Hue (VNA) - Hue, ville patrimoniale située au bord de la rivière Huong (Parfum), est depuis longtemps considérée comme un « musée vivant » de la culture vietnamienne. Pourtant, derrière cette richesse subsiste un paradoxe : une abondance de produits mais un manque d’attractivité. Face à cette réalité, la ville réoriente sa stratégie de développement en plaçant la communauté au centre, afin que les habitants deviennent de véritables acteurs du patrimoine, à la fois gardiens, créateurs et bénéficiaires.
Des palais, tombeaux et pagodes aux villages de métiers traditionnels, en passant par la gastronomie et les festivals, Hue dispose d’une offre touristique très diversifiée. Plusieurs formes de tourisme ont émergé, mais restent encore fragmentées, peu connectées et manquent de profondeur, ne constituant pas un écosystème suffisamment solide pour retenir les visiteurs.
Parallèlement, de nombreux métiers traditionnels peinent à s’adapter à la modernité et risquent de disparaître faute de débouchés stables, leur survie reposant essentiellement sur la passion des artisans.
Au village de Sinh, Pham Cong Khai, l’un des rares artisans préservant des peintures folkloriques vieilles de plus de 400 ans, continue de graver des planches de bois et d’imprimer des images votives. Toutefois, cet artisanat est menacé s’il ne bénéficie pas d’espaces de présentation, d’expérimentation et de consommation.
De même, Tran Dai Nghia, artisan de figurines « to he » à Huong Thuy, indique que cette activité subsiste principalement grâce aux ateliers scolaires. Chaque produit, vendu entre 15.000 et 35.000 dongs, ne permet pas d’assurer un revenu stable sans soutien en termes d’espaces, d’événements ou d’activités régulières.
Selon Phan Thanh Hai, directeur du Service de la Culture et des Sports de Hue, bien que la ville dispose d’un patrimoine riche, son exploitation reste encore trop statique. Pour un développement durable, le patrimoine doit vivre au sein de la communauté et porter une dimension contemporaine, avec les habitants au centre.
La réalité montre que lorsque les habitants participent directement, le patrimoine s’éveille naturellement. Les événements du Nouvel An lunaire (Tet) 2026 en sont une illustration : la participation des artisans et des jeunes a contribué à revitaliser les valeurs culturelles locales.
Le programme « Tet Phu Xuan - Sac vi Kinh ky » pour fêter le Tet a attiré de nombreux jeunes. Nguyen Minh Hoang, élève du collège Tran Cao Van, s’est dit fier d’avoir expérimenté la fabrication de « to he », de fleurs en papier et de peintures traditionnelles, tout en approfondissant sa compréhension de la culture et de l’histoire locales.
Ces dernières années, les mouvements de restauration des costumes traditionnels et l’entrepreneuriat numérique dans la gastronomie montrent que les jeunes jouent un rôle clé dans la revitalisation du patrimoine.
Nguyen Thi Minh Thu, habitante du quartier de Kim Tra, estime que Hue devrait mieux exploiter ses « ressources douces » telles que le cinéma et les médias numériques afin d’élargir sa promotion et d’attirer davantage de visiteurs.
Par ailleurs, la technologie est considérée comme un levier essentiel. L’application de l’intelligence artificielle et de la numérisation 3D permettra aux visiteurs, notamment internationaux, d’interagir avec le patrimoine de manière plus vivante et accessible.
Soutenue par l’orientation de la Résolution 80-NQ/TW du Bureau politique sur le développement culturel, Hue entend faire du patrimoine le socle de la restructuration du tourisme, en l’articulant étroitement avec la communauté et la technologie.
Dans ce processus, lorsque les habitants deviennent à la fois créateurs et bénéficiaires, le patrimoine cesse d’être statique pour devenir une ressource endogène au service d’un développement durable. -VNA