurgiques à des coûts compétitifs et les vendre à des prix compétitifs. Plusieurs entreprises comme Formosa et Hoa Phat ont investi massivement dans cette technologie. Cependant, l’utilisation de coke dans la fabrication de l’acier dans les hauts fourneaux constitue une source majeure d’émissions de dioxyde de carbone.

À l’opposé, la fabrication de l’acier au four à arc électrique produit moins d’émissions, mais entraîne des coûts de production plus élevés.

Afin d’éliminer progressivement les émissions de dioxyde de carbone dans l’environnement, il est nécessaire de remplacer les combustibles fossiles et le gaz naturel liquéfié (GNL) par des matériaux verts. Il s’agit notamment de l’énergie éolienne, de l’énergie solaire et de l’hydrogène vert, ou encore de l’élaboration de mesures visant à capter et à enfouir le dioxyde de carbone.

L’application de technologies vertes à la production d’acier nécessite du temps et des investissements massifs.

Encourager les entreprises sidérurgiques à investir dans les nouvelles technologies

- VietnamPlus : Quelles sont vos recommandations aux autorités pour qu’elles soutiennent les entreprises afin qu’elles soient en mesure de respecter des normes strictes en matière d’émissions et d’atteindre les objectifs fixés par le gouvernement ?

Pham Công Thao : La transition verte est un processus difficile et compliqué qui nécessite des étapes rationnelles.

La VSA doit étudier pour proposer une démarche de transition adaptée en fonction des orientations du Gouvernement pour l’industrie, ainsi que des exigences des importateurs.

En tant que jeune industrie, le secteur sidérurgique vietnamien achète des technologies de production étrangères. Bien que la capacité de recherche du Vietnam soit encore limitée, les entreprises étrangères comme celles de Chine et de République de Corée sont capables de développer de nouvelles technologies pour réduire les émissions de dioxyde de carbone. Par conséquent, l’association espère que le gouvernement aidera les entreprises sidérurgiques dans la R&D sur les technologies vertes.

Dans le cas où la R&D n’est pas possible, nous pouvons étudier pour appliquer des technologies étrangères. Toutefois, elle doit être réalisée au moment opportun et en fonction de la demande et de la capacité de paiement.

Il est coûteux d’investir dans de nouvelles technologies environnementales. L’État devrait donc élaborer des politiques spécifiques pour encourager et fournir un soutien financier aux entreprises sidérurgiques.

Par ailleurs, l’énergie verte doit être placée au centre de la politique de développement du pays.

Les entreprises sidérurgiques ont besoin des aides pour passer au vert ảnh 3Le Vietnam se classe au 13ème rang mondial en termes de production d’acier. Photo : VietnamPlus
 

- VietnamPlus: L’antidumping est un autre problème majeur pour les entreprises sidérurgiques. Comment évalueriez-vous leur préparation?

Pham Công Thao: Le protectionnisme augmente partout dans le monde. Même le MACF de l’UE est devenu controversé en termes de libre-échange. Il établit des normes environnementales mondiales. Il s’agit pourtant d’un outil de protection que le bloc souhaite développer.

Les pays étrangers ont renforcé les mesures antidumping contre l’acier vietnamien.

À ce jour, les États-Unis n’ont pas encore reconnu le Vietnam comme une économie de marché. Par conséquent, les parties américaines utilisent des statistiques provenant de tiers lors de la révision de leurs mesures antidumping contre les produits vietnamiens, ce qui pourrait constituer un désavantage pour le Vietnam.

Lorsque le Vietnam obtiendra la reconnaissance des États-Unis, d’autres pays faciliteront ses activités commerciales.

Les entreprises vietnamiennes devraient capitaliser sur le soutien de leurs importateurs afin que leurs gouvernements réduisent les politiques antidumping sur les produits vietnamiens.

En outre, elles doivent s’associer à la VSA et à la Direction des recours commerciaux du ministère de l’Industrie et du Commerce pour fournir des statistiques et offrir des explications à ceux qui lancent des enquêtes antidumping.

Elles devraient également préparer des mesures de réponse.

- VietnamPlus : Je vous en remercie ! – VNA

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