Le Vietnam allège sa logistique pour muer ses atouts maritimes en levier concurrentiel

Bien plus qu’une simple réduction des coûts de transport, l’enjeu réside dans une refonte globale du réseau logistique, l’accélération de la connectivité multimodale et la transformation digitale de la chaîne d’approvisionnement. En libérant le plein potentiel de ses infrastructures portuaires, le Vietnam positionnera son espace maritime comme le cœur battant de sa croissance économique.

Port à conteneurs international Hateco Hai Phong. Photo: VNA
Port à conteneurs international Hateco Hai Phong. Photo: VNA

Hanoi (VNA) – Le Comité central du Parti communiste vietnamien du 14e mandat a adopté la résolution n°20-NQ/TW sur la construction et le développement du Vietnam en une nation maritime forte, visant l’objectif de réduire les coûts logistiques à moins de 12 % du PIB et de créer 5 à 6 hubs économiques maritimes majeurs d’ici 2030.

L’enjeu dépasse la simple réduction des coûts de transport. Il s’agit de refondre le réseau logistique, d’accentuer la connectivité multimodale et de digitaliser la chaîne d’approvisionnement. En valorisant pleinement le potentiel de ses infrastructures portuaires, le Vietnam fera de son espace maritime le principal moteur de sa croissance économique dans un futur proche.

Des coûts élevés érodent la compétitivité

À l’international, la logistique dicte le succès des exportateurs. Elle conditionne non seulement la fiabilité des livraisons et la satisfaction client, mais s’impose aussi comme un puissant vecteur de compétitivité sur les marchés mondiaux.

Pham Thi Bich Phuong, PDG de Noval Engineering, a mis en exergue l’impact critique des coûts logistiques sur le coût de livraison des marchandises. Qu’il s’agisse des frais de transport, des délais d’acheminement et des opérations de manutention, le transport routier cristallise l’essentiel des charges et exerce une pression financière considérable sur l’acheminement des marchandises.

« Lorsque les partenaires exigent que les marchandises soient expédiées sous 30 jours, mais que les entreprises ne peuvent pas gérer proactivement les délais de livraison, la compétitivité s’en trouve clairement affectée. À terme, cela réduira la capacité des entreprises à approvisionner et à participer à la chaîne d’approvisionnement mondiale », a-t-elle expliqué.

Selon Dang Thi Minh Phuong, présidente de l’Association de la logistique et des ports maritimes de Hô Chi Minh-Ville, les coûts logistiques au Vietnam représentent actuellement environ 18 % du PIB, un pourcentage supérieur à celui de certains pays de la région tels que la Thaïlande et Singapour.

À Hô Chi Minh-Ville, où le système portuaire gère environ 65% du trafic total de conteneurs du pays, le complexe portuaire de Cai Mep - Thi Vai est capable d’accueillir de grands porte-conteneurs et est directement relié aux routes maritimes internationales, mais les coûts logistiques élevés constituent une préoccupation majeure quant à la capacité de la ville à exploiter pleinement ses atouts en tant que ville côtière.

« L’une des principales raisons réside dans le manque d’hamonisation des espaces économiques du Sud. Les marchandises provenant de centres de production tels que Binh Duong, Dông Nai et les régions avoisinantes rencontrent encore de nombreuses difficultés pour être acheminées vers les ports. Le système de transport incomplet, fortement dépendant du réseau routier, et les embouteillages allongent les délais de transport, augmentant ainsi les coûts pour les entreprises», a-t-elle analysé.

Partageant ce point de vue, Lê Quang Trung, directeur général adjoint de la Compagnie générale maritime du Vietnam, président du conseil d’administration du port international de Cai Mep, a estimé que les coûts logistiques restent élevés en raison de nombreux goulets d’étranglement liés aux infrastructures, aux frais et surtaxes, aux politiques, à la connectivité et aux technologies de l’information.

Les coûts logistiques résultent également de chaînes d’approvisionnement comportant trop d’intermédiaires, utilisant des moyens de transport traditionnelles gourmants en carburant et étant affectées par des goulets d’étranglement au niveau des infrastructures.

Construction d’un écosystème de chaîne logistique

Le marché vietnamien de la logistique représente actuellement environ 42 à 45 milliards de dollars par an, avec un potentiel de croissance de 16 à 18%. Compte tenu de la croissance des importations et des exportations de marchandises et du potentiel du Vietnam à s’imposer dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, la logistique devrait poursuivre son expansion et jouer un rôle crucial dans le renforcement de la compétitivité des produits vietnamiens.

Pour remédier aux goulets d’étranglement actuels, le gouvernement a mis en œuvre une série de solutions, allant de l’amélioration des politiques au renforcement des infrastructures, en passant par la garantie d’une connectivité synchrone au sein de chaque région et l’intégration au réseau multilatéral mondial des transports.

D’après Lê Quang Trung, la stratégie de développement logistique du Vietnam témoigne de la détermination du gouvernement à promouvoir la circulation des marchandises et à faciliter les activités d’import-export. Il a évoqué le développement des connexions ferroviaires intermodales avec la Chine et les politiques visant à substituer le transport routier par les voies maritimes et fluviales.

« À l’avenir, nous continuerons à promouvoir des processus de transport écologiques, en réduisant les délais, les coûts et le nombre d’intermédiaires, dans l’espoir de résoudre rapidement les problèmes logistiques des entreprises et de réduire les coûts logistiques conformément à la résolution n°20-NQ/TW, a-t-il déclaré.

Truong Tân Lôc, président du conseil de membres de la SARL du port international de Tân Cang-Cai Mep et vice-président de l’Association de la logistique et des ports de Hô Chi Minh-Ville, a déclaré que le système d’infrastructures interconnectées fait l’objet d’investissements importants, avec une meilleure connectivité entre les routes, les voies ferrées et les voies navigables.

Toutefois, il a prévenu que l’infrastructure physique ne résout qu’une moitié de l’équation. La transformation numérique, la connectivité des données et la simplification douanière et portuaire sont indispensables pour optimiser la chaîne logistique. Le Vietnam doit donc concevoir une planification logistique pragmatique, dictée par ses flux réels de marchandises et non par l’imitation de modèles étrangers.

Ce point de vue rejoint l’analyse d’Anthony Tay, cofondateur, formateur et consultant chez Cargonomics (Singapour). Selon lui, restructurer le réseau logistique ne se résume pas à déplacer des entrepôts, des plateformes de groupage (CFS) ou des dépôts (parcs à conteneurs vides) hors des zones urbaines. Si l’on se contente de déplacer les infrastructures sans s’attaquer aux goulots d’étranglement du réseau, on ne fait en réalité que déplacer la congestion d’un endroit à un autre.

« L’efficacité logistique doit être mesurée par la rapidité du flux de marchandises de bout en bout, la fiabilité et les coûts logistiques globaux, plutôt que de se limiter à la productivité des actifs individuels. La réduction des coûts logistiques exige d’abandonner l’optimisation par silo au profit d’une restructuration globale de la chaîne d’approvisionnement. Cette transformation passe par le regroupement des marchandises, l’intermodalité des transports, la transparence des données et l’alignement de toutes les entités autour d’un plan d’action unifié», a-t-il souligné.

Par conséquent, ramener les coûts logistiques à moins de 12% du PIB d’ici 2030, comme le stipule la résolution n°20-NQ/TW, ne se limite pas à une simple réduction des coûts de transport. Il s’agit d’un enjeu crucial : la restructuration de l’ensemble de la chaîne logistique, fondée sur la création d’un écosystème unifié et synchronisé où chaque maillon est étroitement interconnecté, facilitant ainsi la circulation fluide des marchandises des sites de production vers les ports et à l’international.

Le Vietnam possède de nombreux atouts, notamment des ports en eau profonde, un emplacement stratégique sur les routes maritimes internationales et un réseau de production en expansion. Ces conditions sont essentielles pour faire de l’économie maritime un puissant moteur de croissance à l’avenir.

Réduire les coûts à moins de 12% du PIB d’ici 2030 permettra non seulement de lever les obstacles logistiques, mais aussi de résoudre le problème de la compétitivité des entreprises, d’accroître les ressources et de renforcer la compétitivité des produits vietnamiens à l’échelle mondiale. – VNA

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