Une exposition sur la calligraphie a été inaugurée le 20 novembre par le Centre des activités culturelles et scientifiques de Van Mieu - Quoc Tu Giam, une activité en l’honneur de la Journée des enseignants du Vietnam (20 novembre) et de la Journée du patrimoine culturel du Vietnam (le 23 novembre). La centaine de calligraphies en hán (écriture chinoise), nôm (écriture démotique sino-vietnamienne) et quốc ngữ (écriture vietnamienne latinisée) loue la tradition de respect du maître, celle de sélection des personnes les plus talentueuses, mais aussi la beauté paisible des sites historiques, les valeurs de paix et de stabilité chez les anciens lettrés,…
L’exposition attire de nombreux visiteurs appréciant la calligraphie. Outre l’admiration des œuvres déjà peintes, il est possible aussi d’apprécier des démonstrations de calligraphie. Cette manifestation constitue une activité visant à honorer la beauté de la culture traditionnelle de la nation à travers l'art de la calligraphie, contribuant à préserver et promouvoir la quintessence de la culture nationale, de Hanoï en particulier. L’esthétique d’une écriture peut donner envie de lire une lettre, ou au contraire repousser tout désir de lecture. La calligraphie fait partie donc du message, prépare à sa réception, et crée ainsi un climat esthétique et intellectuel. Cet art de bien former les caractères d’écriture manuscrite, héritage d’une longue histoire, se retrouve dans divers pays, diverses cultures.
Importée de Chine au début de l’ère chrétienne, la calligraphie ou l’art de la belle écriture a été très bien intégrée par les lettrés vietnamiens, au point de devenir une tradition unanimement reconnue comme faisant partie du patrimoine culturel national. Les calligraphes vietnamiens en ont fait un art empreint d’identité nationale. Papier, tissu, bois, bambou, pierre, carton, bronze, nacre, porcelaine… Tous les supports sont bons pour les calligraphes vietnamiens lorsqu’il s’agit d’exprimer leur talent et leur pensée philosophique. Selon Nguyên Quang Thang, calligraphe et chercheur à l’Institut des idéogrammes chinois et sino-vietnamiens (Nôm), il existe trois types de calligraphies au Vietnam.
Le premier type de calligraphie, le plus connu, est un mélange entre la calligraphie classique chinoise et la calligraphie populaire, cet art de la belle écriture que les gens s’enseignent les uns aux autres et qui est mise essentiellement au service des couches populaires. Le deuxième type de calligraphie est pratiqué par des personnes mieux formées qui peuvent écrire des panneaux transversaux, des sentences parallèles ou qui participent à la restauration des sites historiques et culturels. Le troisième type de calligraphie, le plus récent, né grâce à l’intégration internationale du pays, est appelé ‘calligraphie de salon’ ou ‘calligraphie d’exposition, explique le calligraphe Nguyên Quang Thang.
La première révolution opérée par les calligraphes vietnamiens aurait été l’utilisation des idéogrammes sino-vietnamiens, lesquels étaient en soi une invention des lettrés vietnamiens pour revendiquer une certaine indépendance intellectuelle vis-à-vis du géant voisin. Les connaisseurs affirment que par rapport à la calligraphie chinoise, la calligraphie utilisant les idéogrammes sino-vietnamiens est beaucoup moins formatée et bien plus libre dans son expression. Ses pratiquants aiment à honorer de leur belle écriture des comptines populaires et des proverbes, des citations de grandes personnalités et des poèmes lyriques. Ces vingt dernières années auront témoigné d’un développement particulièrement vigoureux de la calligraphie vietnamienne qui, en plus des idéogrammes, s’est élargie à l’écriture romanisée. Ces belles écritures apparaissent sur des cartes de vœux que l’on échange au printemps, sur des calendriers, des objets de décoration, dans des espaces culturels… Les clubs et les classes de calligraphie attirent de plus en plus de jeunes participants.
La passion pour la calligraphie est une excellente source d’inspiration pour les études et les recherches approfondies, notamment lorsque celles-ci ont trait aux documents anciens, administratifs ou non, comme les arbres généalogiques par exemple. Mais la calligraphie est avant tout un art qui, au Vietnam, a donné lieu à des échanges très fructueux au début des années 2000, rappelle, Pham Van Tuân, un calligraphe chevronné. Aujourd’hui pour les Vietnamiens, les calligraphes sont davantage des artistes que de simples lettrés à l’ancienne, «L’image du lettré donnant ses écritures à l’occasion du Têt a évolué. Il n’est plus forcément une personne âgée portant une tunique et un turban», affirme-t-il.
Mais une chose n’a pas changé: la façon dont on écrit montre qui on est. Chaque calligraphie porte la marque de fabrique de celui qui l’a créé et cette marque est un condensé de tout son savoir et de tout son vécu, fait remarquer le calligraphe Nguyên Thanh Tùng. « La façon dont tu écris montre qui tu es» est un dicton qui reste d’actualité même dans ce monde du tout numérique. Ainsi au Vietnam l’écriture demeure une discipline clé dans les premières années de l’école primaire tandis que la calligraphie est devenue un art à part entière et un plaisir élégant pour de nombreux adultes.
Une exposition de calligraphies au Temple de la littérature à Hanoï
Jusqu’au 27 novembre se tient au Temple de la littérature à Hanoï une exposition d’une centaine de calligraphies en hán (écriture chinoise) et nôm (écriture démotique sino-vietnamienne).