Hanoi (VNA) – Selon une étude publiée en 2026 par l’Organisation internationale du travail (OIT), près de 11,5 millions de travailleurs au Vietnam – soit environ un actif sur cinq – exercent des métiers dont certaines tâches pourraient être impactées par l’intelligence artificielle générative (IA générative).
Au Vietnam, les femmes se retrouvent en première ligne face à l’essor de l’intelligence artificielle générative, occupant des emplois nettement plus exposés que ceux de leurs homologues masculins. Dès lors, la véritable question n’est plus de savoir si l’IA va détruire ces postes, mais plutôt de déterminer si les femmes auront un accès équitable aux nouvelles compétences et aux opportunités inédites créées par cette révolution technologique.
Selon une étude publiée en 2026 par l’Organisation internationale du Travail (OIT), environ 11,5 millions de travailleurs au Vietnam, soit près d’un sur cinq, occupent des emplois dont certaines tâches pourraient être affectées par l’intelligence artificielle générative. Le taux d’exposition s’avère plus élevé chez les femmes (24,1%) que chez les hommes (17,8%).
Loin d’être une exception vietnamienne, cette tendance s’observe à l’échelle mondiale. Dans 84 pays couverts par l’étude de l’OIT, les professions majoritairement occupées par des femmes sont près de deux fois plus exposées à l’impact de l’IA générative que les métiers à prédominance masculine.
Cette situation découle notamment d’une forte concentration des femmes dans les métiers du secrétariat, de l’administration et du support commercial. Ce sont précisément des domaines où l’intelligence artificielle s’impose avec facilité, qu’il s’agisse de rédiger des documents, de répondre aux clients ou de traiter les dossiers courants.
À première vue, cela peut sembler alarmante pour les femmes. Pourtant, selon la chercheuse Vo Thi Hông Diêm, enseignante en économie numérique à l’Université RMIT Vietnam, l’exposition à l’intelligence artificielle générative n’est pas nécessairement synonyme de remplacement automatique.
« L’impact de l’IA générative se fait d’abord ressentir au niveau des tâches, et non des emplois eux-mêmes. Un employé administratif peut ainsi s’appuyer sur cette technologie pour rédiger ses courriels ou synthétiser des réunions. Pour autant, son rôle reste indispensable : c’est à lui qu’il incombe toujours de décoder le contexte, de communiquer et d’assumer ses responsabilités», explique-t-elle.
« Alors que l’IA générative stimule la productivité, une question essentielle demeure : qui aura les compétences requises pour prendre en charge des tâches à plus forte valeur ajoutée à mesure que les tâches évoluent ? »
Pour de nombreuses femmes, l’impact global de l’intelligence artificielle sur leur avenir professionnel l’emporte sur la simple automatisation de leurs tâches quotidiennes. En effet, alors qu’elles figurent en première ligne des travailleuses dont le quotidien sera profondément transformé par les outils d’IA, elles restent largement sous-représentées dans les postes clés liés à la conception, au déploiement et à la gestion de ces technologies.
« Faute d’une action volontariste, les femmes risquent de subir les bouleversements de l’intelligence artificielle sans profiter équitablement des opportunités qu’elle génère », a mis en garde la chercheuse.
Du clic à l’IA : la nouvelle échelle de l’emploi
Le programme de développement de l’économie et de la société numériques du Vietnam pour la période 2026-2030, officiellement publié en juin 2026, s’impose comme un levier stratégique pour réduire les inégalités d’accès aux opportunités technologiques. Approuvé par le Premier ministre, ce plan d’envergure nationale s’est fixé deux grands caps chiffrés : former au moins 10 millions d’actifs aux compétences numériques fondamentales et accompagner la transformation numérique d’au moins 500.000 petites et moyennes entreprises (PME).
Mais la simple maîtrise du numérique n’est qu’un point de départ. Selon la Dr Vo Thi Hông Diêm, les travailleurs doivent également savoir discerner quand faire confiance aux résultats générés par l’IA, comment les vérifier, comment protéger les données confidentielles, et à quel moment l’intervention humaine reste indispensable pour assumer la responsabilité de la décision finale.
Pour les femmes en particulier, l’accès à ces compétences pourrait de plus en plus déterminer les opportunités de carrière dans des environnements de travail désormais propulsés par l’intelligence artificielle. Cela est important, car l’OIT continue de constater au Vietnam une ségrégation professionnelle, des écarts de rémunération ainsi que des freins à la progression de carrière des femmes.
« Une plus grande exposition des femmes à l’IA générative n’est ni systématiquement une mauvaise nouvelle, ni nécessairement une opportunité. L’issue dépendra de la manière dont les entreprises repenseront les postes de travail, élargiront l’accès aux outils d’IA et à la formation, partageront les gains de productivité et accompagneront les travailleurs face à l’évolution de leurs rôles », a souligné la chercheuse.
« L’objectif ne devrait pas se résumer à une adoption plus rapide de l’intelligence artificielle, mais bien à transformer l’exposition en compétence, et la compétence en meilleures opportunités. Pour le Vietnam, la véritable question n’est donc pas de savoir si l’IA va détruire les emplois des femmes, mais plutôt si celles-ci auront une égale opportunité de façonner et de tirer profit des métiers transformés par l’IA?».
Comment permettre aux femmes de dépasser le statut de simples utilisatrices de l’IA pour devenir des devenir des actrices clés de cette révolution, capables de participer activement à la création de valeur à partir de cette technologie? Cette problématique cruciale a été au cœur des débats du récent forum « Les femmes à l’ère de l’intelligence artificielle », organisé à Hanoi par l’Académie des femmes du Vietnam.
S’appuyant sur des études de cas concrètes et des échanges directs avec les étudiants, ce séminaire a délivré un message limpide : si l’intelligence artificielle bouleverse nos codes de manière inédite, c’est la manière dont chacun s’approprie et maîtrise cette technologie qui déterminera sa capacité à transformer ces mutations en opportunités académiques et professionnelles.
Pour les étudiantes, le fait de s’équiper proactivement de connaissances, de compétences numériques, d’esprit critique et de confiance en soi constitue le véritable tremplin pour s’imposer dans l’écosystème technologique — non plus seulement comme de simples utilisatrices, mais comme de véritables créatrices de valeur. – VNA