📝Édito : Vers un écosystème idéologique numérique : anticiper pour préserver la maîtrise du récit

Face à l’explosion des fausses informations, des contenus manipulés et des technologies d’intelligence artificielle sur les réseaux sociaux, le travail idéologique est appelé à évoluer en profondeur. L’enjeu n’est plus seulement de réagir, mais de détecter, analyser et orienter l’information dès les premiers signaux afin de préserver l’initiative sur l’espace numérique.

Un clip de sensibilisation réalisé à l’aide de l’IA par la police de la commune de Bô Trach (Quang Tri) afin de mettre en garde contre la criminalité. Photo : VNA
Un clip de sensibilisation réalisé à l’aide de l’IA par la police de la commune de Bô Trach (Quang Tri) afin de mettre en garde contre la criminalité. Photo : VNA

Hanoï (VNA) – Chaque jour, des millions d’informations, de vidéos et d’images déferlent sur les réseaux numériques, influençant directement les perceptions et l’opinion publique. Si les contenus positifs se diffusent rapidement, les fausses informations, les récits déformés et les manipulations historiques gagnent eux aussi du terrain, souvent sous des formes de plus en plus difficiles à détecter.

Pourtant, dans de nombreux secteurs, le travail idéologique demeure largement réactif : on attend encore que les crises éclatent avant d’intervenir, tandis que les données restent fragmentées et que les réponses peinent à suivre le rythme fulgurant des réseaux sociaux. Cette réalité met en évidence l’urgence de construire un « écosystème idéologique numérique ».

Le principal défi auquel se heurte aujourd’hui le travail idéologique du Parti dans le contexte de la transformation numérique n’est ni le manque de ressources humaines ni l’absence de détermination, mais bien le manque de connectivité. Chaque organisme dispose encore de son propre système de données et de sa propre plateforme. Dans de nombreuses localités et institutions, les informations continuent d’être traitées de manière manuelle, sans véritable interconnexion. Ainsi, lorsqu’une affaire sensible éclate sur les réseaux sociaux, l’information circule déjà depuis plusieurs heures, voire plusieurs jours, alors que les autorités compétentes en sont encore à consolider leurs rapports selon des procédures traditionnelles.

vnanet-2.jpg
Le 30 août 2025, la police de la commune de Ky Anh (province de Ha Tinh) a annoncé avoir infligé une sanction administrative à H.V.D (né en 1971) pour diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux. Photo : VNA


Dans l’univers numérique, quelques heures de retard suffisent parfois à perdre la maîtrise du récit.

Aujourd’hui, l’espace numérique ne constitue plus seulement un lieu d’échange, de divertissement ou d’activités économiques. Il est devenu un véritable front idéologique. Les contenus mensongers et déformants gagnent en sophistication et se dissimulent souvent derrière des appellations telles que « point de vue alternatif », « analyse multidimensionnelle » ou encore « approche humaniste » et « meilleure compréhension de l’histoire ».

Plus préoccupant encore, une forme de « révisionnisme historique feutré » cherche à influencer progressivement les perceptions collectives à travers les vidéos courtes, les podcasts, les films ou d’autres contenus diffusés sur les réseaux sociaux.

Le danger réside dans le fait que ces contenus ne nient pas directement l’histoire, mais agissent sur les émotions afin d’orienter progressivement les perceptions. Concernant, par exemple, la victoire du 30 avril 1975, jalon glorieux de l’histoire vietnamienne ayant marqué la libération complète du pays, la fin du colonialisme et du régime fantoche, ainsi que la réunification nationale après des années de division, certaines forces hostiles tentent de dissocier les souffrances individuelles du contexte historique national afin de brouiller délibérément la frontière entre justice et injustice.

Grâce à l’intelligence artificielle et aux technologies de deepfake, certains contenus manipulent les archives, détournent les images et brouillent volontairement la frontière entre vérité et falsification. Sans une solide base de compréhension, le public peut être influencé progressivement, parfois sans même s’en rendre compte.

Autrefois cantonnés à quelques sites Internet marginaux, les contenus malveillants peuvent aujourd’hui atteindre des millions de personnes en quelques dizaines de secondes sur TikTok, Facebook ou YouTube. Pourtant, les méthodes traditionnelles restent essentiellement réactives : détection tardive, traitement a posteriori et réfutation lorsque l’information s’est déjà largement propagée. Cette situation place de nombreux organismes dans une posture passive, contraints de suivre les événements au lieu de les anticiper.

Selon des données récemment publiées par la Commission centrale de la sensibilisation, de l’éducation et de la mobilisation des masses, le volume des informations toxiques diffusées dans l’espace numérique connaît une véritable explosion. Pour la seule période 2025-2026, le nombre de contenus nuisibles recensés a augmenté de plus de 300 %, dont plus de 70 % visaient directement les fondements idéologiques du Parti.

Le Rapport mondial sur les risques 2026 du Forum économique mondial classe également la désinformation et la manipulation de l’information parmi les principaux risques à court terme. L’essor de l’intelligence artificielle générative et des technologies de deepfake rend par ailleurs cette « guerre cognitive » plus sophistiquée que jamais.

Le temps où le travail idéologique pouvait intervenir après coup est désormais révolu.

L’exigence actuelle consiste à passer résolument d’une logique de réaction à une approche fondée sur la détection précoce, l’analyse précoce et l’orientation précoce. L’objectif fixé à l’horizon 2030 est de garantir que « 100 % des grandes orientations soient identifiées, expliquées, orientées et traitées de manière anticipée », avec un temps de réaction inférieur à deux heures face aux contenus nuisibles graves au sein du système de sensibilisation et de mobilisation des masses.

Pour atteindre cet objectif, il est essentiel de mettre en place un écosystème idéologique numérique unifié, fondé sur l’interconnexion des données dans l’ensemble du système. Une fois les données synchronisées, les centres de pilotage pourront suivre l’évolution de l’opinion publique en temps réel, détecter rapidement les signaux inhabituels et identifier les campagnes médiatiques présentant des signes de manipulation ou de désinformation afin d’orienter rapidement la communication.

C’est dans cette perspective que le Vietnam ambitionne, d’ici 2030, d’achever la mise en place d’un écosystème numérique unifié pour le travail idéologique au sein de tout le Parti, avec la création d’un Centre central de pilotage de l’information idéologique avant 2028.

Dans cet écosystème, l’intelligence artificielle ne remplace pas l’être humain dans le travail idéologique, mais l’aide à traiter un volume colossal de données impossible à gérer manuellement. Sans soutien technologique, il devient extrêmement difficile de détecter suffisamment tôt les tendances dangereuses qui se propagent discrètement.

Ainsi, l’objectif consistant à « utiliser l’IA contre l’IA » et à maîtriser au moins cinq plateformes ou outils d’intelligence artificielle « Made in Vietnam » au service du travail idéologique d’ici 2030 apparaît aujourd’hui comme une nécessité stratégique.

Mais cet écosystème numérique ne doit pas seulement servir à contrer les contenus toxiques ; il doit aussi devenir un espace de création et de diffusion de récits positifs.

De nombreux contenus historiques racontés avec un langage moderne, accessible et émotionnel rencontrent aujourd’hui un fort écho auprès du public. Films, projets d’animation ou produits numériques consacrés à l’histoire attirent de larges audiences et sont massivement partagés sur les réseaux sociaux.

Cela montre que, si les technologies et les plateformes numériques sont correctement exploitées, le travail idéologique peut pleinement se rapprocher des utilisateurs des réseaux sociaux.

Construire un écosystème idéologique numérique ne signifie donc pas seulement investir dans des logiciels ou des équipements supplémentaires. L’essentiel est de créer un espace médiatique suffisamment rapide, attractif et compétitif face au flot d’informations hétérogènes circulant sur les réseaux sociaux.

Un bon article diffusé trop tard perd souvent son efficacité. Une information exacte mais présentée de manière rigide peine à se propager. À l’inverse, une vidéo de désinformation conçue de manière dynamique et jouant fortement sur les émotions peut devenir virale en très peu de temps.

Construire un écosystème idéologique numérique implique ainsi un changement profond de la pensée communicationnelle : il ne suffit plus d’être exact, il faut aussi être rapide ; il ne suffit plus d’être juste, il faut également être accessible, proche du public et adapté aux habitudes de consommation de l’information dans la société numérique.

Plus important encore, cet écosystème doit favoriser l’interconnexion et la coordination, au lieu du fonctionnement dispersé où chacun agit isolément.

L’espace numérique fonctionne en temps réel. Le travail idéologique doit désormais évoluer au même rythme.

Dans un espace numérique régi par l’instantanéité, préserver les fondements idéologiques ne relève plus seulement du discours, mais de la capacité à être présent, crédible et réactif en temps réel. Plus que jamais, le travail idéologique doit apprendre à anticiper plutôt qu’à subir.- VNA

source

Voir plus

Photo d'illustration : VietnamPlus

📝 Édito: Protection du droit d’auteur : fondement du développement d’une société de droit à l’ère numérique

À l’heure où l’économie numérique s’impose comme un moteur essentiel de croissance, la protection du droit d’auteur devient un enjeu stratégique pour le Vietnam. Au-delà de la défense des créateurs, elle constitue un levier fondamental pour stimuler l’innovation, renforcer la confiance juridique et bâtir une société numérique durable.

Des journalistes couvrant l’épidémie de Covid-19 à Da Nang. Photo: VNA

📝 Édito: Les appréciations erronées et biaisées de RSF sur la liberté de la presse au Vietnam

Le rapport 2026 de Reporters sans frontières classant le Vietnam au 174e rang mondial en matière de liberté de la presse continue de susciter des réactions critiques. Le Vietnam dénonce des évaluations jugées peu objectives, fondées sur des critères biaisés et des informations insuffisamment vérifiées, ne reflétant pas la réalité d’un paysage médiatique vietnamien en pleine modernisation et fortement impliqué dans la vie sociale du pays.

Le pont Tran Hung Dao figure parmi les sept ponts enjambant le fleuve Rouge dont la construction a été lancée en 2025. Photo: VNA

📝 Édito: La reconstruction urbaine ne doit pas être freinée par les discours déformés

À Hanoï comme dans de nombreuses grandes villes vietnamiennes, les projets d’infrastructures stratégiques accélèrent la transformation urbaine et renforcent les perspectives de croissance. Malgré certaines informations déformées circulant sur les réseaux sociaux autour des opérations de libération des terrains, la réalité montre une large adhésion de la population, favorisée par des politiques transparentes de compensation et de relogement ainsi qu’une forte mobilisation des autorités locales.

Le secrétaire général du Parti Tô Lâm préside une réunion permanente du Comité directeur central de lutte contre la corruption, le gaspillage et les phénomènes négatifs. Photo : VNA

📝 Édito : Contrôler le pouvoir pour prévenir la corruption à la racine

Après deux décennies de lutte acharnée contre la corruption, le gaspillage et les dérives, le Vietnam entre dans une nouvelle phase marquée non seulement par la fermeté des sanctions, mais aussi par une volonté accrue de prévenir les abus à la racine, de contrôler plus strictement le pouvoir et de créer un environnement favorable à l’innovation, afin de soutenir une croissance rapide et durable du pays.

Le droit à la liberté de croyance et de religion est respecté et garanti de manière constante grâce à un cadre juridique toujours plus performant. Photo: VNA

📝 Édito: La liberté de croyance et de religion au Vietnam ne saurait être bafouée

Le respect des droits de l’homme en général, et de la liberté de croyance et de religion en particulier, a toujours constitué une politique constante du Parti et de l’État vietnamien. Ce principe a été inscrit dans la première Constitution du pays en 1946, deux ans avant l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies (DUDH) en décembre 1948

Le fruit du dragon de Cho Gao, dans la province de Dong Thap, bénéficie d'une protection collective de marque accordée par l'Office de la propriété intellectuelle. Photo : VNA

📝 Édito: La propriété intellectuelle au service d’une croissance fondée sur l’innovation

Pour le Vietnam, le renforcement de la protection et de l’application des droits de propriété intellectuelle ne répond pas seulement aux exigences de l’intégration économique internationale, mais constitue également une condition essentielle pour transformer les connaissances en ressources de développement et concrétiser les orientations de la Résolution 57 du Bureau politique sur les percées dans le développement de la science, de la technologie, de l’innovation et de la transformation numérique nationale.

Des médecins du poste de santé communal de Hung Phuoc examinent des enfants. Photo: VNA

📝 Édito: La résolution sur la réforme de la santé face à la désinformation

La résolution 72 sur le renforcement de la protection et des soins de santé au Vietnam, prévoit notamment des dépistages médicaux gratuits et une extension progressive de la gratuité des soins de base. Mais ces orientations font aussi l’objet de campagnes de désinformation et de critiques relayées sur les réseaux sociaux.

Manuel de lutte contre les fausses informations en ligne. Photo: VNA

📝Édito : Ne laissez pas les fausses nouvelles manipuler la confiance et la stabilité sociale

Ces derniers temps, de nombreuses rumeurs infondées concernant la santé ou la vie privée des dirigeants et anciens dirigeants du Parti et de l'État, ainsi que des spéculations sur l’organisation du système politique ou la modification de politiques, ont été délibérément propagées. Ces actes ne sont pas de simples erreurs d'appréciation, mais constituent une véritable attaque contre la confiance sociale.

Une agente de santé effectue un examen médical à domicile sur une minoritaire ethnique. Photo : VNA

📝Édito : Les droits de l'homme ne doivent pas être abusés

À travers différentes périodes historiques, de la lutte pour la libération nationale à l’édification et à la défense nationales, le point de vue constant du Parti et de l’État vietnamiens a été de placer le peuple au centre de toutes les politiques de développement. Plus de 40 ans de Renouveau ont apporté la preuve tangible et convaincante que le Vietnam, autrefois un pays pauvre ravagé par la guerre, est devenu un pays à revenu intermédiaire connaissant une croissance économique stable et une amélioration constante du niveau de vie.

Des habitants de l’ethnie Dao du hameau de Nà Trang, commune d’An Lạc, province de Bac Ninh (Nord), participent avec enthousiasme au vote. Photo : VNA

📝Édito: Démocratie consolidée, nouvel élan de développement

Les élections des députés de l’Assemblée nationale de la 16ᵉ législature et des Conseils populaires à tous les niveaux pour le mandat 2026-2031, organisées le 15 mars 2026, se sont déroulées avec un grand succès. Elles ont constitué une véritable fête de tout le peuple, garantissant démocratie, égalité, respect de la loi, sécurité, économie et efficacité.

À Hanoï, l’électrice centenaire (101 ans) Doàn Thi Thuan vote au bureau de vote de l’école primaire Phan Chu Trinh, secteur n°8, quartier de Ba Dinh. Photo : VNA

📝Édito : Des tactiques de manipulation des résultats des élections vietnamiennes révélées

Bien que la résolution relative aux résultats des élections de la 16e AN et à la liste des députés élus ait été officiellement annoncée le 21 mars après-midi, des éléments hostiles avaient déjà préparé des articles à l'avance, avant même que les électeurs ne se rendent aux urnes le 15 mars, utilisant des termes tels que « injuste », « antidémocratique » et « manque de transparence ».

Habitants de l’ethnie Dao du hameau de Nà Trang, commune d’An Lac, se rendant aux urnes. Photo : VNA

📝Édito: Élections législatives : responsabilité et confiance

Des régions montagneuses et frontalières jusqu’aux îles éloignées, des centres urbains aux villages les plus reculés, les images d’électeurs se rendant aux urnes dans une atmosphère enthousiaste ont offert une illustration saisissante de la souveraineté populaire.