Hanoi (VNA) – Le Conseil populaire de Hanoi a adopté lors de sa récente session une décision politique historique dans le cadre du plan directeur de la capitale avec une vision centenaire. Ce plan prévoit le relogement des résidents à l’intérieur du périmètre délimité par le périphérique n°3 pour restructurer le tissu urbain pour la période 2026-2045.
Nguyên Ngoc Tiên, un écrivain passionné par l’histoire de la capitale et auteur de "Di ngang Hà Nôi" (Traverser Hanoi), "Di doc Hà Nôi" (Se promener à Hanoi), qui lui ont valu le Grand Prix "Bùi Xuân Phai - Pour l’amour de Hanoï" en 2012, et "Di xuyên Hà Nôi" (Traverser Hanoi de part en part) — a partagé avec VietnamPlus son point de vue sur la préservation de "l’âme" du vieux quartier pendant cette transformation majeure.
Des logements locatifs pour les personnes devant être relogées
- Quels sont vos sentiments alors que vous apprenez que des centaines de milliers d’habitants du cœur de la zone urbaine centrale devraient déménager au cours des deux prochaines décennies ?
Hanoi met en œuvre un plan d’urbanisme à long terme assortie d’une vision à 100 ans, et le Conseil populaire de la ville a approuvé le relogement des habitants de la zone située du périphérique n°3 au noyau urbain. Je ne suis pas le seul ; beaucoup d’autres personnes — en particulier celles concernées par ce déplacement — éprouvent de la mélancolie, de la tristesse et une certaine réticence à partir. Bien que je ne sois pas moi-même visé par ce relogement, je partage ces sentiments ; tout départ ou le fait de quitter un lieu où l’on a vécu suscite des émotions profondes. Cela est particulièrement vrai pour ceux qui entretiennent des liens de longue date avec leur lieu d’habitation et leur maison — des lieux imprégnés de souvenirs et marqués à jamais dans le parcours d’une vie.
Je suis profondément touché par un vers du poète Chê Lan Viên : "Quand on y vit, ce n’est qu’un lieu où l’on habite. Quand on le quitte, ce lieu devient une part de notre âme ". Ces mots sonnent juste ; ceux qui habitent une telle terre éprouvent un attachement poignant à l’heure du départ. De plus, les noms des villages, hameaux et quartiers de Hanoi sont intimement liés à des récits historiques inscrits dans les annales jusqu’à ce jour — un fait qui force le respect.
- Les nouvelles zones urbaines telles que Dông Anh, Gia Lâm et Hoa Lac sont actuellement envisagés principalement sous l’angle des schémas d’aménagement des infrastructures : routes, zones résidentielles et centres commerciaux. Selon vous, que faut-il faire pour que ces nouveaux quartiers développent rapidement un esprit de communauté, une vitalité culturelle et une identité propre, plutôt que de rester de simples zones urbaines façonnées uniquement par des plans d’urbanisme ?
Il s’agit d’un enjeu majeur nécessitant une collaboration entre la ville et les promoteurs immobiliers. Actuellement, la majeure partie des zones résidentielles voit le jour dans le cadre de projets de nouveaux quartiers urbains. Ces derniers intègrent d’emblée certains équipements sociaux, tels que des écoles et des centres médicaux, voire, dans certains cas, des cinémas.
Il est évident que ces zones manquent actuellement de lieux dédiés aux manifestations culturelles et artistiques ; les habitants doivent se déplacer ailleurs pour trouver des salles de spectacle. J’estime qu’il est crucial — lors de la mise en œuvre de nouveaux projets d’aménagement urbain dans des districts tels que Mê Linh, Soc Son, Dông Anh ou Son Tây — d’imposer aux promoteurs la création d’infrastructures sociales essentielles afin de garantir l’épanouissement de la vie culturelle et spirituelle de la communauté. Il est préférable de privilégier une approche faisant appel au secteur privé pour ces projets ; lorsque les investisseurs financent la construction, ils sont davantage enclins à gérer, à préserver et à entretenir efficacement les installations. À l’inverse, compter sur la ville ou l’État pour financer de telles réalisations s’avérerait difficile dans les conditions actuelles.
- Selon vous, quelles leçons Hanoi peut-elle tirer des pays ayant procédé à des déplacements de population de grande envergure — des leçons qui lui permettraient de moderniser la ville sans rompre la continuité culturelle, notamment en ce qui concerne les moyens de subsistance des habitants concernés par ces déplacements ?
Etant une ville qui opère une telle transformation après les autres dans le monde, nous pouvons tirer de nombreuses leçons des villes qui en ont fait l’expérience. Toutefois, j’ajouterais que si Hanoi réussit, elle le fera d’une manière véritablement unique.
Lorsqu’elles procèdent à des opérations d’expropriation des terrains et de réattribution des terrains à l’État, les gestionnaires affirment que l’indemnisation doit prendre la forme d’un logement de qualité égale ou supérieure — une approche adoptée par de nombreux autres pays. Pourtant, pourquoi Hanoi n’envisage-t-elle pas une solution de rechange qui me semble tout à fait pertinente ? Il s’agirait de construire un grand nombre de logements locatifs. Certaines personnes — notamment celles vivant dans de très petites maisons — ne souhaitent peut-être pas devenir propriétaires ; elles pourraient louer un appartement tout en plaçant les fonds reçus en guise d’indemnisation pour couvrir leurs frais de subsistance. Un tel modèle pourrait être proposé comme option aux personnes faisant l’objet d’un relogement.
Mais il est fort regrettable qu’il existe actuellement peu de modèles de logements locatifs.
J’estime que l’initiative proposée par le secrétaire général et président Tô Lâm — visant à intensifier la construction de logements locatifs d’ici à 2030 — constitue une excellente solution, susceptible également de s’appliquer aux processus de libération de terrains. Il existe, par exemple, des couples de personnes âgées dont les enfants vivent au loin et qui n’ont plus besoin d’acheter un logement ; ils préféreraient louer un logement abordable et placer leurs économies restantes afin de s’assurer une meilleure qualité de vie pour leurs vieux jours — une option manifestement préférable à l’achat pur et simple d’une maison.
Par conséquent, dans le cadre du relogement vers un nouveau lieu d’habitation, Hanoi devrait également envisager des options locatives. Il s’agit de proposer une variété de choix — comme la location plutôt que la simple attribution d’un terrain ou d’un appartement — sans se limiter à une approche unique. La question est complexe, car beaucoup de gens préfèrent les maisons individuelles aux immeubles ; proposer des options diversifiées permettrait donc de mieux répondre aux besoins des personnes concernées. À titre personnel, si je devais être relogé, je choisirais probablement la location. J’estime qu’il s’agit d’une excellente solution.
"Ici Hanoi" - Notes sur une période de grands changements
- Vos œuvres - "Di ngang Hà Nôi" (Traverser Hanoi), "Di doc Hà Nôi" (Se promener à Hanoi) et "Di xuyên Hà Nôi" (Traverser Hanoi de part en part) - a préservé de multiples strates de la mémoire de la capitale. Compte tenu des mouvements de population massifs actuellement en cours, envisagez-vous de continuer à écrire sur Hanoi durant cette période de grands changements ?
C’est pour Hanoi une période de profonds changements, touchant aussi bien l’administration et la société que les habitants eux-mêmes, jusque dans leur mode de vie. Elle offrit aux auteurs une occasion unique d’exprimer leurs points de vue et leurs convictions tout en témoignant des événements en cours, constituant ainsi de précieux documents historiques pour l’avenir.
Au mois de mai, j’a achevé un ouvrage que l’on pourrait qualifier d’histoire de Hanoi, mais rédigé dans le style d’un roman : il est structuré autour de thèmes précis plutôt que selon une chronologie traditionnelle. Il relate l’urbanisme, les migrations, les transformations et l’évolution des modes de vie au sein de la ville. J’ai provisoirement intitulé ce livre «Hà Nôi đây» (Ici Hanoi), espérant ainsi transmettre une foule d’informations et des perspectives inédites sur la capitale tout en préservant la mémoire pour les générations futures ; celles-ci pourront ainsi, même sans avoir connu cette époque, se représenter une Hanoi en pleine mutation profonde.
- Avez-vous un message pour les habitants de Hanoi qui font face à cette transformation historique ?
Ce que je veux dire, c’est qu’il en va de même pour tout le monde : quiconque quitte le lieu où il est né et a grandi — où sa famille a vécu pendant des générations — éprouve inévitablement un sentiment de tristesse, de regret et de nostalgie. Mais si l’on considère la situation dans son ensemble, il apparaît qu’il s’agit de la bonne décision pour la ville comme pour le pays. Une solution véritablement optimale émerge lorsque l’État met en œuvre des politiques justes et transparentes tandis que les citoyens — en dépit de leurs inquiétudes persistantes et de leurs sentiments partagés — y adhèrent volontairement ; c’est la conjugaison de ces deux facteurs qui constitue la meilleure voie à suivre. – VNA