Hanoi (VNA) – Afin d’atteindre l’objectif d’une croissance plus rapide et plus durable du secteur privé, les experts ont souligné qu’il est indispensable de créer une plus grande marge de manœuvre politique pour permettre aux entreprises privées nationales de se développer, en mettant particulièrement l’accent sur le rôle moteur des grands conglomérats économiques privés.
Les statistiques montrent que, représentant plus de 70 % du chiffre d’affaires total des exportations vietnamiennes, le secteur des investissements directs étrangers (IDE) continue d’accroître sa prédominance, soulignant la nécessité d’un leadership plus affirmé de la part des groupes économiques nationaux pour rééquilibrer la croissance.
Dâu Anh Tuân, de la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam, a déclaré que la part des IDE dans les exportations a dépassé les 70 % et qu’aucun signe d’inversion de tendance n’est à prévoir. Si cette tendance se maintient, le Vietnam risque de rester une simple « plaque tournante du traitement » pour les multinationales.
Les données de l’Agence des investissements étrangers du ministère des Finances montrent qu’au premier trimestre 2026, les exportations d’IDE (pétrole brut inclus) ont dépassé 98,4 milliards de dollars américains, soit une hausse de 33,3 % sur un an, représentant environ 80 % des exportations totales.
Selon le Dr Bui Thanh Minh, directeur adjoint du Bureau du Conseil de recherche sur le développement du secteur privé (Conseil IV), le Vietnam a atteint un niveau élevé d’ouverture commerciale et d’exportations, mais la capacité d’exportation et l’excédent commercial restent fortement concentrés dans le secteur des IDE. En 2025, les entreprises nationales n’ont contribué qu’à hauteur de 22,7 % aux exportations totales et ont enregistré un déficit commercial, tandis que le secteur des IDE affichait un excédent important.
Ce déséquilibre souligne que le succès des exportations vietnamiennes ne reflète pas pleinement la force des entreprises nationales. Dans de nombreuses industries manufacturières, les entreprises locales restent concentrées sur des segments à faible valeur ajoutée, tandis que les activités à plus forte valeur ajoutée – telles que la conception, le marketing et la distribution – sont dominées par des entreprises étrangères.
Dâu Anh Tuân a noté que les entreprises à IDE contrôlent des maillons clés des principales chaînes de valeur industrielles. Dans le secteur de l’électronique, des multinationales comme Samsung dominent la production et les exportations ; dans le textile et la chaussure, les entreprises vietnamiennes restent majoritairement des sous-traitants ; et dans des secteurs tels que la transformation du bois et les produits aquatiques, les entreprises à capitaux étrangers (IDE) s’implantent sur des marchés autrefois détenus par des entreprises nationales.
Il a ajouté que si le Vietnam bénéficie d’importants excédents commerciaux avec des marchés clés comme les États-Unis, l’Union européenne, le Japon et la République de Corée, la plupart des exportations vers ces marchés sont réalisées par des entreprises à capitaux étrangers.
À titre de comparaison, la Chine a réduit la part des IDE dans ses exportations de 58 % en 2005 à 27 % en 2024, tandis que celle des entreprises privées nationales a atteint 65 %. Le Vietnam, cependant, continue de voir la domination des IDE s’accroître.
Les experts estiment que cela représente un défi majeur pour les entreprises nationales, qui restent limitées en termes de taille, de capital, de technologie et d’accès au marché. Conformément à la résolution n°68-NQ/TW du Politburo, qui identifie le secteur privé comme un moteur essentiel de la croissance, le Vietnam ambitionne de bâtir un tissu économique national solide, capable de mener l’industrialisation et l’intégration mondiale.
D’ici à 2045, le secteur privé est appelé à se développer rapidement, robustement et durablement, en jouant un rôle proactif dans les chaînes de production et d’approvisionnement mondiales et en atteignant une forte compétitivité régionale et internationale. L’objectif est de compter au moins trois millions d’entreprises actives, contribuant à plus de 60 % du PIB.
Pour y parvenir, Dâu Anh Tuân a souligné la nécessité de développer une nouvelle génération d’entreprises privées dotées de capacités technologiques et d’un leadership au sein des chaînes de valeur régionales et mondiales.
Le prof. associé-Dr Pham Manh Hung, de l’Académie bancaire, a souligné que l’accès au capital constituait un obstacle majeur, appelant à une approche globale combinant le développement du marché financier, le renforcement des capacités des entreprises et une coordination étatique accrue.
Parallèlement, Dr Bui Thanh Minh a insisté sur la nécessité d’une réforme institutionnelle comme solution novatrice. Un cadre juridique transparent, stable et prévisible, garantissant les droits de propriété, réduisant les obstacles administratifs et les coûts de mise en conformité, est indispensable à l’émergence de grands conglomérats nationaux.
Il a ajouté que les politiques devraient faciliter l’accumulation de capital et la concentration des ressources par le marché, permettant ainsi l’émergence d’entreprises d’une taille suffisante pour être compétitives dans les secteurs de haute technologie à forte intensité capitalistique.
Selon les experts, seules de telles réformes permettront au secteur privé vietnamien de passer d’un rôle de soutien à la croissance à celui de véritable moteur de la transformation économique et d’accroître la valeur de ses exportations. – VNA
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