Les gardes forestiers bravent les éléments pour protéger la forêt de cajeputiers de Trà Su

Le braconnage aviaire et l’exploitation illégale des ressources halieutiques se multiplient, avec des modes opératoires de plus en plus sophistiqués. La configuration même de Trà Su, bordée par les rizières des riverains sans zone tampon clairement délimitée, complique la tâche des gardes forestiers. Face à un territoire aussi vaste, l’effectif actuel reste particulièrement réduit, rendant les missions de contrôle de plus en plus périlleuses.

Vue aérienne d’une partie de la forêt de cajeputiers de Trà Su. Photo : VNA
Vue aérienne d’une partie de la forêt de cajeputiers de Trà Su. Photo : VNA

Hanoi (VNA) – À la frontière du Sud-Ouest, les gardes forestiers se mobilisent pour préserver la forêt de cajeputiers de Trà Su, dans la province de An Giang. Ce sanctuaire de biodiversité, véritable poumon vert du delta du Mékong, se perpétue grâce à leur dévouement face aux menaces climatiques.

S’étendant sur plus de 1.050 ha dans la commune de An Cu, ce massif forestier intègre le réseau des forêts à usage spécial du Vietnam. Il a officiellement accédé au statut de Zone de protection du paysage en 2005.

Abritant une biodiversité exceptionnelle où s’épanouissent de nombreuses espèces rares inscrites au Livre rouge, Trà Su s’impose également comme une destination écotouristique phare de la province et du delta du Mékong.

Afin de pérenniser ce manteau émeraude de cette vaste étendue, les agents dédiés à la protection de la forêt, du Poste de gestion N°3 (relevant du Comité de gestion forestière d’An Giang), redoublent d’efforts. Leur mission : veiller sans relâche sur ce sanctuaire de biodiversité, véritable poumon vert de la frontière Sud-Ouest.

Entre protection et périls

Fin 2025, alors que les premiers vents du Nord-Est déferlent sur le haut delta du Mékong, nous avons suivi les patrouilles des gardes forestiers de Trà Su de la zone tampon vers la zone centrale de la réserve. Ce sanctuaire de protection stricte constitue le cœur battant de cet écosystème unique.

À cette période, la crue commence à se retirer. Sous une canopée d’un vert azur, les fleurs de cajeputier s’ouvrent en un blanc immaculé sous le soleil matinal. Leur parfum subtil crée une atmosphère hors du temps, primitive et majestueuse, imprégnée du souffle pur de la nature.

Après dix minutes à moto le long de la digue N°1, nous quittons la zone tampon pour embarquer sur un vo lai (barque en composite). Propulsés à la rame, nous pénétrons dans le dédale aquatique des zones de protection intégrale.

Ici, de vieux cajeputiers aux lianes entrelacées s’élèvent d’un sol inondé aux eaux acides. Au-dessus, des colonies de hérons blancs, de hérons cendrés et de cormorans s’activent bruyamment parmi les branches, comme indifférents à la présence humaine.

Missions périlleuses

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Patrouille à moto des gardes forestiers de Trà Su dans la zone tampon pour assurer la protection du massif. Photo : VNA

Pour Nguyên Thai Trong, agent spécialisé de la réserve, la superficie totale de la zone de protection du paysage de Trà Su s’élève à 1.050 ha, conformément au plan national des forêts à usage spécial validé par le Premier ministre (Décision N°1976).

L’occupation des sols révèle la structure de ce patrimoine : plus de 707 ha de forêts de cajeputiers sur sols sulfatés acides, près de 122 ha de zones humides et plans d’eau, plus de 200 ha de riziculture aquatique, et environ 18 ha d’usages divers.

Sur le plan fonctionnel, la réserve se segmente en trois pôles : la zone de protection intégrale (365 ha, soit 35% de la superficie), la zone de restauration écologique (523 ha, soit 50%) et la zone de services administratifs (162 ha, soit 15%), ce dernier secteur étant actuellement concédé pour le développement de l’écotourisme.

Selon M. Trong, le braconnage aviaire et l’exploitation illégale des ressources halieutiques se multiplient, avec des modes opératoires de plus en plus sophistiqués. La configuration même de Trà Su, bordée par les rizières des riverains sans zone tampon clairement délimitée, complique la tâche des gardes forestiers. Face à un territoire aussi vaste, l’effectif actuel reste particulièrement réduit, rendant les missions de contrôle de plus en plus périlleuses.

Malgré ces obstacles, la détermination des gardes forestiers reste inébranlable. Ces agents veillent non seulement à préserver l’esthétique naturelle de la réserve, mais aussi à mener un travail de fond pour sensibiliser les communautés locales à la protection de l’environnement.

“Chaque nuit, nous patrouillons dans l’obscurité totale et le silence le plus strict pour ne pas être repérés par les braconniers. Parfois, face à des individus armés de couteaux, de lance-pierres, voire de fusils, nous ne pouvons compter que sur notre expérience et notre coordination, faute d’équipements de défense”, confie M. Trong.

Outre les intrusions humaines, la forêt subit la menace permanente des incendies en saison sèche. L’épaisse litière végétale, combinée aux brûlis agricoles des riverains, impose une vigilance de tous les instants.

“La prévention est notre seule arme ; une simple étincelle suffirait à transformer ce sanctuaire en une mer de feu”, ajoute-t-il.

Lâm Van Xuong, figure de longue date de la réserve, indique que depuis début 2025, 17 intrusions illégales ont été détectées et 11 individus ont été interceptés à la lisière de la forêt. Selon lui, le défi n’est pas qu’humain : le changement climatique pèse lourdement sur l’écosystème. Les sécheresses prolongées accélèrent l’évaporation des eaux, tandis que des pluies erratiques perturbent les cycles de nidification des oiseaux.

Préserver l’héritage

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La forêt de Trà Su abrite une faune abondante, dont 70 espèces d’oiseaux. Photo : VNA

Située à seulement 10 km de la frontière cambodgienne et à 15 km du Mékong, la forêt de Trà Su est une zone humide singulière, façonnée par un réseau de digues de protection. Sous l’influence des crues annuelles, elle abrite une biodiversité prodigieuse : 70 espèces d’oiseaux (dont le Tantale indien et l’Anhinga roux), 11 espèces de mammifères (dont la rare chauve-souris Cynopterus sphinx) et 25 espèces de reptiles et d’amphibiens.

Le milieu aquatique n’est pas en reste avec 140 espèces de poissons, dont le poisson-couteau (cá com) et le silure blanc (cá trê trang), deux espèces à haute valeur scientifique aujourd’hui menacées d’extinction. Ce patrimoine exceptionnel a valu à Trà Su d’être sacrée “plus belle forêt de cajeputiers du Vietnam“ en 2020.

Selon Trân Nguyên Khang, directeur adjoint du comité de gestion forestière (secteur 2), pour l’avenir, le comité mise sur une stratégie globale : renforcer la lutte contre l’écobuage et la pollution plastique, tout en sécurisant les frontières naturelles pour préserver l’identité paysagère du bassin inférieur du Mékong.

L’enjeu est aussi social : créer une économie forestière durable où les habitants de la zone tampon deviennent les acteurs clés de la protection et du tourisme. En stabilisant leurs revenus, la province espère transformer chaque foyer en un rempart pour la survie de ce précieux poumon vert. – CVN/VNA

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