Hanoi (VNA) - La sécurité hydrique – et non les tempêtes – constituant la préoccupation majeure, les autorités, du delta du Mékong aux Hauts Plateaux du Centre, s’activent pour remplir les réservoirs bien avant le début de la saison sèche.
Fin janvier 2016, alors que l’hiver s’annonçait comme l’un des plus doux que le Nord ait connus depuis des années, un phénomène étrange s’est produit. En l’espace de cinq jours, les températures ont chuté brutalement. Le givre a recouvert les versants des montagnes du Nord et, par endroits, il a neigé — un spectacle suffisamment rare pour que des gens parcourent des heures de route rien que pour l’admirer.
Les météorologues ont par la suite qualifié cet épisode de l’une des vagues de froid les plus sévères que la région ait subies en plus de quarante ans. Fait surprenant, ce froid intense est survenu en plein épisode El Niño, ce phénomène climatique même qui était censé garantir la douceur de cet hiver.
Cet épisode est devenu un cas d’école pour les prévisionnistes ; il revient aujourd’hui sur le devant de la scène, dix ans plus tard, alors qu’un nouvel épisode El Niño se développe pour atteindre potentiellement l’une des intensités les plus fortes jamais enregistrées.
La tendance générale qu’il laisse entrevoir est celle d’un temps plus chaud et plus sec, accompagné d’une saison des tempêtes moins agitée. Toutefois, l’année 2016 a appris aux météorologues que les moyennes peuvent être trompeuses et que, cette fois, se laisser surprendre par une situation exceptionnelle pourrait s’avérer bien plus lourd de conséquences.
« El Niño est actuellement d’une intensité marquée », a déclaré Mai Van Khiêm, directeur du Centre national de prévision hydrométéorologique (NCHMF), soulignant que les températures de surface de la mer dans la zone de référence NINO3.4 se situaient, début septembre, à 1,8 degré Celsius au-dessus de la moyenne à long terme.
Le NCHMF estime que le phénomène conservera très probablement une intensité « forte à très forte » jusqu’au dernier trimestre de 2026 — avec une probabilité de 98% d’atteindre le stade « très fort » — avant de s’atténuer progressivement, tout en restant décelable bien avant dans le premier semestre de 2027.
Pour la majeure partie du pays, cela laisse présager une saison plus douce : des vagues de froid plus tardives et moins fréquentes, des températures nationales supérieures de 1 à 2,5 degrés Celsius à la moyenne et environ 28% de tempêtes en moins que d’habitude.
Les précipitations devraient être inférieures de 20 à 40% à la normale sur la côte du Centre-Sud, les Hauts Plateaux du Centre et le Sud du pays, durant ce qui devrait correspondre au pic de la saison des pluies — laquelle semble désormais devoir s’achever prématurément. Par la suite, au début de l’année 2027, une chaleur intense devrait s’installer plus tôt que prévu et frapper durement. Le nombre de journées de chaleur accablante pourrait dépasser celui de 2026, avec des températures atteignant peut-être des niveaux inédits. Rien de tout cela n’exclut pour autant une répétition de la situation de janvier 2016.
« Bien qu’El Niño s’accompagne généralement de températures plus élevées, de précipitations réduites et d’une diminution des tempêtes et des vagues de froid, cela ne signifie pas pour autant que les phénomènes météorologiques extrêmes sont exclus. Des événements atypiques, rompant avec les schémas saisonniers habituels, peuvent toujours survenir, parfois avec une grande intensité », a déclaré Mai Van Khiêm.
Toutefois, plus que la menace des tempêtes, c’est bien la gestion de l’eau qui s’impose comme le défi central des préparatifs vietnamiens. « La préoccupation majeure à l’heure actuelle est le risque croissant de pénurie d’eau, de sécheresse et, dans les zones côtières, d’intrusion saline », a-t-il précisé, soulignant que l’ampleur du danger varie selon la région, la période et les cultures concernées.
Une combinaison redoutable
La région des Hauts Plateaux du Centre suscite une inquiétude particulière : on s’attend à ce que la pénurie s’aggrave à partir de la fin de l’année pour atteindre un pic début 2027, menaçant non seulement la riziculture, mais aussi les cultures de café, de poivre et les vergers fruitiers. Pour le riz, le calendrier est déterminant : une pénurie survenant lors des semis ou au stade de l’épiaison — phase cruciale pour le rendement — cause des dégâts bien plus importants qu’une pénurie survenant plus tard.
Le delta du Mékong est confronté à une combinaison critique de sécheresse et d’intrusion saline. À mesure que le débit d’eau douce diminue, une forte marée montante, rencontrant un courant fluvial affaibli, repousse l’eau salée plus loin à l’intérieur des terres, asphyxiant les exploitations agricoles situées près des embouchures. Pour les vergers, le danger réside dans l’utilisation d’une eau devenue saumâtre, ce qui peut endommager irrémédiablement les systèmes racinaires.
Le débit du Mékong entrant au Vietnam devrait rester inférieur à la moyenne jusqu’à la fin de l’année 2026, avec un déficit d’environ 30% entre janvier et mai 2027. De février à avril, les marées pourraient propager des niveaux de salinité de 4 grammes par litre sur des dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres, menaçant la récolte de riz d’hiver-printemps, les semis suivants d’été-automne, les vergers, l’aquaculture et l’approvisionnement en eau potable.
C’est pourquoi les prévisionnistes font évoluer leur méthodologie : ils passent de la simple prévision du phénomène El Niño à l’analyse de ses impacts région par région. L’objectif est de déterminer où se situe le risque, quand il frappera, qui il affectera et quelles mesures préventives doivent être prises, afin que les données fournies permettent aux autorités d’agir concrètement.
L’ampleur des enjeux est particulièrement frappante au vu des chiffres du Département de la gestion des ressources en eau. Entre juin et août, les débits de 12 des principaux bassins fluviaux du pays ont été inférieurs de 10 à 75% à la moyenne.
Les sécheresses passées ont montré que les problèmes surviennent généralement à la fin de la saison des crues, lorsque les réservoirs ne parviennent pas à se remplir. Ce scénario s’est déjà produit par le passé, alors que 43 grands réservoirs hydroélectriques accusaient un déficit cumulé allant de 7,7 à 11 milliards de mètres cubes.
La vulnérabilité varie considérablement d’une région à l’autre. Dans les Hauts Plateaux du Centre, 735.300 hectares de cultures pérennes (café, poivre, etc.) ne sont raccordés à aucun réseau d’irrigation, et seulement 17 à 19% de la région bénéficie d’une sécurité hydrique.
Dans le Sud-Est, le bassin du fleuve Dông Nai — soumis à une pression plus forte que tout autre bassin du pays durant la saison sèche — tire 91% de son eau urbaine de réservoirs situés en amont ; une baisse des débits combinée à une intrusion saline ferait peser un risque sur quelque 26 millions d’habitants.
Dans le delta du Mékong, bien qu’il dispose du plus important volume d’eau du pays, 87,3% de l’approvisionnement urbain est puisé directement dans les cours d’eau en l’absence d’infrastructures de régulation ; la région se retrouve ainsi extrêmement vulnérable si les débits chutent de 40 à 60% et que l’eau salée remonte jusqu’à 70 kilomètres à l’intérieur des terres.
Action proactive immédiate
L’Office du gouvernement a publié le document n°9694/VPCP-NN, transmettant les instructions du vice-Premier ministre Hô Quoc Dung visant à répondre de manière proactive au risque de pénurie d’eau causé par le phénomène El Niño.
Ces directives ont été émises à la suite d’un rapport du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement concernant les risques de pénurie d’eau et les mesures proposées pour garantir l’approvisionnement en eau destiné aux usages domestiques et aux activités socio-économiques en 2027, tout en contribuant à la sécurité alimentaire et énergétique.
Le vice-Premier ministre Hô Quoc Dung a demandé aux ministères, aux secteurs et aux autorités locales de suivre de près l’évolution des conditions météorologiques et des catastrophes naturelles, de se tenir informés de la situation et de mettre en œuvre de manière proactive des mesures pour faire face aux catastrophes naturelles ainsi qu’aux impacts du phénomène El Niño. Ces mesures doivent garantir que les pénuries d’eau ne perturbent ni la production, ni les activités commerciales, ni la vie de la population, ni la croissance économique.
Le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement a été chargé de renforcer les systèmes de prévision hydrométéorologique et d’alerte précoce, tout en émettant des prévisions spécialisées supplémentaires pour appuyer la régulation et l’exploitation des réservoirs d’irrigation et hydroélectriques, ainsi que les efforts de prévention de la sécheresse et de l’intrusion d’eau salée, notamment dans les zones à haut risque de pénurie d’eau.
Le ministère de la Construction a été invité à élaborer et à mettre en œuvre des plans d’approvisionnement en eau potable fondés sur différents scénarios de ressources en eau, en particulier pour les installations de traitement qui puisent l’eau directement dans les cours d’eau sans réservoirs de régulation et celles qui dépendent de réservoirs situés en amont. Ces plans devront tenir compte des scénarios les plus défavorables liés à El Niño.
Le ministère de l’Industrie et du Commerce élaborera des plans pour une utilisation efficace des ressources énergétiques et se préparera à d’éventuelles pénuries d’eau dans les réservoirs hydroélectriques fin 2026 et début 2027, en particulier dans les régions du Centre et du Sud-Est. Il se coordonnera également avec les localités situées en aval afin de minimiser l’impact de l’exploitation des réservoirs hydroélectriques sur les autres besoins en eau.
Parallèlement, les autorités provinciales et municipales ont été invitées à conseiller aux agriculteurs d’ajuster la structure des cultures et les calendriers de plantation, ainsi que de réduire les surfaces cultivées dans les zones où l’approvisionnement en eau devrait être insuffisant. Elles devront aussi collaborer avec les ministères compétents pour élaborer des scénarios d’approvisionnement en eau ainsi que des plans de régulation et de répartition des ressources hydriques dans les bassins versants en cas de pénurie annoncée. – VNA