Hanoï, 16 mars (VNA) - Inspirés par leur intérêt pour les croyances traditionnelles vietnamiennes, un groupe d'étudiants a lancé un projet visant à intégrer le patrimoine culturel du culte de la Déesse Mère (Tho Mau) dans la vie contemporaine.
Ce projet, intitulé Go Chau Thien Hoi, se concentre sur la promotion de la musique rituelle chau van associée au culte de la Déesse Mère. Grâce à la création d'une plateforme de ressources numériques et d'espaces culturels interactifs, l'initiative vise à rendre ce patrimoine plus accessible aux jeunes, tout en encourageant une meilleure compréhension et une plus grande appréciation de cette tradition.
Les pratiques liées à la croyance aux Déesses Mères des Trois Royaumes au Vietnam remontent au 14e siècle.
Dans cette tradition, on distingue trois royaumes : le Ciel, l'Eau et les Montagnes/Forêts. La Déesse Mère est une nymphe descendue sur Terre, qui a vécu comme une humaine et est devenue une nonne bouddhiste, considérée comme la Mère du Monde. Il existe également de nombreux autres esprits considérés comme des héros légendaires.
Dans le culte de la Déesse Mère, des médiums, hommes et femmes, pratiquent des rituels de possession spirituelle dans différents temples. Chaque rituel peut impliquer jusqu'à 36 incarnations spirituelles, chacune ayant son propre costume, sa danse, ses chants et ses offrandes. Durant les rituels, un groupe de musiciens interprète des chants rituels « chau van » pour les esprits.
Transmise de génération en génération, cette tradition continue d'être pratiquée par les communautés actuelles en lien avec leur environnement, leur procurant un sentiment d'identité et de continuité. Elle a été reconnue comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2016.
Un intérêt croissant
Depuis son lancement en novembre 2025, le projet Go Chau Thien Hoi a attiré plus de 700 étudiants issus de plus de 120 universités et établissements d'enseignement supérieur à travers le pays et a enregistré plus de 100 000 vues sur les plateformes numériques, témoignant d'un intérêt marqué des jeunes pour ce patrimoine.
Ce projet vise à créer un pont intergénérationnel où les valeurs pratiques du culte de la Déesse Mère sont numérisées et systématisées afin de les rendre plus standardisées et accessibles.
Au-delà d'une simple campagne de communication à court terme, le projet ambitionne de développer un écosystème patrimonial numérique, confiant aux jeunes le rôle principal dans la transmission, l'appropriation et la diffusion des valeurs culturelles traditionnelles.
Origine de l'idée
Le responsable du projet, Van Hong Thien, explique que l'idée lui est venue en 2022, après avoir visionné un clip vidéo inspiré par la croyance des Tu Phu (Quatre Palais). Les couleurs et les mélodies de cette œuvre ont éveillé sa curiosité et l'ont incité à approfondir sa connaissance de cette tradition.
« En commençant mes recherches, j'ai réalisé que toute une vision du monde vietnamienne s'exprime à travers le culte de la Déesse Mère », confie cet étudiant de l'Université FPT.
« Ces clips musicaux ne font que familiariser le public avec la tradition, mais lorsque j'ai découvert des documents originaux tels que les chants traditionnels (chau van) et les pratiques ancestrales, j'ai été profondément touché et j'ai développé une affinité particulière pour cette foi. »
Van Hong Thien et son équipe mènent des recherches depuis 2023 avant de lancer officiellement le projet Go Chau Thien Hoi, dont les principales activités se déroulent à Hanoï, Hué et Hô Chi Minh-Ville.
L'événement de lancement a eu lieu au temple Thuy Trung Tien à Hanoï, où une publication scientifique et la Bibliothèque numérique du culte de la Déesse Mère Dao Mau vietnamienne ont été dévoilées, jetant ainsi les bases académiques du projet.
Patrimoine numérique
L'équipe prévoit de mener des enquêtes de terrain pour étudier les pratiques rituelles locales au Centre du Vietnam et enrichir les archives numériques. Parallèlement, à Hô Chi Minh-Ville, le projet organisera une exposition d'art multimédia combinant images, vidéos de pratiques et paroles de chants (chau van), créant ainsi un espace de rencontre entre tradition et technologie. Selon Van Hong Thien, le soutien et le partenariat de nombreux chercheurs, maîtres de cérémonie et acteurs culturels expérimentés ont été une véritable chance pour le groupe, permettant au projet de toucher un public beaucoup plus large.
« Le projet s'attache à collecter des documents déjà conservés par des chercheurs et des maîtres de cérémonie, puis à les présenter sous des formats qui parlent aux jeunes. Par exemple, des expositions interactives ou des collaborations avec des artistes pour créer des œuvres inspirées du culte de la Déesse Mère », a-t-il expliqué.
Afin d'adapter le contenu, l'équipe a mené une enquête auprès d'environ 2 000 jeunes à Hanoï, Hô Chi Minh-Ville et Da Nang. Les résultats de cette enquête les aident à concevoir des activités qui correspondent au mieux aux besoins d'engagement culturel des jeunes, en particulier ceux âgés de 18 à 30 ans.
Parallèlement aux activités menées à l'échelle nationale, le projet propose une série de produits à long terme, élaborés sur la base d'une méthodologie académique rigoureuse et en étroite collaboration avec des spécialistes. Son point fort est un ouvrage qui rassemble, reconstitue et édite de manière critique de précieux textes de chau van afin de préserver le texte original offert aux divinités et d'harmoniser les sources pour la pratique rituelle.
Préserver la tradition
Cet ouvrage est le fruit de vingt années de travail de l'auteur, Nhat Tang. Il donne non seulement accès aux textes rituels eux-mêmes, mais constitue également une ressource précieuse pour explorer les croyances, l'histoire, les sites, les populations et les particularités culturelles des régions du Vietnam.
De plus, la Bibliothèque numérique du culte de la Déesse Mère a été développée en s'appuyant sur l'approche de numérisation initiée par le chercheur Le Van Thao et l'équipe d'Enter Vietnam. Ce vaste système de données représente non seulement un précieux répertoire pour la préservation du patrimoine, mais il est également mis à profit dans l'éducation nationale, contribuant ainsi à rapprocher les communautés de ce patrimoine grâce à la technologie.
La singularité de ce projet ne réside pas dans la découverte de nouvelles connaissances, mais dans la transformation de leur diffusion. Elle passe de la préservation à l'interaction, combinant événements en direct et plateformes en ligne pour créer une expérience à plusieurs niveaux qui fait le lien entre les lieux de pratique traditionnels et le monde numérique.
Cette approche guide les participants de la curiosité à une compréhension approfondie, et de l'attachement au patrimoine à la responsabilité de sa protection. Elle positionne les jeunes comme des acteurs de la transmission qui hérite et renouvellent le patrimoine en respectant ses valeurs fondamentales, contribuant ainsi à sa pérennité dans le monde moderne. - VNA