Façonner l’identité et la souveraineté culturelles du Vietnam dans l’espace numérique

Le Vietnam s'attache à renforcer la présence et le rayonnement de ses valeurs culturelles dans l'espace numérique afin de transformer la culture en ressource endogène, en force d'influence et en moteur de développement, conformément aux orientations définies par le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam, Tô Lâm.

TikTok s'associe au lancement de la campagne « Ngân Nga Việt Nam », contribuant à promouvoir l'identité culturelle et le tourisme du Vietnam sur les plateformes numériques. Source : Département du Tourisme de Hô Chi Minh-Ville
TikTok s'associe au lancement de la campagne « Ngân Nga Việt Nam », contribuant à promouvoir l'identité culturelle et le tourisme du Vietnam sur les plateformes numériques. Source : Département du Tourisme de Hô Chi Minh-Ville


Hanoï (VNA) – À l’heure où la transformation numérique modifie profondément les modes d’accès, de création et de diffusion des valeurs culturelles, la construction de l’identité et de la souveraineté culturelles du Vietnam dans l’espace numérique devient une exigence stratégique afin de renforcer le soft power national et de créer un moteur durable de développement.

Lors de la deuxième réunion du Comité directeur central pour le développement de la culture vietnamienne, tenue le 13 juillet, le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, Tô Lâm, a souligné qu’un des quatre grands « déficits » constatés après la mise en œuvre de la Résolution n°80-NQ/TW résidait dans le fait que l’attractivité et la capacité de diffusion des valeurs culturelles positives sur l’environnement numérique ne progressaient pas au même rythme que les plateformes et contenus numériques.

Selon le dirigeant vietnamien, ce décalage constitue un goulot d’étranglement qui freine la transformation de la culture en ressource endogène, en force d’influence et en moteur du développement national.

Tô Lâm a estimé que, dans un contexte où l’espace numérique façonne de plus en plus les perceptions, les goûts et les modes de vie de la société, ce déficit représente un défi majeur pour la capacité du Vietnam à convertir son capital culturel en soft power et en pouvoir de définition des valeurs. À défaut d’y remédier rapidement, les valeurs exogènes risquent de prendre une place prépondérante, affaiblissant l’attrait de la culture nationale et compliquant la préservation de l’identité culturelle ainsi que la transmission des valeurs vietnamiennes aux générations futures.

Le rapport Digital 2026 indique qu’à la fin de 2025, le Vietnam comptait environ 85,6 millions d’utilisateurs d’Internet, soit plus de 84 % de la population, ainsi qu’environ 79 millions de comptes sur les réseaux sociaux. Cette large connectivité offre des conditions favorables à la promotion de l’image du pays et de sa culture auprès du public national et international.

Cependant, les opportunités offertes par le numérique ne se transforment pas automatiquement en influence. Dans l’espace numérique, chaque contenu doit affronter une concurrence intense et capter l’attention du public, souvent déterminée par les algorithmes des plateformes.

Des spécialistes estiment que ce déficit résulte à la fois de facteurs objectifs et subjectifs. Le développement rapide des sciences, des technologies et de l’intelligence artificielle (IA) modifie profondément les comportements en ligne et les modes de consommation de l’information. Dans le même temps, les produits culturels vietnamiens créés et promus sur Internet demeurent encore limités en nombre, en diversité et en attractivité.

Une partie de la jeunesse manifeste une certaine préférence pour les produits culturels étrangers, tandis que l’écosystème national de soutien à la création et à la diffusion de contenus culturels numériques reste insuffisamment structuré. Les experts soulignent également que le Vietnam n’a pas encore pleinement accordé l’importance nécessaire à la construction d’un véritable écosystème culturel numérique, allant des stratégies de développement aux cadres juridiques encourageant la créativité et la promotion des nouvelles œuvres.

La transition d’un modèle de gestion traditionnel vers une gouvernance intelligente dans l’environnement numérique reste par ailleurs incomplète. Le pays manque encore de ressources humaines capables de combiner une connaissance approfondie de la culture avec des compétences technologiques avancées.

Selon plusieurs spécialistes, la transformation numérique dans le secteur culturel s’est jusqu’à présent concentrée principalement sur la numérisation des documents, des archives et des patrimoines. Cette étape est nécessaire, mais elle ne constitue qu’une base de données initiale et ne suffit pas à créer des produits culturels numériques à forte valeur ajoutée, capables de rivaliser avec les contenus étrangers et de se diffuser largement sur les plateformes numériques.

Un autre obstacle réside dans les modes de narration. De nombreux produits culturels institutionnels demeurent marqués par une transmission unidirectionnelle de l’information, riche en données mais pauvre en personnages, en situations et en émotions, ce qui réduit leur capacité à susciter l’intérêt du public, notamment des jeunes générations.

L’écosystème créatif apparaît également fragmenté : les spécialistes de la culture ne maîtrisent pas toujours les technologies numériques, tandis que les experts technologiques manquent parfois de connaissances en histoire, en esthétique et en patrimoine. Les artistes, les entreprises de communication, les musées, les établissements scolaires et les organismes publics ne disposent pas encore de mécanismes de coopération durables, laissant une partie importante des ressources culturelles inexploitées.

Par ailleurs, la majorité des contenus culturels est aujourd’hui diffusée sur des plateformes transfrontalières, de sorte qu’une modification des politiques ou des algorithmes de ces plateformes peut affecter immédiatement la capacité des contenus vietnamiens à atteindre leur public.

Pour combler ce déficit, les experts appellent à un changement de conception du produit culturel numérique. Il ne s’agit plus seulement de numériser des ressources, mais de créer des contenus susceptibles d’être trouvés, compris, appréciés, partagés et de générer à leur tour de nouvelles créations. Les données culturelles doivent être normalisées, identifiées, protégées par le droit d’auteur et conçues pour être interconnectées et réutilisées.

Ils recommandent également de réformer les mécanismes d’investissement et de commande publique afin que l’État concentre ses ressources sur des projets structurants et des œuvres à forte valeur idéologique et artistique, tout en élargissant les partenariats public-privé avec les entreprises, les artistes et les créateurs indépendants.

La formation d’un personnel qualifié, capable d’articuler savoirs culturels, technologies, design et communication, est considérée comme un facteur décisif. Les ministères, secteurs et collectivités locales sont appelés à investir davantage dans la formation de talents jeunes, créatifs et porteurs d’ambition pour produire de nouvelles valeurs et contribuer à façonner l’identité culturelle vietnamienne dans l’espace numérique.

Les spécialistes insistent aussi sur la nécessité d’une stratégie de distribution adaptée aux caractéristiques de chaque plateforme numérique, fondée sur l’analyse des données, le ciblage des publics et la construction active de communautés. Ils préconisent en outre le développement de bases de données, d’outils de recherche et de canaux de diffusion nationaux afin de renforcer l’autonomie numérique du pays, considérée comme une composante essentielle de la souveraineté culturelle.

Dans ses orientations pour la nouvelle phase de développement culturel, le secrétaire général et président de la République a demandé de mettre en œuvre « trois grandes transitions » : passer d’une vision de la culture comme simple secteur de développement à celle d’un fondement spirituel de la société, d’un pilier du développement et d’un nouveau moteur de croissance ; développer la culture à la fois dans l’espace réel et dans l’espace numérique ; et associer étroitement préservation et création au lieu de privilégier uniquement la conservation.

Le dirigeant vietnamien a également fixé quatre missions prioritaires : poursuivre l’amélioration des institutions afin de libérer les ressources créatives de toute la société ; renforcer la souveraineté culturelle dans l’espace numérique et la capacité de diffusion des valeurs vietnamiennes ; transformer le patrimoine et le capital culturel en connaissances, en propriété intellectuelle, en produits créatifs et en ressources pour l’éducation, la science, la technologie et les industries culturelles ; enfin, faire des industries culturelles un nouveau moteur de croissance et un levier de compétitivité nationale.

Ces orientations ouvrent, selon les experts, une nouvelle approche du développement culturel : lorsque la culture est placée au cœur de la stratégie nationale et articulée avec la créativité, la technologie et le marché, l’espace numérique cesse d’être uniquement un défi pour devenir un environnement propice à la diffusion puissante, durable et structurante des valeurs culturelles vietnamiennes. -VNA

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