Un épisode El Niño intense met à l’épreuve la sécurité hydrique jusqu’en 2027

Les experts appellent à une transition rapide vers une planification proactive à l’échelle du bassin, à une gestion flexible des réservoirs et à des ajustements ciblés des cultures afin de garantir la sécurité hydrique jusqu’en 2027.

À Muong Lay, dans la province de Diên Biên, le réservoir de la centrale hydroélectrique de Son La, ici en 2023, souffre particulièrement de la sécheresse. Photo : tuoitre.vn
À Muong Lay, dans la province de Diên Biên, le réservoir de la centrale hydroélectrique de Son La, ici en 2023, souffre particulièrement de la sécheresse. Photo : tuoitre.vn

Hanoi (VNA) – Le phénomène El Niño a atteint une intensité élevée et devrait rester fort, voire très fort, jusqu’à la fin de 2026, a indiqué le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, mettant en garde contre une hausse des températures, des déficits pluviométriques et la sécheresse.

Environ 60 % des eaux de surface du Vietnam proviennent de l’extérieur de ses frontières, ce qui aggrave le risque.

Les autorités et les experts exhortent les provinces à passer d’une gestion réactive des pénuries à une planification proactive, fondée sur des scénarios établis bassin par bassin et sur des allocations d’eau adaptées à chaque région et usage.

Selon le Centre national de prévision hydrométéorologique (NCHMF), les ressources en eau du Vietnam sont confrontées à trois défis majeurs : l’intensification de la sécheresse, des précipitations plus extrêmes et l’élévation du niveau de la mer.

Le Vietnam dispose de ressources en eaux de surface relativement abondantes, avec 3.450 rivières et cours d’eau d’une longueur d’au moins 10 km et un volume de ruissellement annuel d’environ 844 milliards de mètres cubes, répartis principalement sur 13 bassins versants majeurs, a déclaré Ngô Manh Hà, directeur adjoint du Département de la gestion des ressources en eau.

Cette ressource souffre d'une double disparité, spatiale et temporelle, tandis que cinq des treize bassins de la région restent tributaires des flux transfrontaliers. Depuis mai 2026, la majorité des cours d’eau subissent le contrecoup d’El Niño, affichant des débits inférieurs à leurs normales de saison.

Un rapport récent du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement avertit que le phénomène El Niño de 2026-2027 pourrait provoquer une sécheresse sévère et des intrusions salines dans la région côtière du Centre-Sud, des Hauts Plateaux du Centre et du delta du Mékong, dès la prochaine saison sèche.

Nguyên Xuân Hiên, directeur adjoint du NCHMF, a indiqué que le défi résidait dans la répartition inégale de l’eau entre les régions et les saisons, ainsi que dans une forte dépendance à l’égard des flux transfrontaliers.

Le système de réservoirs relativement complet du bassin de la rivière Rouge permet une régulation plus proactive, tandis que le delta du Mékong dépend fortement des apports en amont. Les pluies de la saison sèche ne représentent qu’environ 28% des précipitations annuelles, ce qui accroît les risques de pénurie.

Des facteurs transfrontaliers compliquent davantage la gestion, étant donné qu’environ 60% des eaux de surface du Vietnam proviennent de l’extérieur du pays.

« Lorsque le changement climatique modifie les régimes de précipitations et le ruissellement ou accroît les phénomènes météorologiques extrêmes en amont, ces évolutions peuvent rapidement affecter les ressources en eau locales », a indiqué Nguyên Xuân Hiên.

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La sécheresse a entraîné une baisse marquée du niveau de l'eau du réservoir de Phu Ninh, dans la ville de Dà Nang. Photo : VNA

Il a estimé que le Vietnam devait passer de la réponse aux crises à la préparation, en s’appuyant sur la prévision précoce, l’alerte et la planification de la répartition des ressources en fonction de l’évolution des conditions dans chaque bassin.

« Nous devons également réévaluer la capacité de charge et les normes de conception des réservoirs, des ouvrages de stockage, des systèmes de drainage et des infrastructures connexes. Les paramètres de conception doivent être actualisés pour tenir compte des nouvelles réalités climatiques, plutôt que de se fonder uniquement sur des données hydrométéorologiques historiques », a-t-il suggéré.

La gestion de l’eau doit s’effectuer comme une chaîne intégrée, depuis la prévision, le stockage, la régulation et la répartition jusqu’au prélèvement, au drainage et à la protection de la qualité de l’eau, afin que les changements soient détectés plus tôt et que les réponses puissent être préparées.

Concernant l’agriculture, le professeur associé Mai Van Khiêm, directeur du NCHMF, a exhorté les provinces à examiner et à équilibrer les ressources en eau en fonction des zones, des infrastructures et des campagnes agricoles ; à évaluer les réserves dans les réservoirs, étangs, barrages et canaux ; à identifier les zones à haut risque ; et à établir des plans de répartition.

« Là où les ressources en eau sont limitées, il convient d’anticiper le changement de culture ou l’ajustement des surfaces cultivées afin d’éviter de dépasser les capacités d’approvisionnement », a-t-il recommandé.

« Dans les zones à risque, il faut prendre en compte les calendriers culturaux, sélectionner des variétés et des cultures dont les besoins en eau sont adaptés, adopter des méthodes d’irrigation économes en eau et limiter la production dans les zones où l’approvisionnement n’est pas garanti», a-t-il poursuivi.

Pour les cultures pérennes telles que le café, le poivre et les arbres fruitiers, une gestion proactive de l’eau est cruciale. Pour le riz, il convient de privilégier l’irrigation aux stades déterminants pour le rendement.

Partageant ce point de vue, Ngô Manh Hà a appelé au renforcement des capacités de prévision et d’alerte précoce dans les zones exposées à la sécheresse, en particulier dans le Centre, les Hauts Plateaux du Centre et le delta du Mékong.

​Il a préconisé le stockage anticipé de l’eau dans les réservoirs d’irrigation et les retenues hydroélectriques durant la saison des crues afin de garantir l’approvisionnement pour la saison sèche 2027, en donnant la priorité aux besoins domestiques. La gestion des réservoirs doit faire preuve de souplesse — notamment par une exploitation coordonnée entre plusieurs ouvrages — afin de contribuer à la maîtrise des crues et à la sécurité en aval, tout en optimisant le stockage.

Ngô Manh Hà a également appelé à la publication rapide de scénarios hydrologiques par bassin versant afin d’étayer les plans de réponse aux sécheresses, aux pénuries et à la salinisation, ainsi que les plans de régulation et de répartition de l’eau dans les bassins où ces scénarios prévoient des déficits, modérés ou sévères.

Les provinces doivent préparer la restructuration des cultures, ajuster les calendriers de plantation et réduire les surfaces cultivées si nécessaire ; revoir les modalités de prélèvement d’eau en aval des réservoirs hydroélectriques pour optimiser les ressources disponibles lorsque les centrales doivent privilégier la sécurité du réseau électrique ; et adapter la gestion des réservoirs d’irrigation n’ayant pas encore atteint leur capacité de stockage maximale, en donnant la priorité à la production et aux besoins quotidiens.

«Il est notamment impératif d’élaborer des plans proactifs pour faire face aux pénuries d’eau potentielles dans les réservoirs hydroélectriques fin 2026 et début 2027, afin de réguler l’approvisionnement en aval durant la saison sèche de 2027, en particulier pour l’eau domestique dans les régions du Centre et du Sud-Est», a-t-il souligné. – VNA

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