Gia Lai (VNA) - Des responsables vietnamiens et français participant samedi au Dialogue de Quy Nhon sur le climat et les transitions ont convenu que le développement et la transition écologique devaient aller de pair et servir les intérêts de la population.
Organisé samedi et dimanche dans la province de Gia Lai par l’association «Rencontres du Vietnam» et le Centre international de science et d’éducation interdisciplinaires (ICISE), avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD) en tant que partenaire fondateur, ce dialogue a rassemblé environ 120 scientifiques, diplomates et décideurs politiques venus de 25 pays et territoires pour débattre des options politiques, des approches de financement et des coalitions visant à faire progresser l’action climatique au cours de la prochaine décennie.
Soulignant la nécessité de placer les populations au cœur de la transition, le vice-Premier ministre Hô Quôc Dung a déclaré que le succès de celle-ci ne devait pas se mesurer uniquement à l’aune des réductions d’émissions et des financements mobilisés, mais aussi à la capacité de mieux protéger les populations contre les catastrophes naturelles, de leur offrir l’accès à de nouvelles compétences et opportunités d’emploi, de mieux outiller les entreprises pour innover, et de permettre aux groupes vulnérables de participer au développement et d’en tirer parti.
«La durabilité de la transition dépend de sa capacité à libérer les opportunités de développement plutôt qu’à les brider, en ouvrant de nouveaux horizons de prospérité pour les pays et leurs peuples», a-t-il affirmé.
Le Vietnam figure parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique ; les catastrophes naturelles et ce dérèglement climatique entraînent une perte annuelle de 1 à 1,5% du produit intérieur brut (PIB). Rien qu’en 2025, le pays a connu des catastrophes naturelles d’une gravité exceptionnelle, avec 21 typhons et dépressions tropicales — un record depuis 1961 — faisant 484 morts ou disparus et 811 blessés. Les pertes économiques totales ont dépassé 104.000 milliards de dongs (environ 4 milliards de dollars).
Le vice-Premier ministre Hô Quôc Dung a indiqué que le Vietnam entrait dans une nouvelle phase de développement, avec pour objectif d’atteindre une croissance économique à deux chiffres tout en honorant son engagement de neutralité carbone d’ici 2050. Le défi n’est pas de choisir entre croissance et climat, mais d’ériger la transition en moteur économique.
Une transformation de l’ensemble de l’économie nécessiterait des ressources financières considérables, des technologies appropriées ainsi que la capacité de les mettre en œuvre, a-t-il ajouté.
Pour les pays en développement tels que le Vietnam, la priorité consistera non seulement à mobiliser des financements supplémentaires, mais aussi à garantir un accès à des financements à des coûts raisonnables, à accéder aux technologies et à les maîtriser, ainsi qu’à renforcer les capacités nationales, a-t-il souligné.
Le dirigeant vietnamien a appelé à une coordination plus efficace des ressources publiques, des financements concessionnels, des banques multilatérales de développement, des fonds pour le climat et des capitaux privés.
Il a également appelé à transformer ce dialogue en coopération et en actions concrètes, soulignant que la valeur de l’événement résidait non seulement dans les discussions, mais aussi dans l’établissement de liens durables, de programmes de recherche, d’initiatives politiques et de projets de coopération susceptibles d’être mis en œuvre concrètement.
Le vice-Premier ministre Hô Quôc Dung a exprimé l’espoir que ce dialogue permettrait de constituer progressivement un réseau de coopération à long terme réunissant scientifiques, décideurs, organisations internationales, institutions financières et entreprises, pour finalement devenir un événement international majeur.
« Le gouvernement vietnamien soutient le Dialogue de Quy Nhon et espère le voir évoluer en un forum annuel de renom, contribuant à approfondir la compréhension et à promouvoir des actions en faveur d’un avenir durable », a-t-il déclaré.
Le soutien de la France
Dans son allocution d’ouverture, l’ambassadeur de France au Vietnam, Didier Le Bret, a souligné que les relations étroites entre le Vietnam et la France reposaient sur une philosophie commune : les deux pays ne doivent pas choisir entre développement et transition écologique, mais les conjuguer, en veillant à ce que le développement serve avant tout les intérêts de la population.
Le diplomate a réaffirmé la volonté de la France d’accompagner le Vietnam dans sa transition énergétique, notant que le pays disposait d’un mix énergétique relativement diversifié.
En près de 30 ans, la France a consacré plus de 3 milliards d’euros exclusivement à des projets de transformation écologique au Vietnam, le plus récent s’élevant à plus de 150 millions d’euros pour aider à adapter les infrastructures du pays aux défis de la transition écologique, a-t-il précisé.
Le Dialogue de Quy Nhon s’est articulé autour de séances plénières de haut niveau, de tables rondes parallèles et d’ateliers techniques. Les participants y ont abordé les grands enjeux de la transition et du climat, en mettant l’accent sur la science climatique, la sécurité énergétique et la décarbonation. Les débats ont également couvert le financement de la transition, l’optimisation des chaînes de valeur, la résilience face aux risques climatiques, ainsi que les politiques économiques et les outils d’investissement associés.
Pour Ana Toni, directrice générale de la 30e Conférence des Nations Unies sur le climat (COP30), l’heure n’est plus aux simples promesses mais à l’action concrète. Forte des enseignements du sommet, elle appelle à dépasser le stade de la fixation d'objectifs pour bâtir un véritable « écosystème de mise en œuvre » dicté par la science. Selon elle, accélérer les progrès climatiques exige désormais de combler le fossé qui sépare trop souvent l’analyse scientifique de son application sur le terrain.
Moussa Faki Mahamat, envoyé spécial pour le Pacte pour la prospérité, les populations et la planète, a pour sa part mis en avant l’importance d’allier science et action politique pour relever les défis climatiques et financiers mondiaux.
La lutte contre le changement climatique nécessite une base de preuves scientifiques solide, en particulier dans un contexte où le multilatéralisme est mis à l’épreuve ; par ailleurs, les connaissances scientifiques doivent servir à éclairer et à influencer la prise de décision internationale, a-t-il déclaré. — VNA