Hanoi (VNA) – Un cocktail inédit entre le phénomène El Niño, le réchauffement global et les conditions météorologiques actuelles maintient le Nord sous une chaleur anormale pour une fin d’octobre, avec des pointes locales qui dépassent les 34°C.
Alors que les derniers jours d’octobre devraient draper le Nord dans la fraîcheur caractéristique de l’automne, Hanoi subit une chaleur étouffante sous un soleil de plomb. Le mercure s’affole dans la capitale comme dans de nombreuses localités septentrionales : les maximales oscillent généralement entre 30 et 33°C, frôlant même les 34 °C par endroits.
À Hanoi, le thermomètre a grimpé jusqu’à 37,1°C le 2 octobre à la station de Lang, effaçant le précédent record de 36,4°C qui datait du 5 octobre 2023. Le lendemain, la chaleur s’est intensifiée dans la province septentrionale de Son La, où la station de Yên Châu a enregistré un pic à 38,3°C, du jamais-vu depuis le record de 37,5°C établi le 23 octobre 2019. Toujours le 3 octobre, le littoral n’a pas été épargné : la station de Hon Dâu, à Hai Phong, a affiché un cinglant 37,2°C, surpassant largement les 34,8°C relevés à cette même date en 2014.
Cette vague de chaleur inhabituelle ne se cantonne pas au Nord. Le Centre et le Sud enregistrent eux aussi des températures maximales qui égalent, voire surpassent, les anciens records historiques. Le 4 octobre, la station de Tuyên Hoa dans la province de Quang Tri a ainsi affiché 37°C, tandis que celle de Biên Hoa, dans la province de Dông Nai, pointait à 36,2°C dès le 1er octobre.
Ces données traduisent la multiplication de pics de chaleur anormaux à l’échelle nationale en cette période de transition saisonnière. Toutefois, le nombre de records égalés ou battus dans les stations météo ne reflète pas automatiquement le nombre total de journées de canicule, ni la quantité de localités touchées par cette chaleur inédite. Pour dresser un bilan rigoureux du mois, il conviendra de confronter les moyennes mensuelles globales aux observations climatiques de long terme.
Selon Nguyên Hông Sinh, directeur adjoint de la station hydrométéorologique de Hai Phong, cette chaleur persistante est directement liée au changement climatique, au réchauffement global et à la puissance inédite d’El Niño.
Les relevés météorologiques d’octobre confirment cette tendance. Dans le centre-est de l’océan Pacifique équatorial (zone de surveillance Niño 3.4), la température de surface de la mer dépassait la moyenne à long terme de 2,1 °C en septembre, avant d’atteindre un pic à 2,4 °C à la mi-octobre. Cette surchauffe montre qu’El Niño s’intensifie, ce qui bouleverse fortement le thermomètre et le régime des précipitations au Vietnam.
Toutefois, El Niño n’est pas le seul responsable des températures quotidiennes. La météo locale dépend aussi d’autres systèmes atmosphériques, notamment l’anticyclone subtropical en altitude et l’arrivée intermittente de masses d’air froid.
Pour la première fois en 35 ans, une vague de chaleur généralisée s’est abattue sur l’ensemble du Nord en plein mois d’octobre, confirme Nguyên Duc Hoa, chef adjoint du bureau des prévisions climatiques du Centre national de prévision hydrométéorologique (NCHMF).
Trois grands facteurs expliquent cet automne anormalement chaud : le changement climatique, le phénomène El Niño et des dynamiques météorologiques à court terme. Au début du mois d’octobre, la bordure sud d’un creux dépressionnaire s’est conjuguée à la circulation d’un anticyclone subtropical en altitude. Cette alliance a maintenu une chaleur étouffante sur tout le territoire, poussant le mercure de plusieurs stations météorologiques à égaler, voire dépasser, les records historiques pour cette période de l’année.
En parallèle, les poussées d’air froid se révèlent trop faibles ou trop brèves pour inverser la tendance et rafraîchir durablement l’atmosphère. Dès que leur influence faiblit, le ciel se dégage rapidement pour laisser place à un soleil généreux, faisant aussitôt grimper les températures en journée.
Ce mécanisme explique pourquoi un inconfort thermique persiste alors même que le mois d’octobre touche à sa fin. Les spécialistes rappellent toutefois qu’il ne faut pas confondre de simples températures élevées avec une «vague de chaleur» au sens strict du terme : le fait que le thermomètre dépasse les 30°C ne suffit pas à caractériser scientifiquement une journée de canicule.
Vers un hiver anormalement doux ?
Les caprices météorologiques de ce mois d’octobre sèment le doute sur les mois à venir, alors que le Nord s’apprête à entrer dans l’hiver. Selon les prévisions du NCHMF, le thermomètre devrait afficher en octobre des températures moyennes supérieures de 0,5 à 1,5°C aux normales saisonnières, avec des pics encore plus marqués localement.
Dans ses projections pour la période d’octobre 2026 à mars 2027, le NCHMF anticipe un climat globalement plus doux sur l’ensemble du pays : les moyennes nationales devraient ainsi dépasser les normales de 1 à 2°C durant les blocs octobre-novembre 2026 et février-mars 2027.
Pour les mois de décembre 2026 et janvier 2027, le thermomètre devrait afficher des valeurs supérieures de 0,5 à 1,5°C aux normales de saison dans de nombreuses régions. Le NCHMF prévoit d’ailleurs des poussées de froid plus timides que d’ordinaire pour cet hiver, ce qui pourrait limiter le nombre de journées de froid vif ou extrême dans le nord et le centre-nord du Vietnam.
Pour autant, une moyenne saisonnière globalement douce n’exclut pas des coups de gel. Des vagues de froid particulièrement intenses restent possibles, capables de faire chuter brutalement les températures sur de courtes périodes.
À plus long terme, ces anomalies thermiques doivent être analysées sous le double prisme du changement climatique et de la variabilité naturelle, notamment le phénomène El Niño. Si un pic de chaleur isolé ne suffit pas à incriminer directement le réchauffement global, l’observation rigoureuse de ces extrêmes sur la durée constitue un indicateur précieux pour évaluer l’évolution profonde de notre climat.
Le mois d’octobre 2026 a parfaitement illustré à quel point la transition saisonnière dans le Nord peut s’écarter des moyennes historiques. Le suivi continu des données officielles et des bulletins météo restera crucial pour mesurer l’ampleur exacte de ces anomalies et anticiper au mieux les tendances de cette fin d’année. – VNA