Hanoi (VNA) - La compétitivité du tourisme balnéaire ne se mesure plus à la seule beauté de ses plages ni au volume annuel de ses visiteurs. Si ces critères ont longtemps constitué la norme, ils ne représentent désormais que des conditions initiales face à un marché mondial de plus en plus concurrentiel.
La véritable valeur ajoutée réside aujourd’hui dans la capacité à transformer les paysages naturels en expériences uniques, capables de prolonger le séjour des voyageurs tout en garantissant des moyens de subsistance durables pour les communautés locales.
Pour le Vietnam, l’enjeu est de taille : le pays dispose d’une opportunité majeure pour délaisser son modèle de développement extensif au profit d’une économie de l’expérience maritime haut de gamme, compétitive à l’échelle internationale.
Le littoral vietnamien se trouve à la croisée des chemins. Le secteur touristique du pays est entré dans un nouveau cycle de croissance vigoureux après la pandémie de Covid-19, porté par des résultats records.
En 2025, le Vietnam a accueilli près de 21,2 millions de visiteurs internationaux, soit une progression de 20,4 % sur un an, dépassant ainsi les niveaux d’avant-crise de 2019. Le tourisme domestique a quant à lui atteint 137 millions de voyageurs, générant des recettes globales estimées à environ 1.000.000 milliards de dôngs.
Si ces indicateurs témoignent de l’attractivité croissante de la destination, ce boom touristique place le modèle vietnamien face à un défi stratégique : le pays doit-il continuer à miser sur une course aux volumes ou opérer un virage qualitatif axé sur la valeur ajoutée ?
C’est un tournant stratégique majeur pour le tourisme balnéaire vietnamien : la logique pure d’« exploitation maritime » cède désormais la place à une « valorisation commerciale de l’écosystème marin ».
Cette transition s’inscrit directement dans la nouvelle feuille de route fixée par la résolution n°26-NQ/TW du 22 août 2026 du Politburo, visant à propulser le tourisme au rang de secteur économique de pointe dans la nouvelle période.
Le texte consacre le passage d’un tourisme de masse à un tourisme de qualité, où l’identité culturelle et la valeur de l’expérience vécue deviennent les principaux leviers de compétitivité. L’objectif final est de transformer l’activité touristique en un écosystème économique à forte valeur ajoutée.
D’atouts naturels aux avantages concurrentiels
Le tourisme maritime et côtier s’est imposé comme l’un des principaux moteurs de l’économie touristique mondiale, selon les dernières données du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC).
En 2023, ce secteur a généré directement 1.500 milliards de dollars de PIB mondial et soutenu 52 millions d’emplois à travers le globe, ce qui représente environ la moitié des dépenses touristiques totales.
Ces indicateurs démontrent que l’espace maritime dépasse largement le simple statut de « ressource touristique ». Il constitue désormais le pilier d’un vaste écosystème économique interconnecté où convergent l’hébergement, les transports, l’aérien, la gastronomie, le commerce de détail, les loisirs, le sport et le bien-être. Ce réseau de valeur intègre également les industries culturelles, les technologies numériques ainsi que les services financiers.
La massification de l’activité touristique rebat les cartes de la compétitivité territoriale. Alors que les collectivités mesuraient autrefois leur succès à l’aune de millions de visiteurs, de chambres d’hôtel ou de kilomètres de littoral exploités, l’heure est à un changement de paradigme.
Désormais, ces indicateurs quantitatifs doivent s’effacer — ou du moins s’articuler — face à de nouveaux critères d’évaluation : la durée de séjour, le panier moyen, le taux de fidélisation, mais aussi le taux de rétention de la richesse locale par rapport aux fuites financières générées par l’achat de biens et services extérieurs.
Autrement dit, un million de touristes de passage ne génèrent pas nécessairement plus de retombées qu’un groupe plus restreint, mais séjournant plus longtemps, consommant des prestations haut de gamme et s’inscrivant dans une démarche d’immersion culturelle. Le secteur s’oriente ainsi d’un tourism volume (tourisme de masse) vers un tourism value (tourisme à haute valeur ajoutée).
Pour le Vietnam, la transition vers un tourisme qualitatif représente un enjeu crucial. Après des années d’une croissance spectaculaire du nombre de visiteurs, le secteur est aujourd’hui confronté au défi de la qualité.
Une fréquentation de masse, si elle se concentre sur quelques sites saturés, se traduit souvent par des séjours courts, des dépenses limitées aux services de base et une forte pression sur les infrastructures et l’environnement. Dans cette configuration, la hausse du volume de touristes ne génère plus de réelle valeur ajoutée.
À l’inverse, prolonger la durée des séjours d’une ou deux nuits — grâce à une offre axée sur les sports nautiques, le bien-être ou la gastronomie — permet de démultiplier les retombées économiques sans nécessairement accroître le flux de visiteurs.
C’est pourquoi la planification et la gestion futures du tourisme balnéaire vietnamien doivent intégrer de nouveaux indicateurs clés. Au-delà des simples chiffres de fréquentation, l’accent devra désormais être mis sur la durée du séjour, le niveau des dépenses, le taux de fidélisation et la part de la valeur économique réellement conservée par les territoires locaux.
La résolution 26-NQ/TW consacre cette orientation en plaidant pour l’attraction d’une clientèle à fort pouvoir d’achat et aux séjours prolongés, afin d’accroître les retombées par visiteur. En matière de tourisme balnéaire, ce tournant redéfinit les critères de performance : il ne s’agit plus seulement de comptabiliser les arrivées, mais de mesurer la valeur générée par chaque touriste et la part retenue par l’économie locale.
En 2025, le Vietnam a accueilli environ 273.900 touristes internationaux par voie maritime, soit 1,3 % du total des arrivées étrangères. Ce chiffre témoigne d’un potentiel considérable pour la croisière et les activités en mer, à condition de moderniser les infrastructures (terminaques passagers, marinas, logistique) et l’offre d’expériences sur place.
Dans cette optique, promouvoir le littoral ne doit plus consister à demander « combien de chambres d’hôtel supplémentaires peut-on bâtir ? », mais « quelle valeur ajoutée peut-on extraire d’une même unité de ressource ? ». C’est précisément ainsi qu’un avantage géographique se transforme en avantage concurrentiel.
Espace marin, espace dédié à l’économie de l’expérience
L’un des principaux freins au développement du tourisme balnéaire au Vietnam réside dans l’ultra-dépendance de nombreuses destinations envers un modèle unique : le triptyque « hôtel-plage-baignade ». Si cette formule s’est avérée particulièrement efficace aux prémices du secteur, l’uniformisation des sites émousse aujourd’hui leur compétitivité. Désormais, les voyageurs boudent les propositions standardisées au profit d’un critère plus difficile à répliquer : l’expérience globale.
Pourtant, le littoral vietnamien dispose d’un potentiel de diversification massif. Une multitude de niches reste à exploiter : croisières et plaisance, plongée sous-marine, pêche récréative, sports nautiques, écotourisme, séjours bien-être (wellness), tourisme scientifique, immersion dans les communautés de pêcheurs, mais aussi tourisme d’affaires (MICE), gastronomie, festivals et économie nocturne. Chacun de ces segments draine sa propre chaîne de valeur et cible des profils de voyageurs distincts, la valeur ajoutée reposant ici sur la « densité » des expériences proposées.
Cette mutation exige une convergence stricte entre aménagement du territoire maritime et planification touristique. Le plan de développement du système touristique pour la période 2021-2030, avec une vision à l’horizon 2045, structure désormais l’espace par régions, pôles de croissance, corridors et hubs stratégiques. Ce cadre réglementaire marque un tournant, actant le passage d’un développement par sites isolés à une mise en réseau des expériences territoriales.
Dès lors, l’aménagement du tourisme côtier devient indissociable de la planification maritime nationale et de l’ambition du Vietnam de s’affirmer comme une puissance maritime majeure. Les zones touristiques doivent être intégrées de manière synchronisée avec les infrastructures de transport, les ports, l’urbanisme côtier, la préservation des écosystèmes, l’énergie et la logistique, afin de structurer des espaces de développement polyvalents mais strictement régulés.
Culture maritime, capital de marque unique
Le Vietnam possède un atout que les nouvelles destinations balnéaires émergentes ne pourront jamais s’offrir, même à coups de milliards : sa culture maritime. Villages de pêcheurs centenaires, festivals Câu Ngu (culte de la baleine), croyances côtières ancestrales, chantiers navals traditionnels ou encore secrets de fabrication du nuoc mam constituent un patrimoine vivant unique. De l’élevage de perles à la pêche aux calmars, en passant par l’architecture littorale et les récits historiques insulaires, ces valeurs traversent les générations. Pourtant, elles restent largement sous-exploitées par l’industrie touristique locale.
Si une plage paradisiaque et ses complexes hôteliers cinq étoiles peuvent être dupliqués n’importe où dans le monde, l’âme d’une communauté maritime échappe à toute copie. L’histoire d’un village de pêcheurs, l’authenticité d’un plat né de la mer ou la ferveur d’une fête locale forment une identité unique. Pour le tourisme vietnamien, cette culture n’est pas seulement un héritage : c’est un capital de marque unique au monde.
Aujourd’hui, l’exploitation du patrimoine culturel souffre d’une limite majeure : elle se cantonne trop souvent à la simple "exposition". Le visiteur écoute l’histoire d’un village artisanal sans jamais manipuler la matière, observe un plat traditionnel sans en apprendre les secrets de fabrication, ou découvre la vie des pêcheurs sans jamais quitter le quai.
Face à ce constat, l’économie de l’expérience impose un changement radical de paradigme. Il ne s’agit plus de regarder, mais de vivre : tirer les filets avec les marins à l’aube, s’initier à la fabrication du nuoc-mâm, cuisiner les produits de la mer, naviguer en bateau-panier ou partager le dîner d’une famille côtière. L’immersion se veut aussi éco-citoyenne, à travers la restauration des récifs coralliens ou la replantation de la mangrove. Sous cet angle, la culture cesse d’être un simple agrément ou un "supplément d’âme" pour l’industrie touristique. Elle devient, en soi, le produit.
Stratégie pour le tourisme côtier et marin
Le tourisme vietnamien amorce un tournant majeur. Si les perspectives de croissance rapide sont bien réelles, le véritable défi ne réside plus dans la simple course aux volumes. L’avenir du secteur se joue désormais sur une montée en gamme globale : optimisation de la dépense par visiteur, valorisation durable du littoral et des îles, et excellence de l’expérience client.
Selon les experts, l’avenir du tourisme au Vietnam repose sur une feuille de route stratégique déclinée en neuf axes majeurs. Il s’agit de privilégier la valeur au volume, de réinventer le littoral, de cibler le haut de gamme, de valoriser le patrimoine, de piloter par la data, de parier sur la durabilité, de former l’avenir, de rayonner à l’international, et d’intégrer une vision globale.
Le tourisme maritime ne doit plus être appréhendé comme une simple activité de services déconnectée, mais s’imposer comme le pilier central d’un écosystème maritime national puissant. Cette mutation exige une intégration profonde du secteur avec les filières stratégiques de l’économie bleue, permettant de diffuser les retombées touristiques vers l’ensemble du tissu économique, créant ainsi une chaîne de valeur maritime densifiée.
L’objectif affiché est d’opérer un changement de paradigme majeur : passer d’une simple logique « d’accueil des visiteurs » à une véritable stratégie de « création de valeur ». Une transition jugée indispensable pour transformer les atouts naturels du littoral, des îles et de la biodiversité marine en un levier de compétitivité économique durable pour le Vietnam. – VNA