Hanoï (VNA) – Le Vietnam dispose d’atouts particulièrement favorables pour réaliser son ambition de devenir une grande puissance maritime, mais doit transformer ses fondements politiques en actions concrètes, moderniser la gouvernance maritime, développer une économie maritime verte et mobiliser efficacement les ressources.
Selon Mme Ramla Khalidi, représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Vietnam, la mer constitue un atout stratégique pour le pays, dont les avantages ne se mesurent pas uniquement à la longueur de son littoral, mais aussi à sa capacité à se connecter aux flux économiques, énergétiques et écologiques de la région et du monde.
Dans un entretien accordé à VietnamPlus, Mme Ramla Khalidi a souligné qu’avec plus de 3.260 km de côtes, un vaste espace maritime et une position située sur d’importantes routes maritimes internationales, le Vietnam bénéficie de conditions particulièrement favorables au développement du commerce, de la logistique et des services portuaires, ainsi qu’au renforcement de ses connexions avec les marchés régionaux et mondiaux.
Un autre avantage majeur réside dans son potentiel à devenir un centre régional des secteurs de l’économie verte et bas carbone. Le potentiel de l’éolien offshore du Vietnam, estimé à plus de 1.000 GW, figure parmi les plus importants de la région. De nouvelles opportunités existent également dans des domaines tels que l’hydrogène vert, le transport maritime vert et les infrastructures adaptées au changement climatique. Ces secteurs peuvent créer de nouveaux moteurs de croissance tout en contribuant à la réalisation de l’engagement du Vietnam d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Le Vietnam possède par ailleurs un riche capital naturel marin, avec plus de 11.000 espèces marines et d’importants écosystèmes tels que les récifs coralliens, les herbiers marins et les mangroves. Le pays se trouve au cœur de l’ASEAN, une région qui ne représente qu’environ 3% des terres émergées de la planète, mais abrite plus de 25% des espèces végétales et animales décrites dans le monde.
Ces écosystèmes marins et côtiers contribuent directement aux moyens de subsistance de plus de 4 millions de travailleurs du secteur de la pêche et disposent d’une importante capacité de stockage du carbone. Ils constituent ainsi un capital naturel essentiel permettant de concilier développement économique et préservation de la biodiversité, de renforcer la résilience des communautés côtières et d’ouvrir de nouvelles perspectives grâce au carbone bleu et aux modèles économiques fondés sur la nature.
Avec ses atouts en matière de position géographique, d’espace maritime, d’énergie et de capital naturel, le Vietnam dispose donc de bases très favorables pour réaliser son ambition de devenir une grande puissance maritime.
Passer de l’exploitation à une gouvernance maritime moderne
Selon Mme Ramla Khalidi, près de huit ans après l’adoption de la Résolution n°36-NQ/TW, le Vietnam a réalisé des progrès importants dans la mise en place des fondements d’un développement de l’économie maritime selon une orientation verte et durable.
Plus récemment, la Résolution n°20-NQ/TW du 3e Plénum du Comité central du Parti communiste du Vietnam du XIVe mandat sur l’édification et le développement du Vietnam en tant que puissance maritime a fixé l’exigence d’un changement de perspective sur deux plans : passer de l’exploitation de la mer à une gouvernance maritime moderne, et d’un développement de l’économie maritime fragmenté par secteurs à une gouvernance unifiée et intégrée de l’espace maritime national.
Cependant, il existe encore, selon elle, un écart important entre le vaste potentiel de l’économie maritime et sa transformation en valeurs économiques, sociales et environnementales à plus grande échelle.
Quatre questions doivent donc être prioritaires dans la période à venir. Premièrement, le Vietnam doit renforcer la coordination dans la gouvernance de l’espace maritime et passer de la planification à une mise en œuvre efficace. Deuxièmement, il doit accélérer la conservation du milieu marin. Troisièmement, il doit renforcer les infrastructures de données maritimes et lever les obstacles liés aux mécanismes d’attribution des zones maritimes. Quatrièmement, il doit poursuivre la mise en place de mécanismes de financement vert en faveur de l’économie maritime.
Mme Ramla Khalidi souligne que le développement d’une économie maritime verte ne présente pas seulement des avantages environnementaux, mais revêt également une importance économique évidente.
Selon l’étude du PNUD intitulée « Scénarios d’économie maritime verte pour le Vietnam », dans l’hypothèse de la mise en œuvre de scénarios de développement maritime vert, le PIB des secteurs de l’économie maritime pourrait atteindre 70,1 milliards de dollars en 2030 et représenter jusqu’à 35% du PIB national, soit environ 34% de plus, ou 23,5 milliards de dollars supplémentaires, par rapport à un scénario de développement traditionnel.
La priorité pour la période à venir est donc de transformer les fondements politiques déjà établis en actions concrètes, afin de créer davantage de valeur à partir de la mer, tout en préservant un océan sain et en garantissant des moyens de subsistance durables aux communautés côtières.
Cinq modèles d’économie maritime verte
À partir de l’expérience du PNUD au Vietnam et dans le monde, Mme Ramla Khalidi a identifié cinq groupes de modèles d’économie maritime verte présentant un potentiel pour le Vietnam : la pêche et l’aquaculture de haute technologie ; l’écotourisme fondé sur les communautés locales ; les ports verts ; les énergies renouvelables marines ; et les modèles fondés sur le capital naturel, notamment le carbone bleu et la conservation marine.
Ces modèles peuvent permettre de concilier croissance économique, création de moyens de subsistance, protection et restauration des écosystèmes, tout en augmentant la valeur des ressources marines.
Toutefois, pour permettre leur développement et leur généralisation, le Vietnam doit encore combler plusieurs lacunes importantes. Il s’agit notamment du manque de mécanismes de mise en œuvre et d’instruments économiques et financiers suffisamment attractifs pour mobiliser le secteur privé et les communautés. S’y ajoutent la fragmentation de la coordination intersectorielle, les capacités encore limitées au niveau local pour concevoir ces modèles, ainsi que les lacunes en matière de données dans les systèmes de suivi, de rapportage et de vérification (MRV).
Un point particulièrement important est que chaque modèle présente un cycle d’investissement, un profil de risque, une rentabilité potentielle et des besoins en capitaux différents. L’aquaculture marine, le tourisme communautaire, les énergies renouvelables et le carbone bleu ne peuvent donc pas être soutenus par un même mécanisme financier.
Le Vietnam doit ainsi concevoir des politiques d’incitation flexibles et des instruments de financement vert spécialisés, adaptés au profil de risque de chaque modèle. Il doit également renforcer la coordination intersectorielle, améliorer les capacités de gouvernance au niveau local et perfectionner le système de données MRV.
Plus important encore, il doit créer un environnement politique transparent et stable, afin de réduire les risques et de renforcer la confiance des investisseurs, tout en garantissant la participation des communautés locales et leur capacité à tirer profit de la transition.
Les enseignements de la Norvège
Évoquant les expériences internationales, Mme Ramla Khalidi considère la Norvège comme un exemple particulièrement intéressant de combinaison entre développement de grande ampleur de l’économie maritime et protection des écosystèmes.
L’une des principales expériences de la Norvège réside dans une gouvernance maritime intégrée fondée sur les données scientifiques. Depuis le début des années 2000, le pays a élaboré des plans de gestion intégrée pour plusieurs zones maritimes stratégiques, notamment les mers de Barents, de Norvège et du Nord, avec des mécanismes de coordination interministérielle et intersectorielle permettant de répartir l’espace entre les activités pétrolières et gazières, l’éolien offshore, la pêche, le transport maritime et la conservation.
Parallèlement, la Norvège a fait évoluer les chaînes de valeur de l’économie maritime, en passant d’activités fortement tributaires de l’exploitation des ressources à des activités davantage axées sur les technologies et la valeur ajoutée.
Dans le secteur de la pêche, au lieu de continuer à accroître l’exploitation des ressources naturelles, le pays a développé une aquaculture de haute technologie, renforcé la gestion des maladies et accru la valeur des produits grâce à la qualité, à la traçabilité et à la construction de marques de portée mondiale. Le saumon norvégien en constitue un exemple particulièrement parlant.
Dans les secteurs maritime et énergétique, la Norvège est également à l’avant-garde de l’électrification de sa flotte, du développement de ports verts et de la mise à profit des compétences et des infrastructures issues de l’industrie pétrolière pour soutenir l’éolien offshore.
Une autre base importante est constituée par des données maritimes transparentes et partagées. Les plateformes numériques de données océaniques permettent aux autorités de mettre régulièrement à jour les plans d’aménagement et de fournir des informations fiables pour les décisions d’investissement à long terme.
À partir de cette expérience, le Vietnam peut tirer plusieurs enseignements importants. Après l’approbation du Plan national d’aménagement de l’espace maritime, il doit passer à une mise en œuvre efficace et renforcer la coordination intersectorielle.
La mise en place d’un cadre juridique complet pour les obligations vertes, les crédits carbone marins et les modèles de partenariat public-privé pourrait contribuer à élargir les sources de financement nationales et internationales en faveur de l’économie maritime verte.
Deuxièmement, le Vietnam doit poursuivre le verdissement et la modernisation des chaînes de valeur des secteurs de l’économie maritime, en passant d’une expansion de l’exploitation des ressources à l’application des technologies, à l’amélioration de la qualité, à la traçabilité et à l’augmentation de la valeur ajoutée.
Troisièmement, il doit continuer à développer les instruments de financement vert afin de mobiliser les ressources privées.
Enfin, il est nécessaire de renforcer les données et les outils de mesure au niveau local.
À cet égard, le PNUD mène actuellement une première étude sur l’Indice provincial de l’économie maritime (VN-BEI), fondé sur des cadres internationaux de mesure et sur l’expérience pratique de pays pionniers, afin d’accompagner les 21 localités vietnamiennes disposant d’un littoral. Cet indice repose sur quatre piliers : économie, société, environnement et gouvernance.
Il vise à suivre la qualité de la croissance, le niveau de verdissement de l’économie et la capacité à attirer des investissements durables, contribuant ainsi à renforcer la transparence et à soutenir l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes.
Selon Mme Ramla Khalidi, en continuant à promouvoir l’innovation, à renforcer la gouvernance maritime intégrée et à mobiliser efficacement les investissements publics et privés en faveur des solutions fondées sur la nature, le Vietnam dispose de bases très favorables pour réaliser son ambition de devenir une grande puissance maritime, prospère et durable au 21e siècle.- VNA
Voir plus
Le secteur agricole vise 18 milliards de dollars d'exportations au quatrième trimestre
Le secteur agricole vise 18 milliards de dollars d’exportations au quatrième trimestre afin de dépasser 74 milliards de dollars sur l’ensemble de l’année 2026.
La production se redresse, les recrutements progressent
La production vietnamienne poursuit sa reprise, tandis que les besoins en recrutement progressent dans un marché du travail transformé par l’IA et l’automatisation.
La Conférence des députés à plein temps examine le projet de réforme de la Loi sur l’électricité
Réunis lundi 28 septembre à Hanoï, les députés à plein temps ont appelé à renforcer la transparence des tarifs de l’électricité, à mieux contrôler les coûts et à assurer une répartition équitable des risques, tout en garantissant les intérêts des consommateurs.
PVEP et Agribank scellent un crédit pour un projet clé du secteur de l’énergie
Agribank et PVEP ont signé un important accord de crédit pour le projet gazier des blocs B & 48/95 et du bloc 52/97, contribuant ainsi à garantir la sécurité énergétique nationale.
Pêche INN : la province de Khanh Hoa met le cap sur les normes européennes
Face au défi de la pêche illégale, la province de Khanh Hoa mobilise toutes ses ressources. L'objectif est clair : se conformer strictement aux exigences de la Commission européenne contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.
Le Vietnam renforce le dialogue avec les entreprises à capitaux étrangers sur les politiques fiscales
Les autorités fiscales vietnamiennes ont échangé avec les entreprises à capitaux étrangers sur les nouvelles politiques fiscales, la fiscalité internationale et les conditions nécessaires à un environnement d’investissement transparent, stable et prévisible.
Le Vietnam dispose de bases solides pour maintenir une croissance élevée
Avec une croissance de 8,18 % au premier semestre, le Vietnam conserve de solides perspectives pour 2026, malgré les incertitudes de l’économie mondiale.
Hanoï met en place un mécanisme intersectoriel pour participer au marché du carbone
Hanoï met en place un mécanisme de coordination intersectorielle destiné à réaliser l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre (GES), à réduire les émissions et à préparer la participation de la capitale au marché du carbone. Les services municipaux se voient confier des missions précises, allant de la collecte des données d’émissions et de l’identification des projets susceptibles de générer des crédits carbone à la gestion financière et technologique, en passant par le partage des bénéfices.
Installation du système eCDT sur les navires de pêche : achèvement requis avant le 30 octobre
Hô Chi Minh-Ville demande d’achever avant le 30 octobre 2026 l’installation du système électronique de traçabilité des produits de la pêche (eCDT) sur les navires de pêche d’une longueur d’au moins 6 mètres. Cette mesure vise à renforcer le contrôle des navires et la traçabilité des produits de la pêche, dans le cadre de la lutte contre la pêche INN.
Les IDE ouvrent de nouvelles perspectives à l’immobilier vietnamien
Avec 5,32 milliards de dollars d’IDE dans l’immobilier en huit mois et la forte progression des investissements manufacturiers, de nouveaux besoins émergent dans les zones industrielles, la logistique et le logement.
Élargir les débouchés à l’exportation sur le marché halal
Avec un marché halal mondial estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars, le Vietnam dispose d’un important potentiel pour accroître ses exportations, notamment de produits agricoles et alimentaires. La diversification des débouchés passe toutefois par une meilleure maîtrise des normes halal, la transformation en profondeur, la traçabilité et l’adaptation des produits aux exigences propres à chaque marché.
Tuyen Quang vise deux communes rurales modernes d’ici 2030
À l’horizon 2030, la province de Tuyen Quang ambitionne de faire de 60 de ses 117 communes des communes répondant aux normes de la nouvelle ruralité, dont deux aux normes de la nouvelle ruralité moderne, tout en accélérant la transformation numérique, le développement d’une agriculture verte et l’amélioration des infrastructures rurales.
Phu Quoc lance sa haute saison hivernale avec plus de 370 touristes russes
Plus de 370 touristes russes sont arrivés le 27 septembre à Phu Quoc à bord d’un vol direct en provenance de Krasnoyarsk, donnant le coup d’envoi de la haute saison touristique hivernale sur l’île.
Vietnam - Tanzanie : concrétiser les potentiels de coopération économique et commerciale
La deuxième réunion de la Commission mixte Vietnam - Tanzanie a permis aux deux pays d’identifier de nouvelles pistes pour approfondir leur coopération économique et commerciale et favoriser des projets concrets.
Le ministère des Finances coopère avec FinDev Canada pour doper la finance verte
Les discussions ont ouvert de nombreuses perspectives de coopération concrète visant à stimuler les flux de capitaux internationaux vers le secteur privé et les projets de développement durable au Vietnam.
Le Vietnam renforce ses liens avec les groupes et institutions financières américains
Le Vietnam et les États-Unis renforcent leur coopération dans l’investissement et la finance, notamment à travers les échanges avec Coca-Cola et Standard Chartered, afin de promouvoir les investissements à long terme et de mieux connecter le Vietnam aux marchés financiers internationaux.
Le Vietnam met en avant ses atouts au Salon international du commerce de l’Uttar Pradesh (Inde)
Le Vietnam marque sa présence à l’UPITS 2026, grand rendez-vous commercial de l’Uttar Pradesh, avec une série d’activités visant à promouvoir le commerce, l’investissement, le tourisme, la culture et la gastronomie, tout en renforçant les liens entre les entreprises vietnamiennes et indiennes.
Le Centre financier international à Dà Nang s’allie au développement durable
Le VIFC-DN est devenu membre du Réseau des centres financiers pour le développement durable (FC4S). Il vise à attirer des capitaux internationaux vers des secteurs stratégiques tels que les infrastructures, l’énergie, la technologie, l’économie verte, le commerce et le tourisme.
Aéroport de Long Thanh : les travaux entrent dans leur dernière phase
L’aéroport international de Long Thanh devrait entamer ses essais d’exploitation à la fin septembre 2026, avant une mise en service commerciale prévue en décembre. Plusieurs lots de travaux sont désormais quasiment achevés.
Le dirigeant Tô Lâm appelle à porter les relations économiques Vietnam-Canada à un nouveau niveau
Le secrétaire général du Parti et président de la République Tô Lâm a appelé le Vietnam et le Canada à porter leurs relations économiques à un nouveau niveau, en approfondissant les investissements, en renforçant les chaînes de valeur et en privilégiant des projets générant des résultats concrets.