Hanoi (VNA) - La récente volatilité des prix du paddy a mis en évidence l’urgence de réorganiser la filière rizicole afin d’assurer une plus grande stabilité et une meilleure durabilité.
Selon les données du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, les exportations de riz en avril étaient estimées à 1,1 million de tonnes, soit près de 493 millions de dollars américains.
Au cours des quatre premiers mois de l’année, les exportations totales ont atteint 3,3 millions de tonnes, pour une valeur de 1,57 milliard de dollars, ce qui représente une baisse de 2,3 % en volume et de 11,1 % en valeur par rapport à la même période de l’année précédente.
Le prix moyen à l’exportation s’est établi à environ 468,4 dollars la tonne, en baisse de 9 % sur un an.
Les Philippines sont restées le principal marché d’exportation du Vietnam, représentant 48,5 % des expéditions totales, suivies par la Chine et le Ghana. Les exportations vers la Chine ont enregistré une forte croissance, tandis que plusieurs marchés africains ont connu un net recul.
Dô Hà Nam, président de l’Association des vivres du Vietnam, a noté que la capacité d’exportation de riz du Vietnam a continué de se renforcer, les prix et les volumes égalant parfois, voire dépassant, ceux de la Thaïlande.
Cependant, les fortes fluctuations des prix du paddy sur le marché intérieur ont révélé un paradoxe persistant. À un moment donné, les prix sont tombés à peine à plus de 5.000 dôngs le kilogramme, dissuadant les agriculteurs de récolter et les contraignant à laisser des cultures mûres dans les champs. Peu après, les prix ont rebondi rapidement, mais les stocks des agriculteurs étaient déjà épuisés.
Selon Dô Hà Nam, ces événements témoignent d’un manque de mécanismes de régulation efficaces au sein de la filière rizicole, notamment en matière de distribution et de stockage temporaire.
Les agriculteurs sont souvent contraints de vendre à bas prix en raison de la capacité de stockage limitée, tandis que les hausses de prix réalisées plus tard dans le cycle profitent généralement davantage aux intermédiaires qu’aux producteurs.
Un facteur déterminant est la forte dépendance du Vietnam au marché philippin, qui représente près de la moitié de ses exportations de riz. L’année dernière, la décision du pays de suspendre les importations pendant les quatre derniers mois de l’année a entraîné une augmentation des stocks nationaux dépassant le million de tonnes.
Début 2026, les Philippines avaient initialement annoncé une demande d’environ 300.000 tonnes, mais les contrats conclus ont par la suite dépassé les deux millions de tonnes. Ces fluctuations rapides et imprévisibles ont fragilisé les agriculteurs et les exportateurs, alimentant l’instabilité des prix.
Parallèlement, d’autres marchés d’exportation montrent des signes encourageants. La Chine s’est imposée comme une destination en forte croissance, important environ 500.000 tonnes au cours des quatre premiers mois de l’année. La demande en Afrique est également en hausse, notamment pour les variétés de riz parfumé – un segment où le Vietnam dispose d’un avantage concurrentiel.
Contraintes de stockage
Cependant, Dô Hà Nam a souligné que la plupart des agriculteurs n’ont actuellement pas accès à des installations de séchage et de stockage, ce qui les oblige à vendre immédiatement après la récolte, souvent à des prix défavorables.
Parallèlement, seuls les négociants disposent des capacités d’achat et de stockage nécessaires. De ce fait, une part importante des profits liés aux fluctuations des prix revient aux intermédiaires plutôt qu’aux producteurs.
S’appuyant sur l’expérience d’autres filières tels que le café et le poivre, le responsable a fait valoir que les agriculteurs capables de stocker leur production et de choisir le moment de la vente sont mieux positionnés sur le marché. Investir dans des systèmes de séchage et des installations de stockage, au niveau des ménages ou des coopératives, est donc crucial.
De plus, des mécanismes financiers appropriés sont nécessaires pour permettre aux agriculteurs d’accéder au crédit en utilisant le paddy comme garantie, ou de déposer leur production dans des entrepôts gérés par des entreprises ou des banques. Une meilleure capacité de stockage réduirait la pression à la vente lors des baisses de prix, contribuant ainsi à une plus grande stabilité du marché.
De manière encourageante, la composition de la production rizicole vietnamienne évolue vers une meilleure qualité. La part du riz blanc de qualité inférieure diminue, tandis que les variétés de riz parfumé gagnent en popularité sur les marchés internationaux. Cette transition jette les bases d’une augmentation durable de la valeur des exportations, conformément à la stratégie privilégiant la qualité à la quantité.
Toutefois, pour tirer pleinement parti de cette opportunité, il sera nécessaire de poursuivre les efforts de diversification des marchés d’exportation et de réduire la dépendance à une destination unique. L’expansion vers la Chine, l’Afrique et d’autres marchés potentiels contribuera à atténuer les risques et à stabiliser la demande.
Réformes des politiques et du marché
Au-delà de la dynamique du marché, les contraintes réglementaires et politiques requièrent également une attention particulière. Les pratiques de paiement constituent un problème majeur. Les agriculteurs dépendent largement des transactions en espèces, or la réglementation financière impose des limites à ces méthodes, ce qui complique les achats directs des entreprises et accroît leur dépendance aux intermédiaires.
Le président de l’Association des vivres du Vietnam a suggéré d’introduire des mécanismes plus flexibles, parallèlement aux efforts déployés pour développer les services financiers en milieu rural, afin de permettre des transactions plus transparentes et efficaces.
La politique d’exportation est un autre domaine qui exige une attention particulière. Les réglementations antérieures relatives aux stocks minimaux et aux liens avec les agriculteurs ont contribué à stabiliser l’offre. Supprimer totalement ces exigences risquerait d’affaiblir les chaînes d’approvisionnement et de priver les agriculteurs d’un soutien fiable du marché.
Dans les faits, les riziculteurs demeurent parmi les groupes les plus vulnérables, confrontés à de faibles revenus, à la hausse des coûts et à la volatilité des marchés, tandis que les surfaces rizicoles continuent de diminuer.
Dans ce contexte, Dô Hà Nam a souligné la nécessité d’un cadre politique à long terme qui concilie les intérêts des agriculteurs, des entreprises et de l’État.
D’ici 2030, les exportations de riz du Vietnam pourraient chuter à environ quatre millions de tonnes, reflétant un changement stratégique axé sur la valeur plutôt que sur le volume. De manière générale, les défis auxquels est confronté le secteur rizicole vietnamien ne se limitent pas à l’accès au marché, mais concernent également l’organisation et la gouvernance de la chaîne de valeur elle-même.
Une approche globale – combinant l’amélioration des capacités de stockage, la diversification des marchés, le renforcement des systèmes de paiement et des cadres politiques cohérents – sera essentielle pour garantir un développement plus stable et durable. — VNA