Restructuration des chaînes de valeur agricoles face aux défis logistiques

Dans son télégramme officiel n°23/CĐ-TTg du 16 mars 2026 relatif à la promotion des exportations, le Premier ministre a insisté sur l’urgence de développer et moderniser les infrastructures de transport, les entrepôts, les ports en eau profonde et les centres logistiques, afin de répondre aux exigences croissantes des échanges commerciaux et d’accroître la compétitivité des entreprises vietnamiennes.

Production de riz de haute qualité grâce à la mécanisation dans la région rizicole de la province d'An Giang. Photo : VNA
Production de riz de haute qualité grâce à la mécanisation dans la région rizicole de la province d'An Giang. Photo : VNA


Hanoï (VNA) – Dans un contexte de fortes turbulences du commerce mondial, la logistique s’impose désormais comme un facteur déterminant de la compétitivité des produits agricoles vietnamiens, au-delà de son rôle traditionnel de soutien au transport. Cette évolution souligne la nécessité d’une restructuration en profondeur des chaînes de valeur agricoles, depuis l’organisation de la production jusqu’à la circulation des marchandises, afin de maîtriser les coûts et de renforcer la résilience face aux risques.

Dans son télégramme officiel n°23/CĐ-TTg du 16 mars 2026 relatif à la promotion des exportations, le Premier ministre a insisté sur l’urgence de développer et moderniser les infrastructures de transport, les entrepôts, les ports en eau profonde et les centres logistiques, afin de répondre aux exigences croissantes des échanges commerciaux et d’accroître la compétitivité des entreprises vietnamiennes.

La hausse rapide des coûts logistiques exerce une pression croissante sur les chaînes de production. Selon Nguyen Van Thich, président du conseil d’administration de l’Union des coopératives rizicoles Xa No Mekong (ville de Can Tho), les coûts de transport du riz depuis les champs vers les usines ont augmenté de 30 à 50 % à l’approche de la récolte hiver-printemps, notamment dans les zones éloignées des infrastructures de transformation.

Cette tendance s’inscrit dans un contexte de hausse simultanée des intrants agricoles, tels que les engrais et les équipements, dont les prix ont progressé de 30 à 40 %. En conséquence, les marges se contractent, avec une baisse estimée des bénéfices de 15 à 20 % par hectare, affectant les capacités de réinvestissement des agriculteurs.

Le secteur des produits aquatiques fait face à des difficultés similaires. Les entreprises exportatrices indiquent que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont principalement entraîné une hausse des coûts logistiques, des risques de transport et des fluctuations du prix du carburant, plutôt qu’un recul de la demande. Certaines compagnies maritimes ont relevé leurs surtaxes de 2.000 à 4.000 dollars par conteneur frigorifique, auxquelles s’ajoutent divers frais liés aux risques et au carburant.

Par ailleurs, la hausse du prix du diesel a renchéri les coûts logistiques domestiques, avec une augmentation d’environ 500.000 dôngs par conteneur de 40 pieds pour les transporteurs nationaux. Si les exportations vers des marchés clés comme les États-Unis, le Japon et l’Europe occidentale restent globalement stables, les flux vers le Moyen-Orient et l’Europe du Sud subissent des perturbations notables. Certaines entreprises ont dû suspendre temporairement leurs expéditions en raison du manque de capacités de transport et des risques accrus.

Face à ces défis, les acteurs du secteur soulignent l’importance de renforcer les modèles de production intégrés et à grande échelle. Selon Dong Van Canh, directeur de la coopérative New Green Farm, l’adoption de pratiques agricoles à faibles émissions dans le delta du Mékong a permis d’améliorer la productivité et la qualité du riz, contribuant ainsi à compenser partiellement l’augmentation des coûts logistiques.

Les modèles de production concentrés et interconnectés permettent d’optimiser la collecte, le stockage et les contrats de transport, réduisant ainsi les coûts unitaires. À l’inverse, une production fragmentée tend à alourdir les charges logistiques et à diminuer l’efficacité globale.

Toutefois, les entreprises restent exposées aux aléas du transport international, exacerbés par les tensions géopolitiques affectant des axes stratégiques comme le détroit d’Ormuz ou le canal de Suez. Ces perturbations influencent également les importateurs, qui privilégient désormais des fournisseurs capables de garantir des livraisons fiables et flexibles.

Dans ce contexte, les entreprises vietnamiennes sont appelées à renforcer leur crédibilité commerciale, non seulement par des prix compétitifs, mais aussi par leur capacité à assurer la stabilité des livraisons et à gérer efficacement les risques logistiques.

L’Association vietnamienne des exportateurs et producteurs de produits aquatiques (VASEP) a recommandé la mise en place de politiques de soutien face à la hausse des coûts logistiques et énergétiques, ainsi qu’un renforcement de la coordination avec les compagnies maritimes internationales afin de stabiliser les lignes de transport.

À plus long terme, les experts préconisent de diversifier les routes maritimes et les ports de transit, de revoir les clauses contractuelles liées aux risques et de renforcer les dispositifs d’assurance logistique. L’élaboration de plans de secours, incluant des alternatives en matière de transport et de stockage, apparaît également essentielle.

Dans un environnement international incertain, la restructuration des chaînes de valeur agricoles, associée à une stratégie logistique proactive, constitue ainsi un levier clé pour renforcer la compétitivité des exportations vietnamiennes et assurer un développement durable du secteur agricole. - VNA

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