Vietnam : Hoi An, le culte des lumières

Cette petite ville marchande proche de Da Nang, au centre du Viet Nam, n'a guère changé depuis cinq siècles. Classée par l'Unesco, elle fait briller son passé. Un enchantement pour les voyageurs.
Vietnam : Hoi An, le culte des lumières ảnh 1Un coin de l'ancienne ville de Hoi An. Photo: TITC

Quang Nam (VNA) - Cette petite ville marchande proche de Da Nang, au centre du Viet Nam, n'a guère changé depuis cinq siècles. Classée par l'Unesco, elle fait briller son passé. Un enchantement pour les voyageurs.

La tradition tient bon. Les 120.000 habitants de Hoi An sont assez fiers d'en signer la démonstration à coups de lanternes de papier, de petites maisons de bois et de cyclopousses à l'ancienne. Juste éloge, cette cité de la province de Quang Nam, à 25 km au sud de Da Nang, est inscrite depuis 1999 au patrimoine mondial par l'Unesco en récompense de cinq bons siècles de rayonnement. Le plus vieil édifice de Hoi An n'est autre qu'un pont jeté en 1593 par-dessus un bras du fleuve Thu Bon qui traverse la ville et lui offrit jadis son rayonnement commercial. Ce pont toujours vaillant scellait l'amitié entre soyeux chinois et boutiquiers japonais en réunissant les quartiers des deux communautés. La prospérité des marchands vaut tous les accords de paix.

La gracieuse architecture de la ville intégra sans faillir les façades coloniales françaises (elle s'appela un temps Fai Fo) en gardant son urbanisme initial, une avenue parallèle au fleuve et des ruelles perpendiculaires, des maisons ouvertes sur l'artère principale (les vitrines) comme à l'arrière côté berges (l'entrepôt des marchandises). La plupart des habitations sont en bois de jacquier, très sombre, très dur, quasi éternel, et coiffées de tuiles également de bois alternant concaves et convexes dans le respect minutieux des équilibres entre ying et yang. Au total, la municipalité recense un bon millier de masures, temples et autres ouvrages qu'elle couve de sa haute protection et qu'il est bien entendu interdit d'altérer. Personne ne s'y risquerait tant est grande la fierté locale de ce patrimoine hors normes qui a traversé sans trop de dommages plusieurs guerres, quelques révolutions culturelles et mille pluies torrentielles.

Les Français adorent cette alchimie du voyage qui conjugue élégamment nostalgie sépia, beauté de l'image et sérénité d'un repaire dont le centre interdit aux voitures n'est fréquenté que par les bicyclettes. Mieux, chaque soir, Hoi An s'illumine d'une farandole de lampions de papier qui dansent avec le vent le long des ruelles, à la devanture des vitrines, des bars et des restaurants, ainsi qu'au balcon des maisons individuelles. Sur les berges du Thu Bon, les lanternes deviennent dragons, coqs - c'est son année -, étoile - celle du Parti -, fleurs… La musique s'en mêle par haut-parleurs. Elle rythme la rame des amoureux qui ont loué une barque pour glisser sur les eaux noires du fleuve, espérant échanger un discret baiser à l'abri des pudeurs qu'impose la doxa locale.

Sur le pont tout neuf qui mène au nouveau quartier de Hoi An copié-collé sur les couleurs et le style de l'ancien, des gamins vendent des bougies à poser au creux d'une coque en papier. Une piécette, une allumette, un vœu et vogue le frêle esquif sur le courant. Quand la petite lumière disparaîtra, là-bas, tout au bout de la ville, où le fleuve désormais ensablé peine à trouver la mer de Chine et s'éparpille sur un tapis de rizières, le ciel se fera prince des étoiles et le souhait deviendra réalité. Promis, juré.

Auparavant, on aura poussé les portes de quelques maisons restées dans leur jus et ouvertes à la visite, histoire d'apprécier la vie d'une communauté qui faisait avec bonheur commerce d'étoffes, d'épices, de riz ou de porcelaine. Entre deux, voici les temples inchangés depuis des siècles. Hommage peint, sculpté, assemblé en mosaïques, à la déesse de la mer, au dieu du commerce, à la vaillance des marins et des pêcheurs. Toute la vie de Hoi An est inscrite ici, entre fumées d'encens, bouddhas dorés à la feuille, dragons protecteurs et portraits de vieux sages gardiens de toutes les mémoires. Maisons privées et temples ont en commun d'être construits sur le même schéma - façade étroite, de 6 mètres environ, et interminable enfilade de pièces qui courent sur une trentaine de mètres. C'est du reste l'architecture retenue par le Viet Nam moderne pour construire des millions d'habitations, aussi peu larges et si longues.

Reste encore à céder à l'appel du marché matinal de Hoi An. Sous une vaste halle, il accueille les ménagères dans une belle bousculade. Poissons frais, crevettes vivantes de tous calibres dont la tête est tranchée en direct, légumes et fruits en pagaille, rien ne manquera sur la table. Sans oublier, bien entendu, les larves de vers à soie. Jetées dans le wok avec ail et oignon, c'est un délice.

Le restaurant vietnamien de l'hôtel Four Seasons, qui vient d'être inauguré au bord de la plage de Ha My, à quinze minutes de Hoi An, n'a pas encore inscrit ce plat à son répertoire. Pourtant, une fois par semaine, l'un de ses deux restaurants est aménagé en cuisine de la rue. Chariot de légumes, de poissons, de brochettes, de soupes, de fruits rôtis, tout est là, irréprochable de fraîcheur et d'harmonie. Un vrai trottoir vietnamien en version chic. On choisit en direct les ingrédients de son repas. «La formule déstresse ceux qui redoutent de manger à l'extérieur malgré l'excellente réputation des cuisinières locales», explique David Macklin, le quadra australien qui dirige l'hôtel.

«Je souhaite que partout dans l'établissement et à tout moment nos résidents sachent qu'ils sont au Viet Nam», ajoute-t-il en guise de feuille de route. Lanternes accrochées dans les arbres, boules de délicate ferronnerie, plan des habitations, jeux d'eau ou bouquets de bambous assurent la démonstration. Le domaine compte exactement cent villas dont quarante avec piscine privée. Top confort assuré. La plupart des autres donnent sur un tapis de sable doré, 1 kilomètre de liberté.

Au loin flottent les îles Cham, une réserve naturelle. Le regard est enchanté car depuis le sommet de l'hôtel il glisse vers la mer en s'attardant sur les plans d'eau successifs qui l'y conduisent: un bassin miroir et trois piscines (une est réservée aux familles). Les dimensions olympiques de la dernière suscitent forcément l'envie de plonger sans attendre. Deux restaurants, un bar, mille activités, du yoga à l'académie de cuisine, de la visite du marché avec le chef et la réalisation d'un repas à un spa de référence, en passant par les courts de tennis, la pause méditation ou le tai-chi et les excursions, en voiture ou à bicyclette, complètent l'agrément. Ce Four Seasons qui mérite bien des éloges anticipe le futur triomphe touristique de Hoi An. Il est donc temps d'y aller.

Deux autres sites de la région sont protégés par l'Unesco. Huê, la ville impériale, est à trois heures de route. Auréolée de gloire entre le XVIIe et le XXe siècle, elle est un modèle d'architecture pensée en harmonie avec le ciel, les éléments, la géographie environnante et le bonheur de ses habitants. Citadelle, palais, maisons princières et autres temples justifient une journée attentive. Dans un style très différent et à 90 minutes de route de Hoi An, voici les temples de My Son («la belle montagne»), un site cham majeur. Jadis, il comptait 70 temples hindouistes, maisons et monuments de briques rouges édifiés entre le IVe et le XIIIe siècle le long d'une charmante rivière bordée par une forêt avenante. Ce décor bucolique servit de planque aux combattants vietcongs et en 1969, les B52 américains lâchèrent un tapis de bombes sur la région. Seuls une vingtaine d'édifices sont restés debout. Assez pour savourer la quiétude des lieux et la sérénité qui continue d'y flotter.

Au passage, l'excursion fait découvrir la vie ordinaire des villages traversés. S'étonner par exemple des chrysanthèmes jaunes posés devant chaque porte. Bonne occasion d'apprendre que la vie locale est évidemment dictée par la lune, pleine ou noire, deux fois par mois. Ces fleurs chassent le malin qui apporte malchance, tristesse, mauvais résultats scolaires et maladie. Comme chacun sait, les dieux du ciel délèguent leurs représentants sur terre. Un esprit protège le village, cet autre veille sur la famille, le troisième assurera les bonnes récoltes ou la prospérité du magasin. Il existe deux manières d'appeler leur grâce. D'abord, garnir d'offrandes le petit autel installé à l'intérieur de la maison, au beau milieu de la salle à manger c'est encore mieux. Et consulter le devin du village. Ce personnage clef du quotidien vietnamien indiquera le meilleur moment pour acheter la voiture, commencer les travaux dans la maison, fixer le jour du mariage, des semailles, de l'ouverture de la boutique… Si la prévision ne se réalise pas, changer de devin.

Au carrefour des villages, panneaux et banderoles rouges en appellent à travailler plus, aimer son pays, rester unis. D'immenses citations de Ho Chi Minh, le père de la nation, attestent de ces louables vertus. Et flotte le drapeau rouge frappé d'une étoile d'or sur chaque maison. À Hoi An et dans sa région, la cause du peuple s'enrichit des savoirs d'antan, les cultive, les embellit, les intègre dans son programme de bonheur pour tous les camarades. On allait l'oublier, le Viet Nam est un pays communiste. -Lefigaro/VNA

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