Hanoi (VNA) – Avec des infrastructures techniques obsolètes et des différences d’écartement de voies, le volume des marchandises exportées et importées par rail entre le Vietnam et les marchés voisins reste très faible au regard du commerce total. Selon les statistiques de 2025, au poste-frontière international de Dông Dang, le fret ferroviaire entre le Vietnam et la Chine ne représente qu’environ 5 % du volume total des échanges.
Investir dans la construction de nouvelles lignes ferroviaires à écartement standard entre les deux pays contribuera donc à réduire les coûts logistiques et à renforcer la compétitivité économique, tout en améliorant la connectivité et en promouvant le transport intermodal international via le réseau ferroviaire eurasiatique.
Freins à la circulation des marchandises
D’après l’Autorié des chemins de fer du Vietnam, le réseau national compte aujourd’hui sept lignes principales, dont deux assurent la connexion internationale avec la Chine et, via ce pays, avec des pays tiers (la Russie, la Mongolie, l’Asie centrale et l’Europe), à savoir la ligne Lào Cai–Hanoi–Hai Phong et la ligne Hanoi–Dông Dang.
Selon Nguyên Tiên Thinh, vice-directeur de l’Autorié des chemins de fer du Vietnam, le réseau ferroviaire vietnamien, construit à l’époque coloniale française (1901-1910), utilise un écartement étroit de 1 000 mm, avec des rayons de courbure réduits, des locomotives diesel et des vitesses faibles. Ces caractéristiques constituent autant de freins à l’efficacité du transport ferroviaire international entre le Vietnam et la Chine.
En Chine, l’écartement standard international de 1.435 mm est utilisé. Cette différence oblige à transborder les marchandises entre deux types de voies, ce qui accroît les délais et les coûts, et réduit l’attractivité du rail par rapport aux autres modes de transport. Ainsi, les marchandises transitant par la gare de Lào Cai doivent être transférées entre trains à écartement de 1.000 mm (Vietnam) et de 1.435 mm à Hekou (Chine).
Les marchandises en provenance du Sud du Vietnam ou de pays comme la Thaïlande ou le Laos, en transit vers la Chine via Dông Dang, doivent être transférées par camion vers la gare de Bang Tuong ou rechargées sur des trains à écartement standard dès la gare de Yên Viên. En raison de ces contraintes techniques et de l’inadéquation des infrastructures, la ligne ferroviaire interconnectée Vietnam–Chine ne traite qu’un volume limité de marchandises, bien en deçà de son potentiel.
Actuellement, le réseau de transport ferroviaire international du Vietnam s’organise autour de huit gares interconnectées : Lào Cai, Yên Viên, Hai Phong, Dông Dang, Giap Bat, Song Thân, Kep et Cao Xa. Elles constituent des nœuds reliant le réseau vietnamien à celui de la Chine et au système ferroviaire eurasiatique via 13 corridors de l’Organisation pour la coopération des chemins de fer (OSJD).
La connexion via la Chine demeure aujourd’hui la voie la plus efficace pour acheminer des marchandises vers ce pays et au-delà. Le réseau ferroviaire chinois, parmi les plus vastes et modernes au monde, dessert un marché de plus de 1,4 milliard d’habitants et affiche un volume d’échanges parmi les plus élevés. Grâce à cette interconnexion, les produits vietnamiens peuvent être acheminés vers l’Europe, l’Asie centrale, la Mongolie et la Russie.
Entre 2021 et 2025, le volume total de fret ferroviaire international transitant par les deux principaux postes-frontières (Lào Cai–Son Yêu et Dong Dang–Bang Tuong) a atteint environ 5,1 millions de tonnes ; en 2025, il s’est élevé à 1,12 million de tonnes, en hausse de 19% sur un an. La seule liaison Vietnam–Chine a transporté plus d’un million de tonnes en 2025, soit une progression de près de 30%, confirmant une tendance croissante au recours au rail.
Selon Nguyên Tiên Thinh, le transport ferroviaire international est devenu un canal logistique stratégique, permettant de réduire les coûts, d’améliorer les capacités de dédouanement et de connecter directement les marchandises vietnamiennes aux marchés chinois, eurasiatique et européen.
Vers l’achèvement des corridors de transport internationaux
Selon le plan de développement du réseau ferroviaire pour la période 2021-2030, avec une vision à l’horizon 2050, le Vietnam prévoit de renforcer sa connexion eurasiatique via la Chine à travers trois axes : Lào Cai–Hanoi–Hai Phong, Hanoi–Dông Dang et Hai Phong–Ha Long–Mong Cai.
La ligne Lào Cai–Hanoi–Hai Phong, longue d’environ 391 km, représente un investissement de plus de 203.000 milliards de dôngs. La première composante de ce projet, dont les travaux sont financés par les capitaux domestiques, a été mise en chantier le 19 décembre 2025.
Les lignes Hanoi-Dông Dang et Hai Phong–Ha Long–Mong Cai, dont le gouvernement chinois fournit une assistance technique pour l’élaboration de plans détaillés à partir de septembre 2025, devraient finaliser leurs plans dans le courant 2026.
«Ces lignes ferroviaires feront l’objet d’études d’investissement avant 2030. Elles seront toutes à écartement de 1.435 mm et électrifiées afin d’être synchronisées avec les réseaux ferroviaires chinois et européen. L’interconnexion du réseau ferroviaire international via la Chine est actuellement le moyen le plus pratique d’acheminer des marchandises vers la Chine et peut faciliter le transport vers les pays d’Europe, d’Asie centrale, la Mongolie et la Russie», a souligné Nguyên Tiên Thinh.
Le responsable a estimé que la promotion du transport ferroviaire intermodal comme canal logistique stratégique permettra de maximiser les avantages de cet excellent mode de transport low cost de gros volumes de marchandises, sûr et économe en combustible, économique en coût logistique.
L’«épine dorsale» des corridors de transport internationaux
Le vice-ministre de la Construction Nguyên Danh Huy a souligné que son ministère prépare l’investissement dans des lignes stratégiques reliant directement la Chine, tout en modernisant les infrastructures existantes pour les transformer en centres logistiques et en gares de fret international.
Les nouvelles lignes Hanoi–Dông Dang (156 km) et Hai Phong–Ha Long–Mong Cai (187 km) seront construites selon l’écartement standard de 1.435 mm, électrifiées, avec des vitesses prévues de 160 km/h pour les passagers et 120 km/h pour le fret.
Parallèlement à cela, le secteur ferroviaire développe progressivement des mécanismes de transport multimodal, renforçant les connexions avec les ports maritimes, les ports secs (ICD), le réseau routier et les zones industrielles, afin de constituer une chaîne logistique intégrée de la production à l’exportation.
Le Vietnam poursuit également sa coopération avec les pays de la région et les organisations internationales, notamment dans le cadre l’Organisation pour la coopération des chemins de fer (OSJD), afin de renforcer son intégration au réseau ferroviaire eurasiatique, a souligné le vice-ministre Nguyên Danh Huy
À l’avenir, le pays étudie de nouvelles solutions pour connecter son réseau national aux corridors internationaux, afin de valoriser sa position géoéconomique, réduire les coûts logistiques et améliorer la compétitivité de son économie. – VNA