Hanoï (VNA) - Au cœur de la forêt primaire du Parc national de Phong Nha-Ke Bang, dans la province de Quang Tri (Centre), les explorateurs vietnamiens et étrangers dévoilent, année après année, un monde souterrain d'une richesse exceptionnelle.
Des centaines de grottes, d'innombrables stalactites vieilles de plusieurs millions d'années, des rivières souterraines et des formations géologiques uniques ont été mis au jour, conférant au site une valeur universelle exceptionnelle et renforçant sa renommée sur la scène touristique internationale.
Arrivée au Vietnam il y a plus de 35 ans, les explorateurs de l'Association britannique de recherche de cavernes (The British Cave Research Association - BCRA), aux côtés de scientifiques vietnamiens, mènent depuis lors un travail de prospection, de recherche et de promotion des grottes vietnamiennes à l'échelle internationale.
Trente-cinq ans d'explorations souterraines
L'explorateur britannique Howard Limbert a raconté que la première expédition au Vietnam a eu lieu en 1990, lorsque la BCRA et l'ancienne Université générale de Hanoï ont exploré pour la première fois les grottes de Phong Nha-Ke Bang, alors situées dans la province de Quang Binh. En peu de temps, les équipes ont étudié les grottes de Phong Nha et de Toi sur plusieurs kilomètres. Séduit par ce site exceptionnel, Howard Limbert a aussitôt décidé avec son épouse et ses collègues d'y revenir, une fidélité qui dure encore aujourd'hui.
Le professeur Ta Hoa Phuong, de l'Institut vietnamien de paléontologie, rappelle que cette coopération scientifique a permis d'explorer près de trois kilomètres des réseaux de Phong Nha et de Vom. Ces travaux ont également fourni les bases scientifiques du nouveau dossier de candidature présenté en 1998 par l'Université des sciences naturelles de l'Université nationale du Vietnam à Hanoï, après un premier échec devant l'UNESCO.
Grâce aux recherches menées conjointement par les scientifiques vietnamiens, les spéléologues britanniques, les autorités locales et les habitants, Phong Nha-Ke Bang a été inscrit en juillet 2003 sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO pour ses valeurs géologiques et géomorphologiques. Il devenait alors le deuxième site naturel vietnamien classé, après la baie d'Ha Long.
Howard Limbert se souvient également d'une rencontre marquante avec le général Vo Nguyen Giap en 1992. Les encouragements de ce dernier ont renforcé la détermination de l'équipe britannique à poursuivre ses explorations dans la région.
Son Doong, la découverte qui change le destin du parc
En 2009, après plus de dix années de recherches, l'équipe dirigée par Howard Limbert découvre enfin la grotte Son Doong, grâce aux indications de Ho Khanh, un habitant local qui en avait repéré l'entrée dès 1990. Longue de plus de 6,5 kilomètres et s'achevant sur une immense paroi baptisée la « Grande Muraille du Vietnam », Son Doong est aujourd'hui reconnue comme la plus grande grotte du monde.
Interrogé sur son expédition la plus marquante, Howard Limbert cite celle de la grotte Cha Ngheo, au début de 2026. Signalée par des habitants qui avaient aperçu une ouverture au sommet d'une montagne, cette cavité verticale a nécessité une importante préparation.
Début avril 2026, une équipe composée de dix experts étrangers, de trois Vietnamiens et de nombreux logisticiens a acheminé plusieurs kilomètres de cordes jusqu'au site. Après plus d'une journée de marche en forêt, les explorateurs ont atteint un premier puits de près de 90 mètres, qui se prolonge jusqu'à environ 350 mètres de profondeur avant de déboucher sur une galerie horizontale.
Deux membres seulement de l'équipe ont pu atteindre le fond de la cavité, progressant ensuite sur près de 600 mètres en nageant dans une rivière souterraine. En raison du froid et d'un équipement thermique insuffisant, ils n'ont pu y rester longtemps. Selon Howard Limbert, cette grotte se poursuit encore et pourrait appartenir à un vaste réseau souterrain. Une nouvelle expédition est prévue en mars 2027.
Faire connaître au monde un patrimoine unique
Selon le professeur Ta Hoa Phuong, les travaux de Howard Limbert et de son équipe ont fourni des données scientifiques essentielles ayant permis de démontrer les valeurs universelles du Parc national et de soutenir son inscription au patrimoine mondial.
Le directeur du Parc national, Pham Hong Thai, indique qu'à ce jour, sept grandes zones karstiques ont été identifiées, comprenant trois principaux réseaux : Phong Nha, Vom et Nuoc Mooc. Au total, 472 grottes ont été recensées sur plus de 254 kilomètres explorés, faisant de cette région l'un des plus remarquables ensembles karstiques de la planète, surnommé le « Royaume des grottes ».
Lors de la campagne de prospection menée au début de 2026, l'équipe dirigée par Howard Limbert a exploré 29 grottes, dont 26 nouvelles, ainsi que des extensions de trois cavités déjà connues, représentant plus de 13,6 km de relevés supplémentaires. Ces résultats enrichissent la base de données scientifique du parc et confirment l'exceptionnelle valeur géologique de la région.
Les responsables du Parc ont salué les plus de 35 années d'engagement de Howard Limbert et de ses collègues, qui ont financé eux-mêmes leurs expéditions afin d'explorer, cartographier et faire connaître les grottes vietnamiennes. Leur passion a largement contribué au développement du tourisme d'aventure et transformé les conditions de vie de milliers d'habitants de Phong Nha et des environs.
Selon l'expert en tourisme Nguyen Chau A, Phong Nha-Ke Bang est aujourd'hui la première destination mondiale pour le tourisme d'exploration de grottes, accueillant près de 50.000 visiteurs par an. Une quinzaine de circuits, d'une durée de un à cinq jours et de différents niveaux de difficulté, génèrent plus de 300 milliards de dôngs de recettes annuelles. Pour Nguyen Chau A, ce marché pourrait accueillir près de 100.000 visiteurs par an d'ici cinq ans et générer 500 à 700 milliards de dôngs de chiffre d'affaires. La grotte Son Doong devrait rester la locomotive de cette croissance, tandis que la province de Quang Tri ambitionne de faire de Phong Nha-Ke Bang la capitale asiatique du tourisme d'aventure.
Les spécialistes ont souligné que plus de 60 % de la superficie du Parc national reste encore inexplorée. Les mystères enfouis sous les forêts primaires demeurent donc nombreux et continueront d'attirer les explorateurs dans les années à venir. -VNA